Les mesures utilisées brossent des portraits divergents de la pauvreté au Québec. Selon la mesure du faible revenu après impôts, 14,4 % des Québécois avaient, en 2017, moins de la moitié du revenu médian pour subvenir à leurs besoins, un résultat légèrement supérieur à la moyenne canadienne.

La pauvreté stable, mais plus durable au Québec

La pauvreté est stable au Québec depuis quelques années, mais les personnes dans le besoin y restent plus longtemps qu’ailleurs au Canada, démontre une étude de l’Institut du Québec rendue publique jeudi.

«Il y a deux façons de voir ça : est-ce que c’est une réussite parce qu’on a de bonnes mesures qui donnent le nécessaire aux gens, ou à l’inverse, est-ce que les mesures pourraient être améliorées pour aider ces gens-là à s’en sortir le plus possible?» s’est demandé Jean-Guy Côté, coauteur de l’étude et directeur associé à l’institut, en entrevue avec La Presse canadienne. «Ce qu’on observe au Québec, c’est que les outils ne sont pas nécessairement là pour que les gens s’en sortent plus qu’ailleurs.»

Les mesures utilisées brossent des portraits divergents de la pauvreté au Québec. Selon la mesure du faible revenu après impôts, 14,4 % des Québécois avaient, en 2017, moins de la moitié du revenu médian pour subvenir à leurs besoins, un résultat légèrement supérieur à la moyenne canadienne.

Toutefois, si on utilise la mesure du panier de consommation (MPC) — qui témoigne du coût de divers produits et services nécessaires pour assurer la subsistance et la participation à la société d’une famille composée de deux parents et de deux enfants —, ce sont plutôt 9 % des Québécois qui étaient dans le besoin, soit une proportion inférieure à la moyenne canadienne.

«Ça fait quand même pas mal de monde, d’autant plus que c’est une mesure qui est adaptée selon le milieu où vous vivez. Cette mesure-là capte réellement le nombre de personnes qui ont des difficultés à subvenir à leurs besoins», a expliqué M. Côté.

Pauvreté longue durée

Cinq pour cent de la population québécoise a déclaré de faibles revenus chaque année de 2009 à 2016, soit un point de pourcentage de plus qu’au Canada.

Il s’agit d’une augmentation de deux points de pourcentage au Québec par rapport à 1999, alors que 3 % des personnes interrogées révélaient avoir eu de faibles revenus à chacune des huit années précédentes.

«En général, la pauvreté au Québec est stable : elle n’augmente pas, mais ne diminue pas non plus, mais les personnes en situation de pauvreté le sont parfois plus longtemps», peut-on lire dans le rapport.

La situation générale s’est détériorée à ce chapitre partout au pays — à l’exception de l’Alberta, de Terre-Neuve-et-Labrador et de la Saskatchewan — et le Québec ne fait pas exception.

Différences et inégalités

La défavorisation ne touche pas toutes les régions du Québec équitablement. En utilisant la MPC, seulement 3,7 % des familles de la région administrative Chaudière-Appalaches avaient de faibles revenus en 2015, tandis que la région de Montréal se retrouvait à l’autre extrémité, avec 14 %.

Quant aux revenus de la tranche la plus riche de 1 % de la population, par rapport aux revenus des 99 % restants, on constate que «le revenu des plus riches est en nette progression par rapport au revenu de la très grande majorité de la population».

Cela étant dit, même si les revenus du 1 % ont augmenté plus rapidement en dollars absolus, le ratio du «1 % sur 99 % demeure assez stable depuis le début des années 2000. Oui, le 1 % est plus riche, mais le 99 % aussi».

Le rapport affirme que le Québec se classe «parmi les provinces les plus égalitaires du Canada, après impôt et redistribution [...]. Le Québec [...] s’occupe bien des personnes en situation de pauvreté en assurant adéquatement la redistribution de la richesse, mais ne réussit pas [...] à en réduire la proportion.»

Mobilité sociale

Quant à la mobilité sociale — un concept selon lequel les moins nantis peuvent améliorer leur sort en accédant à une classe sociale supérieure —, le Québec ne fait ni mieux ni pire que ses voisins canadiens. Le Québec demeure malgré tout un endroit où prévaut une bonne mobilité sociale — parmi les meilleures de la planète, assurent les auteurs — et il y est possible de s’extirper de la pauvreté.

Au Québec, 72,2 % des enfants pauvres âgés de 16 à 19 ans en 1986 ont réussi à améliorer leur sort suffisamment pour grimper à la classe moyenne ou riche; cela veut toutefois dire que 27,8 % des personnes qui ont grandi en situation de pauvreté sont demeurés dans le même milieu à l’âge adulte.

Un enfant qui vivait dans la pauvreté dans la municipalité régionale de comté (MRC) de Montréal avait 67,9 % de chances d’être passé à la classe moyenne ou supérieure en 2016. Ce pourcentage était de 73,1 % pour la MRC de Québec et de 69,5 % pour celle de Sherbrooke. La MRC de Lévis arrive en première place, avec 79,8 %, et celle de la Haute-Gaspésie dernière avec 63,2 %.

«Au lieu du rêve américain, on devrait, en fait, parler du rêve canadien et québécois», peut-on lire dans le rapport Sortir de la pauvreté au Québec : Analyse de la pauvreté, des inégalités et de la mobilité sociale.

L’ascenseur circule aussi dans l’autre sens, mais à moins grande vitesse: 14,1 % des enfants québécois issus de la classe aisée se trouvaient en situation de pauvreté à l’âge adulte, comparativement à 14,2 % des enfants canadiens.

«Pour nous, la pauvreté, c’est quand même un bon indice de la force d’une économie, a souligné Jean-Guy Côté. La présence de pauvreté dans une société [...] qui a besoin de tous ses talents, dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, avoir une proportion assez grande de la population qui est dans un état de pauvreté, ce n’est pas nécessairement intéressant. Lorsque tu veux être une société qui se développe économiquement, t’as besoin de tout le monde.»