La CSN dénonce la détérioration des conditions de travail au CHU de Québec

La pénurie de main-d’œuvre et la mauvaise organisation du travail au CHU de Québec ont d’importances conséquences sur la santé du personnel, dont les préposés aux bénéficiaires, a dénoncé lundi la CSN.

Heures supplémentaires obligatoires, travail en sous-effectifs, refus «systématique» des congés et des aménagements, quarts de travail rotatifs qui rendent difficile la conciliation travail-famille: la présidente du syndicat du CHU de Québec, Chantal Cauchon, réclame à la direction une solution «durable» à une situation devenue intenable pour les 2700 membres qu’elle représente (personnel paratechnique, services auxiliaires et métiers). 

Selon elle, au-delà du problème de pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans la région, l’organisation du travail au CHU de Québec est «déficiente», rendant l’établissement «moins attractif». «Il y a eu 422 embauches dans notre catégorie l’an dernier, mais il y a eu 398 départs» pendant la même période, illustre Mme Cauchon. 

Les besoins sont particulièrement criants en hygiène-salubrité, dans les services alimentaires et chez les préposés aux bénéficiaires, entre autres. Seulement en hygiène-salubrité, il y a eu 9000 heures supplémentaires dans les cinq établissements du CHU de Québec l’an dernier.

Selon Chantal Cauchon, il y a «beaucoup de pression» qui s’exerce sur les employés pour qu’ils soient performants, même lorsqu’il manque de personnel. La détérioration des conditions et du climat de travail est telle que le syndicat a dénombré l’an dernier 873 cas de personnes ayant touché de l’assurance-salaire pour des raisons psychologiques. «Pour l’année en cours, nous sommes déjà rendus à 883 cas», déplore la présidente du syndicat.

Mme Cauchon souligne qu’aucun employé occasionnel n’a voulu de l’un des 52 postes de préposés aux bénéficiaires actuellement affichés au CHU de Québec «parce que ce sont des postes rotatifs et que les gens ont peur de perdre totalement le contrôle sur leur horaire de travail». 

La vice-présidente régionale de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Lucie Langlois, croit que la rigidité de la direction, qui talonne les employés à la moindre absence et qui refuse les aménagements (qu’un employé ne travaille que de soir, par exemple), donne lieu à des départs hâtifs et à une perte d’expertise. 

Mme Langlois craint que la situation actuelle ouvre la porte à la privatisation. Selon elle, beaucoup d’employés se découragent, démissionnent et reviennent par l’entremise d’agences de placement, où ils ont de meilleurs horaires et moins de responsabilités. «Les gens veulent surtout des horaires stables pour permettre la conciliation travail-famille», dit celle qui se demande «si les autorités ne font pas exprès pour favoriser le développement d’un système privé en parallèle». 

La présidente du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches, Ann Gingras, se questionne pour sa part sur le réel choix qu’auront les employés du CHU de Québec de travailler ou non pendant le G7, faisant référence à l’appel aux volontaires lancé vendredi par l’établissement, «On nous dit que c’est sur une base volontaire, sauf que les gens sont extrêmement épuisés. Si personne ne se porte volontaire, il se passe quoi?» a demandé Ann Gingras.

Selon elle, on ne peut pas continuer de se fermer les yeux sur la réalité des employés du réseau de la santé, qui ont fait le choix «d’aider et de soigner les autres», mais qui le font souvent au détriment de leur propre santé. «Les employés veulent des conditions de travail respectueuses, et ça, le ministre [de la Santé, Gaétan] Barrette doit en prendre acte.» 

Au cours des prochaines semaines, les membres du syndicat du CHU de Québec porteront le brassard jaune pour être «visibles». 

Le CHU de Québec se défend

Au CHU de Québec, on refuse de «faire un débat sur la place publique», mais on tient à apporter certaines précisions. «On ne peut pas lier les 406 départs de l’an dernier aux conditions de travail. Il y a eu des départs à la retraite, des congés parentaux, des retours aux études...» précise la porte-parole Geneviève Dupuis. 

Quant aux heures supplémentaires obligatoires en hygiène salubrité, Mme Dupuis signale qu’elles correspondent à 2,11% des heures travaillées, en-deça de la cible de 2,31% du ministère de la Santé. «Mais c’est sûr qu’une heure à taux supplémentaire, c’est une heure de trop. C’est pour ça qu’on veut embaucher», dit la porte-parole du CHU de Québec, qui assure du reste que l’établissement «essaie d’être flexible» avec ses employés et qu’il est «en mode solution». «Mais dans un contexte de plein emploi, ce n’est pas facile», convient Mme Dupuis.    

Une rencontre entre le syndicat et la direction du CHU de Québec est prévue mercredi.