La mairesse de Pontiac, Joanne Labadie

La région au seuil de la crise humanitaire, dit la mairesse de Pontiac

Le Pontiac et l’est du pays, inondés, frôlent la crise humanitaire, lance la mairesse de Pontiac, elle-même sur un pied d’alerte depuis plus de deux semaines.

Mardi, le secteur Quyon, à Pontiac, voyait son destin appartenir à la seule solidité d’une digue protégeant le cœur du village.

Plus d’une centaine de résidents ont été évacués par mesure préventive, lundi, alors qu’une brèche dans la digue de sable, érigée au début du mois d’avril, a laissé filtrer l’eau de la rivière des Outaouais.

Cette digue ne doit en aucun temps céder, répètent les autorités.

Si le pire se produit, entre 400 et 500 personnes seront évacuées d’urgence, en plus des quelque 200 résidents qui vivent dans les secteurs des plages.

À LIRE AUSSI :

>> Ottawa-Gatineau: cocktail de précipitations dans la région, mercredi

>> 150 maisons pourraient être évacuées à Constance Bay [VIDÉO]

>> Legault veut une stratégie à long terme sur les inondations

« Ce n’est pas seulement les résidences qu’on perdra, si la digue cède, mais également notre service d’eau et d’égouts. »

De la pluie doit s’abattre — encore — mercredi, sur l’Outaouais.

« Les doigts croisés, a dit la mairesse, mardi, parce qu’on peut avoir une crise humanitaire dans notre secteur. Oui, carrément. Allez à Mansfield, allez à Fort-Coulonge, allez à Montréal, c’est partout au Québec. S’adapter aux changements climatiques est nécessaires parce que sinon, on va être comme ça, chaque année, chaque deux ans ? On ne peut pas. »

La mairesse était flanquée, entre autres, du ministre responsable de l’Outaouais Mathieu Lacombe, mardi, lors d’une tournée des municipalités touchées dans le Pontiac.

Le niveau de l’Outaouais, mardi midi, pouvait monter encore de 20 cm.

À cette heure, les autorités indiquaient que la solidité de la digue était maîtrisée. Elle doit tenir encore deux semaines, le temps que la décrue s’amorce enfin.

Cette augmentation du niveau de la rivière des Outaouais pourrait provoquer davantage d’évacuations.

Sécurité civile

Le directeur régional de la Sécurité civile, Denis Bélanger, a rappelé que la digue du secteur Quyon tenait bon, alors qu’elle menaçait de céder, lundi.

« La municipalité de Pontiac a su mettre rapidement en œuvre son plan de sécurité civile, mais a surtout su s’adapter aux événements exceptionnels des derniers jours. »

La Sécurité civile surveille la fonte des neiges en Abitibi-Témiscamingue. Cette eau doit couler vers le sud — l’Outaouais — dans les prochains jours. 

« La décrue va être très longue », déplore M. Bélanger.

« On est en zone inconnue », a mentionné la mairesse Labadie. « On a déjà dépassé les niveaux de 2017. »

La municipalité de Pontiac compte actuellement sur des lits disponibles au Camp des Voyageurs Tim Horton, qui a mis sa centaine de lits et ses dortoirs à la disposition des sinistrés. La Croix-Rouge est prête à fournir 150 lits supplémentaires.

La crue de 2017 aura, en quelque sorte, servi de répétition pour 2019.

« Je pense que ça va prendre une grande réflexion municipale, régionale et nationale sur les adaptations aux changements climatiques, a poursuivi la mairesse Labadie. Chez nous, c’est rural et agricole. Le drainage a aussi beaucoup d’impacts sur nos infrastructures municipales. Le jeu a changé. On n’a pas beaucoup de temps pour agir. »

Une région durement touchée

L’Outaouais est toujours parmi les régions les plus touchées du Québec. On y dénombrait mardi après-midi 1364 résidences inondées et 2554 personnes évacuées.

À elle seule, la Ville de Gatineau comptait 1736 personnes inscrites comme sinistrés et près de 1400 résidents évacués. Avec 559 résidences inondées sur son territoire, la Ville indiquait mardi avoir distribué plus de 864 000 sacs de sable depuis le début de la crise,

À Mansfield-et-Pontefract, qui compte un peu moins de 3000 habitants, pas moins de 338 personnes ont été évacuées.

Fort-Coulonge a dû faire évacuer 78 personnes. La municipalité de Pontiac, qui compte 5600 âmes, a fait évacuer 384 personnes.

À Saint-André-Avellin, dans la MRC Papineau, 207 personnes ont subi le même sort.