La copropriétaire de la boutique de jeux À l’échelle du monde, Chantal McFadden, a mis sur pied un service de livraison à domicile. Un service de proximité «sanitairement responsable», précise-t-elle.
La copropriétaire de la boutique de jeux À l’échelle du monde, Chantal McFadden, a mis sur pied un service de livraison à domicile. Un service de proximité «sanitairement responsable», précise-t-elle.

Jeux de société : une stratégie pour survivre à la crise

Conseils personnalisés à distance, livraison à domicile, cueillette à la porte: les détaillants de jeux de Gatineau trouvent des astuces pour continuer à servir – de façon sanitairement responsable - leur clientèle désormais confinée à domicile.

Bien qu’ils ont dû fermer leurs portes au public en même temps que tous les commerces non essentiels, les petites boutiques de jeux que sont À l’échelle du monde, Multizone ou L’As des jeux poursuivent leurs activités, grâce au commerce électronique.

Certains offrent même, depuis quelques jours, des services supplémentaires qui les distinguent des gros compétiteurs en ligne que sont Renaud-Bray ou Archambault.

La distanciation sociale et les mesures de confinement ont contraint les gens à revoir la liste de leurs activités quotidiennes, mais les jeux de société et les casse-têtes sont redescendus des étagères familiales. Et les amateurs d’activités ludiques continuent de passer commande.

Fermée depuis le 22 mars, la boutique À l’échelle du monde n’a pas cessé complètement ses activités. La copropriétaire des lieux, Chantal McFadden, dit avoir dû composer avec les départs «volontaires» de 12 employés que les risques de contamination inquiétaient, ou que la nouvelle donne familiale retenaient à domicile, ou «pour respecter ce que [le premier ministre] François Legault a demandé».

Mais son équipe, désormais réduite à sept personnes, «tient le fort». Pour conseiller les gens qui appellent sans savoir précisément quel produit leur convient. Pour préparer les colis. Et même les livrer à domicile, dans les différents secteurs de Gatineau. «On a même essayé le service à l’auto pendant deux jours, mais on ne le fait plus plus.»

Les employés «travaillent à tour de rôle, jamais en même temps, pour ne pas prendre de risque», précise-t-elle; ou alors, exceptionnellement, «à bonne distance les un des autres», et sans lésiner sur le Purell.

Reconfigurer les tâches de certains postes lui a permis de «maintenir deux emplois», dont celui de son livreur scolaire. La décision de livrer à domicile, elle l’a prise «pour sauver un emploi, pas pour sauver de l’argent, certainement pas parce que c’est rentable», dit-elle. «J’ai fait ça par sentiment d’obligation», lâche-t-elle, inquiète quant aux perspectives d’avenir de son commerce.

Pour elle, ce «service de proximité» est aussi sa façon de remercier une clientèle qui a délibérément fait le choix de «l’achat local».

À l’Échelle du monde étant spécialisé dans le matériel éducatif, le milieu scolaire constituait une grosse part de son chiffre d’affaires. Depuis que les écoles ont fermé, ses chiffres de vente ont chuté de 80%, calcule-t-elle. «Et ça va aller en diminuant, car les gens qui m’ont acheté des jeux cette semaine ne passeront pas des commandes à chaque semaine», poursuit Chantal McFadden.

L’As des jeux

La fourgonnette de L’As des jeux aussi a commencé à livrer directement chez ses clients.

La copropriétaire de L'As des jeux, Caroline Paquette

«C’est nouveau ; on le fait en réaction aux mesures de confinement», indique la copropriétaire, Caroline Paquette.

Là aussi, l’opération a permis de «sauver quelques emplois, pas beaucoup. On a trois personnes avec nous».

Sur le plan des ventes, en revanche, ce n’est pas la catastrophe appréhendée: malgré la fermeture, «nos ventes ont augmenté, cette période [par rapport à l’année précédente]. Le printemps est une période plus creuse, d’habitude, les gens ont tendance à sortir dehors» plutôt que de s’enfermer pour jouer.

«On a aussi mis en place un système de conseils en ligne; les gens remplissent un questionnaire, et on leur envoie une liste de jeux qui nous semblent [adaptés à] leurs préférences. On ne veut pas qu’ils achètent n’importe quoi et qu’ils soient déçus après.» Ce système de suggestions «a eu un impact », croit-elle.

Frères de Bataille

À la boutique Frères de Bataille, spécialisée dans les jeux de cartes et de miniatures, on prend désormais les commandes par téléphone, même si l’espace ne reçoit plus de clients, explique le propriétaire Sébastien Hébert. Pas de cueillette ici non plus; on se contente de faire livrer les commandes.

«Ça va être assez difficile de s’en remettre. Si le confinement dure un ou deux mois, on va s’en remettre, mais... six mois, je ne sais pas si on va survivre.»

Même son de cloche du côté des deux boutiques Multizone, qui essuient des pertes «énormes» depuis le début de la crise», se désole leur propriétaire, Dylan Montgomery. «Nous avons dû faire plusieurs changements pour compenser.»

Pour se maintenir à flot en cette période de «grandes difficultés», il multiplie les rabais en ligne et les «accommodements» de clients, en plus de développer un système de conseils sur les réseaux sociaux. «Nous travaillons fort pour garder le contact avec notre communauté au travers de Facebook, sur notre serveur Discord, et via Instagram. Mais tout cela est difficile...»

Début avril,  il étendait aux jeux de cartes à collectionner son sytème de Loot Box, une promotion mensuelle qui s'applique sur un achat de jeux en vrac. Il a aussi aboli les frais de livraison pour toute commande dépassant 25$.

Les casse-têtes ont la côte

«On vend beaucoup d’accessoires pour peintres», mais plus tellement de ses jeux de figurines, qui impliquent que les joueurs se réunissent autour d’une même table, note le propriétaire de Frères de Bataille. Les achats de miniatures à construire et à peindre à la maison, c'est aussi ce qui permet à Multizone de garder la tête hors de l'eau.

Ce qu’À l’échelle du monde vend le plus, ces temps-ci, ce ne sont pas les jeux de plateaux, mais «les jeux éducatifs, les passe-temps, comme les casse-têtes, les affaires de bricolage et la peinture à numéro. Des passe-temps. Tout le monde est en mode ‘j’arrête de réfléchir et de me demander comment je vais payer le loyer’», note aussi Mme McFadden.

Au niveau des ventes, «ce qui explose, ce sont les casse-têtes», constate pareillement L’As des jeux. Les gens achètent-ils le classique Pandémie ? «Oui, lui, j’ai de la misère à avoir des réassorts (réapprovisionnements); nos fournisseurs sont en rupture de stock, tant en français qu’en anglais», ajoute Caroline Paquette.