Gilles Guillemette prend sa retraite après 44 ans de métier.
Gilles Guillemette prend sa retraite après 44 ans de métier.

La retraite... après  7000 accouchements

« Savoir que le bébé et la maman sont en santé, c’est le plus beau sentiment du monde. » Après 44 ans de métier et 7000 accouchements, le docteur Gilles Guillemette accroche son sarrau.

Même après quatre décennies, le docteur se souvient très bien de sa première journée à l’hôpital de Roberval. Il venait de débarquer dans la ville où il a passé sa vie. C’était en août 1976 ; il avait 24 ans.

« Au premier jour, j’ai fait un quart de 48 heures à l’urgence, dit le Dr Guillemette. Maintenant, c’est plutôt huit heures que les médecins font. »

À l’époque, ils étaient huit médecins généralistes ; ils sont une trentaine à l’heure actuelle.

Gilles Guillemette avait décidé de venir à Roberval avec un ami médecin. « Mon confrère est resté six mois et il est parti », se rappelle-t-il.

Il commence alors à pratiquer des accouchements. « Pour les premiers, j’étais observé par Dr André Bédard. Après deux accouchements, il m’a dit : “T’es bon ! Tu peux y aller tout seul ! ” »

À partir de là, il n’a jamais arrêté.

Moment marquant

Quelques accouchements sont ancrés pour toujours dans la mémoire du médecin. Le plus marquant de sa carrière a eu lieu dans les années 90.

« La dame était enceinte de jumeaux, deux filles. »

Au début, l’accouchement se passe bien ; le premier bébé arrive en parfaite santé. Mais un problème survient à l’arrivée du deuxième enfant : il est mal placé et son coeur ne bat plus.

« Je me suis dit : “S’il ne sort pas de là, il va avoir des séquelles neurologiques.” »

Le temps pressait. Il faut moins de sept minutes sans oxygène pour endommager un cerveau de manière irréversible. Pas le temps pour une césarienne.

« J’ai pris le bébé par les jambes et je l’ai sorti le plus vite possible », raconte Gilles Guillemette.

Il coupe le cordon et commence les manoeuvres de réanimation. Bonne nouvelle : le bébé respire à nouveau.

Pendant quelques années, le docteur fait un suivi avec la famille. Tout est bien qui finit bien. L’enfant grandit normalement et n’a aucun retard par rapport à sa soeur jumelle.

« C’est le pire accouchement de ma vie, dit le docteur. Si j’en avais eu d’autres comme ça, je pense que j’aurais arrêté. »

Merci !

Le docteur ne compte plus les remerciements qu’il a reçus au cours de sa carrière. « C’est très gratifiant de savoir que la mère et l’enfant vont bien. »

Le médecin était très apprécié de ses patients. Il se permettait même quelques blagues. « Après un accouchement, une femme a dit : “Merci, mon Dieu ! ” J’ai répondu : “Docteur Guillemette, ça va être suffisant ! ” »

Pas plus tard que mardi, le docteur Guillemette quittait la maison pour un autre accouchement. « Il avait le sourire aux lèvres. Toutes les fois qu’il part, il a le sourire », explique sa femme, Huguette Reid.

Gilles Guillemette devait prendre sa retraite à 55 ans, puis à 60 ans. C’est finalement à 68 ans qu’il tire sa révérence. Après trente ans à jongler avec des horaires compliqués, le couple pourra prendre du temps pour voyager et relaxer à son chalet.

« Ça fait 27 ans que je m’adapte à son horaire. Là, c’est lui qui va s’adapter au mien », lance à la blague Mme Reid.

Plusieurs Robervalois se souviendront du docteur. L’annonce de son départ cette semaine a suscité de nombreuses réactions sur Facebook. De nombreux enfants de la ville sont nés sous sa supervision.