Ce pédophile a raconté s’être dénoncé lui-même pour montrer aux gens ce qu’il était et ce qu’il faisait.

«Je ne veux pas être un délinquant sexuel»

SHAWINIGAN — Un homme de 71 ans du Centre-de-la-Mauricie a été condamné à deux ans de pénitencier pour avoir abusé sexuellement de sa petite-fille par alliance pendant trois ans entre 2015 et 2018.

Lorsque le juge Jacques Trudel a entériné, mercredi, cette sentence, issue d’une suggestion commune de la procureure de la Couronne, Me Catherine Vincent, et de l’avocat de la défense, Me Maurice Biron, il a pris soin de rappeler qu’elle se situe au bas de la fourchette des peines pour des crimes de cette nature. Malgré les nombreux facteurs aggravants de cette affaire, il estime que les remords de l’accusé, le processus thérapeutique qu’il a déjà entrepris, son plaidoyer de culpabilité et le fait qu’il se soit lui-même livré à la police rendent cette peine juste et raisonnable.

En effet, ce pédophile qui compte un antécédent en semblable matière a raconté s’être dénoncé lui-même pour montrer aux gens ce qu’il était et ce qu’il faisait. «J’ai commis des gestes qui ne sont pas conformes et qui ne sont pas acceptés par la société. Ce que j’ai fait, c’était comme si j’étais en amour avec cette personne. Je le sais que c’est inconcevable pour un homme de mon âge. Je n’ai pas eu tout de suite le courage d’aller voir les policiers. Il a fallu que je provoque des choses pour y parvenir.»

Sa petite-fille était âgée de 14 à 17 ans. Elle était aussi très vulnérable en raison d’un accident dans le passé qui lui avait causé un traumatisme crânien. Parmi les gestes qu’il a commis, il l’a embrassée, l’a caressée, lui a sucé les orteils, lui a fait des cunnilingus, lui a léché les seins et a pénétré son vagin avec ses doigts. Tel que l’a noté le juge dans les facteurs aggravants, les gestes ont été nombreux, répétés et intrusifs pendant près de trois ans. Il n’y a cependant pas eu de rapports sexuels complets ni de violence, outre celle inhérente aux abus sexuels. Les conséquences ont été très importantes pour la victime et sa famille; le lien de confiance a notamment été brisé.

Il a fallu qu’il s’en prenne à une autre jeune femme de sa famille, cette fois-ci en lui suçant uniquement les orteils, pour qu’il se décide à passer à l’action. Compte tenu de l’excitation que cela avait suscitée chez lui et de son sentiment de culpabilité, il s’est présenté aux policiers comme un pédophile qui devait être arrêté. Du coup, il a avoué tous les gestes sexuels qu’il avait commis sur sa petite-fille par alliance. Des accusations de nature sexuelle ont été portées contre lui en lien avec les deux victimes mais la Couronne a finalement retiré le chef visant celle à qui il avait seulement sucé les orteils compte tenu des critères de preuve.

Le suspect a par ailleurs plaidé coupable aux autres accusations. Il a aussi entrepris une thérapie à la Maison Radisson pendant plusieurs semaines. Encore aujourd’hui, il veut poursuivre son processus thérapeutique. Il ne veut même pas avoir le rapport de progression de sa thérapie pour ne pas nuire à son cheminement. Son risque de récidive est considéré moyen par les spécialistes qui l’ont rencontré. «Je ne veux pas être un délinquant sexuel», a-t-il répété.

En ce sens, il a mentionné au juge Trudel qu’il voulait avoir une peine de deux ans pour pouvoir aller dans un pénitencier et non dans une prison provinciale afin d’avoir accès à des services plus complets. Son objectif est d’être emprisonné à l’établissement De La Macaza spécialisé dans la délinquance sexuelle.

Outre la peine de deux ans de prison, cet homme sera également soumis à une probation pendant trois ans avec suivi. Il ne pourra pas communiquer avec la victime et ses parents, ni même se trouver à moins de deux kilomètres de leur résidence. Pendant cinq ans, il lui sera interdit de se rendre dans des lieux publics comme des parcs et terrains d’école où des jeunes de moins de 16 ans sont susceptibles de se trouver. Il ne peut pas non plus avoir un emploi qui le placerait en présence de jeunes de moins de 16 ans et avoir tout contact avec eux sauf en présence d’une personne désignée. Il ne pourra pas utiliser Internet pour communiquer avec des jeunes de moins de 18 ans. Enfin, il sera inscrit au Registre des délinquants sexuels à vie.