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Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
L’historien Jacques Lacoursière.
L’historien Jacques Lacoursière.

La Mauricie a perdu un de ses plus grands ambassadeurs

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ÉDITORIAL / La région de la Mauricie vient de perdre un de ses plus illustres fils. Jacques Lacoursière s’est éteint dans la nuit de lundi à mardi, laissant derrière lui une oeuvre et une carrière remarquables, une vie consacrée à raconter l’histoire du Québec, la grande comme la petite.

L’histoire de sa région, aussi. Quand Shawinigan a célébré son centenaire, en 2001, c’est vers lui qu’on s’est tout naturellement tourné pour qu’il raconte dans un livre l’histoire de sa ville. Il a su le faire en utilisant la même recette que celle qu’il a développée au fil de sa carrière, en croisant la grande histoire, c’est-à-dire celle liée aux jalons déterminants, aux événements marquants ou aux personnages importants, avec la petite histoire: celle des anecdotes, des événements du quotidien, des personnages ordinaires. C’est ce qui rend fascinante l’oeuvre de Jacques Lacoursière.

L’homme s’était donné une mission: faire aimer l’histoire par le grand public. Et pour que le grand public aime l’histoire, il doit s’y reconnaître.

Son parcours atypique n’est certainement pas étranger à cette mission: Jacques Lacoursière est probablement le plus respecté des historiens autodidactes. Et parce qu’il était avant tout un passionné d’histoire, il avait développé les outils pour la transmettre et la faire apprécier par monsieur et madame Tout-le-Monde, sans jamais évacuer la rigueur de son approche singulière.

Cette volonté de vulgariser l’histoire s’est notamment manifestée par la création, avec d’autres compagnons d’armes de la région, du Boréal Express. En 1962, avec Denis Vaugeois, Gilles Boulet et Lévis Martin, il imagine ce concept original: faire vivre l’histoire du Québec et du Canada sous la forme d’un journal qui couvre l’actualité, de 1524 à 1841. Le Boréal Express est publié comme s’il avait été rédigé à l’époque des événements rapportés, avec des rubriques et des sections traditionnellement associées à la presse écrite quotidienne.

On prend conscience, encore aujourd’hui, de l’importance du rôle qu’a pu jouer le Boréal Express non seulement dans la façon de transmettre l’histoire, mais aussi, et surtout, dans l’oeuvre de Jacques Lacoursière. Des livres, des articles, une émission radiophonique, une série de fascicules historiques, des téléséries, des documentaires: on peut dire sans se tromper que la passion de l’historien s’est exprimée par de nombreux moyens de communication.

Il était, pourrait-on dire, avant son temps. Et il a assurément ouvert la voie à d’autres historiens devenus d’excellents communicateurs.

L’homme a toujours gardé un profond attachement pour sa région. Il a reçu les prix les plus prestigieux à l’échelle nationale ou internationale, notamment le prix Gérard-Morrisset, la Légion d’honneur, l’Académie des lettres du Québec, l’Ordre du Canada ou l’Ordre de la Pléiade, mais il répondait toujours présent quand les hommages lui venaient de sa région. Le Salon du livre de Trois-Rivières, par exemple, lui avait décerné le prix Adagio en 2007. La même année, la Chambre de commerce de Shawinigan lui décernait son prix Rayonnement. Et dix ans plus tôt, Shawinigan l’avait consacré «grand Shawiniganais», lui qui y est né, en 1932. Ses parents, Ovila Lacoursière et Anita Matteau, ont eu sept autres enfants.

Mais bien plus encore que tous ces hommages et ces prix, on retiendra l’oeuvre elle-même de Jacques Lacoursière, qui a culminé, dans les années 1990 et 2000, avec la publication des cinq tomes de son Histoire populaire du Québec, devenus un énorme succès de librairie.

Pas étonnant, puisqu’on y trouve cette singulière façon de faire vivre l’histoire au-delà des dates, des faits et des chiffres. Jacques Lacoursière a toujours préféré s’intéresser à l’âme de l’histoire. À ceux et celles qui l’ont écrite, certainement, mais aussi à ceux et celles qui l’ont forgée.

C’est un legs majeur, non seulement au public mais aussi à sa propre discipline.