Des employés de Postes Canada ont fait du piquetage à Edmonton, mardi.

La grève chez Postes Canada inquiète les PME

OTTAWA — Les petites entreprises ont appelé les employés de Postes Canada à mettre fin rapidement aux grèves tournantes lancées lundi dans quatre villes, craignant qu’une grève prolongée ne réduise leurs bénéfices avant la période de magasinage des Fêtes.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a également exhorté l’agence fédérale à réduire ses dépenses afin de réduire les coûts et a averti les travailleurs et travailleuses des postes que la poursuite du débrayage pourrait leur nuire à eux et à leur employeur.

Lire aussi: Les syndiqués de Postes Canada en grève dans quatre villes

«Une grève tournante peut être moins dommageable qu’une grève générale, mais elle crée une incertitude supplémentaire pour les entreprises à un moment critique pour de nombreuses petites entreprises, a expliqué lundi le président de la FCEI, Dan Kelly, dans un communiqué. La mauvaise nouvelle pour les travailleurs de Postes Canada, c’est que chaque fois qu’ils évoquent une grève, de plus en plus de petites entreprises optent pour des solutions de remplacement, et plusieurs ne retournent jamais à Postes Canada.»

Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), qui représente 50 000 employés des postes, a lancé lundi des grèves tournantes à Victoria, Edmonton, Windsor, Ontario et Halifax pour faire pression sur Postes Canada afin qu’elle accepte des modifications au contrat de travail.

Le syndicat a indiqué que près de 9000 travailleurs et travailleuses de la région du Grand Toronto quitteraient leur emploi mardi à 0 h 01 (HE).

«Pour que nous puissions conclure des accords, Postes Canada doit parler de la nature changeante du travail postal et des problèmes liés à la croissance du nombre de colis, a déclaré lundi Mike Palecek, le président national du STTP. Nous devons répondre aux préoccupations en matière de santé et de sécurité et au travail précaire, ainsi qu’à l’égalité des sexes. Nous resterons à la table de négociation et sur les lignes de piquetage aussi longtemps qu’il le faudra pour obtenir un accord équitable pour nos membres.»

Partout au Canada, les clients risquent d’être confrontés à des retards dans la livraison des colis et du courrier, car Toronto est une plaque tournante du traitement, a prévenu Postes Canada dans une déclaration lundi soir.

«La grève tournante du syndicat aura donc un impact significatif sur nos opérations, a déclaré le porte-parole Jon Hamilton. Postes Canada mettra tout en oeuvre pour en minimiser l’impact.»

Les deux parties tentent depuis dix mois, sans succès, de négocier des contrats séparés pour les transporteurs ruraux et urbains, mais peu de progrès ont été réalisés dans la résolution des problèmes critiques, a dit M. Palecek.

Le syndicat demande également que le libellé relatif à l’égalité des sexes soit intégré à tout nouvel accord et souhaite la fin des heures supplémentaires forcées.

Postes Canada a déclaré lundi qu’elle était résolue à négocier de nouvelles conventions collectives pour ses employés syndiqués, soulignant qu’elle avait présenté une «offre significative» comprenant des augmentations de salaire, la sécurité d’emploi et de meilleurs avantages sociaux.

La société d’État a également indiqué que ses propositions ne contenaient aucune demande de concession.

Les petites entreprises dépendant de l’agence pour les livraisons de biens et les factures, ainsi que pour recevoir les paiements, ont déjà été pénalisées par des coûts sans cesse croissants pour les services de Postes Canada et ne devraient pas payer davantage, a dit M. Kelly.

«Il est temps que Postes Canada maîtrise ses dépenses au lieu de refiler des coûts croissants aux consommateurs et aux entreprises qui ont déjà fait face à des hausses de tarifs postaux en janvier, a-t-il déclaré. Nous attendons des deux côtés qu’ils soient raisonnables et parviennent à un compromis rapide.»

Bien que de nombreux Canadiens aient trouvé d’autres moyens de livrer des lettres et de payer leurs factures, plus de la moitié des petites entreprises se paient toujours entre elles par chèque envoyé par la poste, a déclaré la FCEI lundi. Elle souligne que près des deux tiers des entreprises rapportent procéder à plus de 20 envois postaux par mois.

De nombreuses petites entreprises comptent également sur Postes Canada pour distribuer des circulaires publicitaires.

La FCEI a recommandé à ses membres d’utiliser désormais les virements électroniques pour envoyer et recevoir des paiements et d’envisager d’utiliser des services d’expédition alternatifs pour déplacer leurs produits.

La ministre fédérale du Travail, Patty Hajdu, a déclaré lundi qu’elle surveillait la situation, sans toutefois donner à entendre que le gouvernement Trudeau interviendrait pour mettre fin aux grèves.

Les deux parties devraient rester à la table de négociation jusqu’à ce qu’un règlement soit conclu, a déclaré Mme Hajdu.

«Nous avons toujours une législation de retour au travail dans notre boîte à outils (mais) nous ne prévoyons pas l’utiliser dans un avenir rapproché», a-t-elle dit.

Toronto touché mardi

Par ailleurs, les grèves tournantes des syndiqués de Postes Canada se sont déplacées à Toronto et en périphérie, à 0h01 mardi, lors de la deuxième journée de débrayage, ciblant ainsi la plus grande région métropolitaine du pays où résident 5,9 millions de personnes.

Dans un communiqué publié en fin de soirée lundi, le STTP précise que la grève touchera la région métropolitaine du Grand Toronto, à l’exception de Scarborough, et la majorité de la région de l’indicatif 905.

Neuf mille travailleurs des postes seront alors en grève, selon le syndicat qui assure que les négociations se poursuivent.

Toronto est «un centre de tri important pour le courrier et les colis au Canada», a reconnu Postes Canada peu avant minuit dans un communiqué.

La société de la Couronne a expliqué que la grève tournant aura donc «un impact important» sur ses opérations. Ses clients pourraient donc constater des retards de livraison à l’échelle du pays, a-t-elle prévenu.

Le syndicat, qui représente 50 000 employés, a entamé dans la nuit de lundi des grèves de 24 heures à Victoria, Edmonton, Windsor et à Halifax.

Cette forme de débrayage a été lancée après que les négociateurs n’ont pas réussi à conclure un nouvel accord pour renouveler la convention collective avant la date butoir de lundi, fixée par le syndicat.