Les lockoutés de l’ABI sont en mode attente sur la ligne de piquetage alors que les parties se penchent sur l’hypothèse de règlement.

«J’ai une inquiétude réelle»: Legault fait reposer le sort de l’ABI sur les compromis du syndicat

Bécancour — Au lendemain du dépôt d’une hypothèse de règlement et d’un incendie à l’Aluminerie de Bécancour, le premier ministre François Legault a été loin d’éteindre le feu provoqué par ses récents propos en y allant jeudi d’une autre déclaration visant la partie syndicale.

«Actuellement, moi, j’ai une inquiétude réelle que cette entreprise reste fermée pendant longtemps si le syndicat ne fait pas de compromis», a-t-il affirmé au salon bleu de l’Assemblée nationale.

Pourtant, la veille, son ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet, annonçait que son hypothèse de règlement exigeait des concessions des deux parties.

Le Syndicat des Métallos n’a pas voulu commenter cette nouvelle sortie de François Legault, se contentant dire «qu’on est en train de faire nos devoirs et d’étudier l’hypothèse de règlement».

Or, la cheffe du deuxième groupe d’opposition, Manon Massé, a invité le premier ministre du Québec à «se retenir un petit peu», lui suggérant de «prendre une petite pause pour les dix prochains jours», le temps que les parties réagissent à l’hypothèse de règlement.

Ce à quoi François Legault a répondu que «ce qui se passe chez ABI est très grave pour la Mauricie et le Centre-du-Québec». «On a actuellement non seulement une masse salariale de 100 millions par année qui n’est pas versée, mais aussi 500 millions de dollars par année de retombées qui ne sont pas données, quand on inclut les fournisseurs puis les sous-contrats. Tout ça dans un contexte où le prix de l’aluminium est très bas et qu’il y a une taxe de 10 % pour l’exportation d’aluminium aux États-Unis», a-t-il souligné.

Lors de cette même période de questions, Alexandre Leduc, de Québec solidaire, a interpellé le ministre Boulet. «Au même moment que le ministre du Travail disait que les deux parties devaient mettre de l’eau dans leur vin, le premier ministre en a remis une couche en commission parlementaire en attaquant de nouveau les travailleurs et travailleuses d’ABI. Il a dit, et je cite: ‘‘Le syndicat exagère. Le syndicat devrait faire plus de compromis. Tout ça, alors que l’encre de l’hypothèse de règlement n’était même pas encore sèche. C’est surréaliste’’», a-t-il dénoncé.

«On a l’impression d’assister à une reprise de Bon Cop, Bad Cop en formule mauvais théâtre d’été. À chaque fois que le ministre fait un geste pour essayer de régler le conflit, le premier ministre fait un geste pour empirer le conflit. Vous essayez de ramer par en avant, le premier ministre rame par en arrière. Coudonc, est-ce que le gouvernement tourne en rond?», a lancé le député d’Hochelaga-Maisonneuve.

Le député de Trois-Rivières lui a répondu «qu’on rame avec les deux parties». «On a créé un conseil de médiation, on a créé un groupe d’experts, on a identifié des objectifs de négociation. On essaie de trouver une solution. Le premier ministre était à mes côtés quand on les a rencontrés, on était en mode recherche de solution. Le premier ministre a toujours été créatif dans ce dossier, a toujours été préoccupé par les conséquences humaines, sociales et économiques de ce conflit de travail là. Donc, on essaie, on a déposé une hypothèse de règlement, les deux parties sont attentives, vont se mettre en mode analyse et on aura la réponse dans un délai raisonnable», a indiqué M. Boulet.

Pour sa part, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, dit continuer à être confiant. Et selon lui, l’enjeu pour la partie syndicale tourne autour du protocole de retour au travail tandis que pour l’employeur, c’est la flexibilité. Les intentions à long terme d’Alcoa par rapport à ses installations représentent une autre préoccupation pour le premier magistrat, qui souhaiterait bien «avoir de la transformation». «L’entonnoir se referme. Plus le temps dure, plus que j’aime moins ça. J’ai hâte que ça finisse», a-t-il avoué.

De son côté, le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard, a salué l’initiative du ministre Jean Boulet. «Ils ne peuvent pas ne pas réagir», croit-il.

Quant à l’incendie de mercredi, celui-ci s’attend à la reprise normale de la production d’aluminium du «huitième de l’usine». «Ils sont en train de faire l’enquête, mais notre prétention, c’est que c’est une erreur humaine. Ce serait possiblement quelqu’un qui faisait une soudure. Tout est sous contrôle», rapporte M. Richard.

Selon certaines sources, des sous-traitants effectuaient des travaux de soudure aux systèmes de conduite de la compacteuse à copeaux de métaux. Il n’y aurait pas de bris majeur pour la suite des opérations de la fonderie.

«À l’instant où il se passe quelque chose à l’interne d’une usine, on est averti en priorité, c’est toujours le cas. Dans les minutes qui suivent, on est immédiatement avisé parce que c’est sur notre terrain, c’est dans le parc. À partir de là s’enclenche tout le système d’attente externe. C’est d’abord traité à l’interne par les gens de protection de l’usine. Et 9 fois sur 10, dans les minutes qui suivent, on est rappelé pour dire que tout est sous contrôle», a-t-il conclu avant de préciser que «ça s’est très bien passé» mercredi.