La sécheresse cause des dégâts en agriculture partout au Québec.
La sécheresse cause des dégâts en agriculture partout au Québec.

La sécheresse sème la désolation chez les agriculteurs

MATANE — Alors que la sécheresse qui a sévi en 2018 avait été considérée comme la pire des 150 dernières années, surtout dans l’Est-du-Québec, voilà que la situation frappe à nouveau cette saison, mais à la grandeur du Québec.

Selon les régions, la sécheresse cause des dégâts en agriculture encore plus catastrophiques qu’il y a deux ans.

Le temps chaud et le manque de précipitations de juin ont affecté les cultures dès le début de leur croissance, entraînant par le fait même une première récolte de foin anémique. Comme la première coupe de foin représente de 45 à 55 % du volume total dont une ferme a besoin, plusieurs entreprises se trouveront donc en manque de fourrage pour nourrir leurs animaux. 

«Beaucoup de producteurs se demandent s’ils devraient vendre leurs animaux de boucherie à l’automne parce qu’ils n’auront pas assez d’inventaires pour les nourrir durant l’hiver», se désole le premier vice-président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Martin Caron. «J’ai eu des échos de producteurs de bisons qui vendent leur troupeau.»

Les trois régions qui, dans l’ordre, figurent au triste palmarès de la pénurie de précipitations sont la Mauricie avec un déficit hydrique de 63 % par rapport à la même date l’an dernier, suivies de Lanaudière avec 62 % et la Côte-Nord avec 52 %. Vient ensuite la Capitale-Nationale avec 51 %. Cette dernière se subdivise en trois sous-régions, soit Portneuf avec 59 %, Charlevoix avec 49 % et Québec incluant la Côte-de-Beaupré avec 46 %. Le Bas-Saint-Laurent enregistre un manque de pluie de 41 % de moins que l’année passée. En Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, la carence est de 40 %. «Ce qui est vraiment exceptionnel, cette année, c’est que le manque d’eau est partout au Québec, confirme M. Caron. Ça a des impacts sur le foin pour les animaux, en plus des céréales.»

L’UPA a relancé l’Opération Foin mise sur pied en 2018 qui, cette fois, prendra une dimension provinciale. «Présentement, on fait un topo avec chacune des régions avec qui on a des discussions, décrit M. Caron, qui est chargé du dossier pour l’UPA. On a demandé au ministre de l’Agriculture de mettre sur pied une cellule de crise avec La Financière agricole, ce qui a été fait.»

Un peu comme il y a deux ans, un centre de coordination a aussi été instauré avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) pour venir en aide aux producteurs agricoles. Celui-ci a pour mission d’inventorier les vendeurs de foin et de faire le maillage avec les acheteurs. «Habituellement, on est capables de s’en sortir avec le Québec, indique le porte-parole de l’UPA. Mais, avec l’impact majeur dans la province au complet, il faudra peut-être regarder dans les provinces voisines ou aux États-Unis pour faire des achats de foin.»

Des producteurs de bisons doivent vendre leur troupeau par manque de fourrage pour les nourrir.

La rareté engendre une surenchère. Le prix du foin de moindre qualité peut s’élever à 300 $ la tonne, excluant le transport. Martin Caron croit que les vendeurs de foin ne peuvent cependant pas dépasser un certain prix parce qu’autrement, les producteurs se tourneront vers d’autres plantes pour nourrir leurs animaux, dont le maïs d’ensilage. «On travaille là-dessus avec des conseillers pour proposer aux producteurs d’autres plantes qui pourraient être utilisées et qui seraient plus rentables. On a aussi un rôle pour amener nos commerçants de foin à être raisonnables sur les prix, pour avoir une vision de solidarité. On a également des vendeurs de foin, ici au Québec, qui vendent à l’extérieur, dont aux États-Unis. On voudrait prioriser notre territoire avant d’exporter le foin ailleurs.»

Du côté des producteurs maraîchers et horticoles, certains ont vu leurs réserves d’eau s’épuiser. «Il faut regarder avec eux quelles sont les alternatives sur le plan du transport de l’eau», dit-il. Les puits artésiens qui sont à sec représentent une autre préoccupation pour la cellule de crise. Certains agriculteurs n’ont plus d’eau pour abreuver leurs bêtes. Par conséquent, le centre de coordination tente de trouver une solution pour un approvisionnement en eau auprès de certains organismes ou pour trouver des services qui pourraient être mis à la disposition des fermiers.

L’UPA souhaiterait profiter d’un soutien financier provenant du programme fédéral Agri-relance. Cependant, la demande doit provenir de Québec et le ministre de l’Agriculture ferme la porte. «Le programme Agri-relance, quand il est déclenché, c’est vraiment dans des cas de catastrophe, explique André Lamontagne. Une fois qu’il est déclenché, il ne peut pas être redéclenché, je pense, avant 15 ans. En 2018, quand je suis entré en poste, on venait de vivre la pire sécheresse en 150 ans. Finalement, on a trouvé des solutions et des façons de faire répondre des programmes qui sont à la disposition des producteurs. Il suffit de voir comment ces programmes-là peuvent venir en réponse aux difficultés.»

Jusqu’à ce jour, La Financière agricole du Québec a reçu 1560 avis de dommages pour l’ensemble du Québec. 

«Il y a 86 % de ces dommages qui sont en Montérégie, dans Lanaudière, dans le Centre-du-Québec et dans la Capitale-Nationale», fait savoir Martin Caron. Les dommages ont principalement été causés aux céréales et aux légumes de transformation.