La Marine royale canadienne manquerait de marins

OTTAWA - La Marine royale canadienne peine à faire fonctionner ses navires en même temps qu’elle oeuvre à les remplacer en raison d’une pénurie de marins, a confié un officier supérieur de la marine.

Les révélations du commodore Steve Waddell, le responsable de la préparation opérationnelle de la marine, fait écho aux préoccupations exprimées par l’Aviation royale canadienne concernant les choix difficiles auxquels elle est confrontée en raison de la pénurie de pilotes expérimentés.

Pris ensemble, ils soulignent les graves problèmes de personnel auxquels font face certaines parties des Forces canadiennes, et qui ont tendance à être éclipsés par les nombreux problèmes du système d’approvisionnement militaire.

En fait, le commodore Waddell a indiqué lors d’une présentation à une conférence sur la défense cette semaine que la pénurie de personnel de la marine pourrait menacer la politique de défense «ambitieuse» du gouvernement Trudeau.

Cette politique - intitulée Protection, Sécurité, Engagement - stipule que l’armée doit pouvoir mener plusieurs missions à la fois. Elle réserve également des milliards de dollars à la modernisation de la marine, y compris de nouveaux navires de guerre et des sous-marins modernisés.

Certains de ces projets ont déjà été retardés, tels que la construction de nouveaux navires d’appui, bien que la plupart de ces retards ne soient pas imputables à la marine, mais plutôt à des chantiers navals privés ou à d’autres ministères fédéraux.

La marine a néanmoins du pain sur la planche, notamment des pourparlers imminents avec le géant américain de la défense Lockheed Martin et Irving Shipbuilding à Halifax pour décider de la conception finale de sa nouvelle flotte de navires de guerre de 60 milliards $.

«Pour ce qui est de respecter Protection, Sécurité, Engagement, je pense que les problèmes de main-d’oeuvre vont rendre cela difficile dans les prochaines années», a prévenu M. Waddell.

Bien que la marine manque d’au moins 10 pour cent de marins entraînés, il a indiqué que ce pourcentage peut atteindre 40 pour cent là où les marins dont elle dispose ne sont pas disponibles pour des raisons de formation, de problèmes médicaux ou autres.

«Ainsi, lorsque vous essayez de vous déployer et que vous avez une présence avancée (...) tout en essayant de prendre en compte les besoins institutionnels liés à la mise en ?uvre de Protection, Sécurité, Engagement, vous pouvez imaginer ce qui nous attend», a-t-il dit.

Le problème de la marine est différent de celui de l’armée de l’air: la marine a du mal à simplement recruter des marins tandis que l’armée de l’air perd des pilotes expérimentés au profit d’emplois civils.

Concurrence du privé

Cependant, il existe également des parallèles, comme l’a dit le commodore Waddell: la marine, à l’instar d’une grande partie de l’armée, lutte contre le secteur privé pour attirer des employés à un moment où le chômage est faible, les données démographiques évoluent et qu’il existe d’autres possibilités d’emploi.

Non pas que la marine soit complètement sans plan. M. Waddell et d’autres ont parlé de l’utilisation de la technologie, en particulier sur ses nouveaux navires, pour alléger les besoins en personnel et attirer une nouvelle génération de recrues.

Dans une récente entrevue avec La Presse canadienne, le vice-amiral Ron Lloyd, le commandant de la marine, a évoqué l’utilisation de l’intelligence artificielle pour alléger la charge de travail et l’ajout de réseaux sans fil aux navires parmi les changements à venir.

«Qu’est-ce que cela signifie d’être une marine numérique, c’est ce sur quoi nous nous concentrons, a-t-il déclaré. Je pense que cela va être la clé de notre capacité à attirer (des personnes), puis à les recruter, puis à les conserver, si tout va bien.»