Jérémie Perron fait face à des accusations d’agression sexuelle causant des lésions et d’introduction par effraction.
Jérémie Perron fait face à des accusations d’agression sexuelle causant des lésions et d’introduction par effraction.

Jérémie Perron ne voulait pas passer de test d’ADN

Accusé d’agression sexuelle causant des lésions sur une adolescente de 17 ans et d’introduction par effraction, Jérémie Perron aurait tenté d’éviter à plus d’une reprise de se soumettre à un test d’ADN, dans les mois suivant les faits. C’est ce qui ressort du témoignage de son ex-copine, appelée à la barre des témoins de la Couronne, mardi. Elle a raconté comment agissait l’accusé entre le 15 juillet 2018 et le jour de son arrestation, survenue cinq mois plus tard.

Le procès de Jérémie Perron, âgé de 27 ans, s’est poursuivi pour une deuxième journée au Palais de justice de Chicoutimi. Rappelons que l’individu est accusé de s’être introduit chez l’adolescente dans la nuit du 15 juillet 2018, alors qu’elle était seule à la maison, puisque ses parents étaient en camping. Masqué de lunettes de ski, portant une cagoule et s’exprimant en anglais, l’homme aurait attaché la jeune fille pour se livrer à des gestes sexuels, notamment une fellation forcée.

L’ex-conjointe de Perron, qui a rompu tout contact avec lui lorsqu’il a été arrêté, a expliqué à la juge de la Cour du Québec, Sonia Rouleau, comment son copain de l’époque avait agi, dans les heures, les jours et les mois suivants l’agression. Selon son témoignage, qui a duré tout l’avant-midi, c’est le lendemain de la nuit du 15 juillet que l’homme, mis au fait qu’une jeune fille avait été agressée sexuellement, aurait commencé à sombrer dans un état dépressif. Il aurait alors expliqué à sa copine avoir lui-même été victime d’une violente agression sexuelle lorsqu’il était âgé de huit ans, lors d’une sortie scolaire, à Jonquière.

C’est en raison de ces souvenirs qu’il n’aurait pas voulu se soumettre à un test d’ADN. Le test lui ferait revivre cet événement traumatisant, a-t-il dit à son ex-copine.

Il faut spécifier que plusieurs hommes, connaissant de près ou de loin la jeune victime, ont été invités à passer le test d’ADN. Les enquêteurs voulaient éliminer les suspects gravitant autour de la jeune fille.

Selon l’ancienne copine de l’accusé, Jérémie Perron aurait d’abord affirmé qu’il s’y soumettrait, mais les démarches s’avéraient ardues, puisqu’il remettait à plus tard la tâche d’aller au poste de police. Il aurait ensuite proposé de donner l’échantillon d’une prise de sang fait par sa mère aux policiers, en guise de « bonne volonté ».

Lorsque les enquêteurs se sont rendus chez lui, puisque le jeune homme ne se rendait pas au poste de police, ils auraient convenu que le test se ferait plus tard.

Mais quelques jours plus tard, sombrant dans un état encore plus dépressif, Jérémie Perron est allé chez son médecin de famille, puis à l’urgence, pour obtenir de l’aide psychologique. Son ex-copine a expliqué au tribunal que Perron avait ensuite été hospitalisé en psychiatrie à Chicoutimi.

« Il me disait que j’allais le laisser parce qu’il devenait fou. Qu’il entendait des voix depuis qu’il avait pris un ecstasy », a expliqué la jeune femme, qui se rendait ensuite visiter son copain en psychiatrie pour le soutenir.

C’est finalement plus tard, au mois de décembre 2018, que les enquêteurs ont informé la jeune femme que Jérémie Perron avait été arrêté et accusé d’agression sexuelle.

Elle a expliqué à la juge Rouleau avoir été en état de choc et avoir rompu tout lien avec l’accusé.

Jérémie Perron ne s’est finalement jamais soumis de son plein gré au test d’ADN. Les enquêteurs ont été en mesure de le relier à l’agression grâce à un mégot de cigarette. Cet aspect sera abordé plus tard durant le procès.

Habillement

En contre-interrogatoire, l’avocat de l’accusé, Me Nicolas Gagnon, a posé plusieurs questions à l’ancienne copine de son client, concernant, entre autres, l’habillement de Jérémie Perron. Il lui a notamment demandé si son copain de l’époque possédait un manteau de style militaire, comme l’avait décrit la victime à la police. L’ex-copine a affirmé qu’elle ne croyait pas que Perron possédait un tel morceau de vêtement.

Il a aussi relevé quelques contradictions entre le témoignage de la jeune femme et celui qu’elle avait fait lors de l’enquête préliminaire, notamment sur le fait que Jérémie Perron sentait l’alcool lorsqu’il était rentré à la maison, la nuit du 15 juillet 2018. Aujourd’hui, elle dit ne plus être certaine s’il sentait l’alcool ou non.

Parti chez un ami

Jérémie Perron a expliqué à son ex-copine, le soir de l’agression dont il est accusé, qu’il allait voir un ami, lorsqu’il avait quitté l’appartement vers 23h30.

Cette tierce personne figure d’ailleurs sur la liste des témoins de la poursuite. Il témoignera vendredi, en après-midi.

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LA VICTIME INCAPABLE DE RESTER SEULE, RACONTE SA MÈRE

Encore aujourd’hui, la présumée victime de Jérémie Perron est incapable de rester seule à la maison sans ressentir peur, angoisse et panique. Sa mère a témoigné des conséquences du crime allégué sur sa fille, qui avait 17 ans en juillet 2018.

C’est au petit matin, le 15 juillet 2018, que les parents de la plaignante, qui étaient en camping, ont été réveillés par l’appel d’une autre de leur fille. Cette dernière avait accompagné sa jeune soeur à l’hôpital, après que l’adolescente lui eut raconté avoir été victime d’une agression sexuelle, survenue en pleine nuit, chez elle.

« Ma fille m’a dit de ne pas paniquer et elle m’a raconté ce qui était arrivé », a laissé tomber la mère au tribunal, retenant ses larmes.

La mère a surtout été questionnée par la procureure de la Couronne, Me Nicole Ouellet, sur les conséquences qu’avait eues l’agression sur la jeune fille.

« Après les événements, elle ne voulait pas retourner à la maison. Elle était paniquée. Nous sommes donc allés au camping quelques jours et avant de rentrer à la maison, nous avons repeint et changé le divan (sur lequel aurait été perpétrée l’agression sexuelle) et changé la disposition des meubles. Mais elle était incapable de dormir seule et, encore aujourd’hui, elle n’est pas capable de rester toute seule à la maison », a expliqué la mère, ajoutant que des serrures supplémentaires ont été ajoutées aux ouvertures.

« Elle a pris l’habitude de barrer la porte de sa chambre aussi, même si on est à la maison », a affirmé la dame.

La mère a ajouté que le retour à l’école, cette année-là, s’est tout de même bien déroulé, et que sa fille est aussi suivie par un psychologue. On ne parlait pas beaucoup de l’agression à la maison, mais selon la mère de la jeune fille, la victime allait relativement bien.

« Pour le coucher, il n’y a rien de guéri. Elle a tenté de rester seule à la maison dernièrement, mais elle a finalement appelé sa soeur en panique pour qu’elle vienne la rejoindre », a laissé tomber la mère.

Les policiers qui ont travaillé sur l’enquête seront les prochains témoins de la poursuite.

La procureure de la Couronne, Me Nicole Ouellet, a questionné la mère de la victime sur les conséquences du crime sur sa fille.