Inceste sur son frère et sa soeur dans les années 80: «J’étais inconscient du mal que je faisais»

Trois-Rivières — La Couronne réclame que cinq ans de prison soient imposés à un individu de Saint-Justin qui a abusé sexuellement de son frère et de sa soeur dans les années 80.

Cet homme de 67 ans, dont on doit taire l’identité pour protéger celle des victimes, avait d’ailleurs reconnu ses crimes en décembre dernier. Il avait alors plaidé coupable à des chefs d’attentat à la pudeur, agression sexuelle et inceste. Entre 1980 et 1983, alors qu’il était âgé de 28 ans, marié et père d’un jeune enfant, il avait abusé de son jeune frère à quelques reprises.

Une nuit, il s’était notamment glissé dans son lit pour frotter son pénis contre lui. La victime l’avait repoussé, ce qui avait réveillé son propre enfant qui dormait dans le lit voisin et sa conjointe qui se trouvait dans une autre chambre. Il avait malgré tout poursuivi son manège jusqu’à l’éjaculation. Malgré ses excuses, il avait recommencé deux semaines plus tard. Cette fois-ci, il avait pris le pied de son jeune frère pour le frotter sur son pénis jusqu’à éjaculation pendant un entraînement de karaté. Les abus sexuels, plus précisément des masturbations et des fellations, s’étaient ainsi poursuivis pendant trois ans et demi jusqu’à ce la victime y mette un terme.

Il a aussi profité de la vulnérabilité de sa jeune sœur de 19 ans qui vivait une peine d’amour pour l’agresser sexuellement à une reprise en 1979. Ils étaient allés tous les deux dans un bar parce qu’elle avait besoin de se confier. Or, à la fin de la soirée, au lieu de la ramener chez elle, il l’avait plutôt conduite dans un motel de Yamachiche où il avait eu une relation sexuelle complète avec elle, non protégée. Sous le choc, la plaignante n’avait jamais eu la force de le repousser.

Pendant toutes les années qui ont suivi, les deux victimes ont souffert énormément de la honte et de la culpabilité liées à ces abus sexuels. Lors des plaidoiries sur sentence qui se sont déroulées jeudi, le plaignant, qui est maintenant âgé de 54 ans, a raconté avoir trouvé la force de porter plainte 35 ans plus tard à cause d’un «trop-plein.» «À travers la maladie que j’ai développée, j’ai réalisé que je ne pouvais pas mourir sans avoir réglé ça. Je crois que dans la maladie physique, il y avait tout ce poids psychologique. J’ai pratiquement arrêté de marcher», a-t-il expliqué.

Aujourd’hui, il tient d’ailleurs à remercier la cour et l’enquêteur Jonathan Philie de la Sûreté du Québec qui a mené l’enquête. «Pour la première fois de ma vie, je me suis senti respecté, entendu et appuyé. Je ne vous nommerai pas toutes les thérapies que j’ai faites: minimum une par dix ans à vivre avec ce poids sur les épaules. C’est compliqué de dénoncer quelqu’un de sa propre famille. L’implication émotive est grande. Mais aujourd’hui, je peux vous dire, hors de tout doute raisonnable et avec fierté, qu’une grande page de mon histoire se ferme. Enfin, je peux écrire le mot FIN», a-t-il raconté.

Bien que présente dans la salle d’audience, sa sœur n’a pas voulu témoigner, mais à la lumière des informations transmises par la procureure de la Couronne, Me Catherine Lemay, on a pu apprendre qu’elle a elle aussi souffert grandement.

Quant à l’accusé, qui est représenté par Me Sabrina Méthot, il a raconté en larmes qu’à cette époque de sa vie, il consommait beaucoup d’alcool et de cocaïne. «J’étais inconscient du mal que je faisais. C’est épouvantable», a-t-il déclaré. Il dit maintenant accepter de vivre dans l’isolement et la honte à cause des gestes qu’il a posés. Comme plus personne ne veut jouer au golf avec lui, sa seule activité consiste à faire du vélo. «J’ai blessé tout le monde autour de moi. La seule personne qui me parle encore, c’est ma femme», a-t-il ajouté.

D’un autre côté, il admet n’avoir jamais consulté de spécialiste ou suivi de thérapie en lien avec sa problématique sexuelle sous prétexte qu’il n’était pas conscient de ce qu’il faisait à l’époque, bien qu’il avait 28 ans. Selon lui, «c’était des jeux sexuels» et «chacun semblait y prendre son plaisir». Et même aujourd’hui, sa motivation semble faible. Aux questions de Me Lemay qui cherchait à savoir pourquoi il ne suivait pas une thérapie, il a affirmé qu’il ne se sentait pas «malade». Il finira par dire : «Si vous voyez que je suis malade, faites-moi traiter, mais je n’ai pas la même interprétation que vous.»

Dans sa plaidoirie visant à obtenir cinq ans de prison, Me Lemay a insisté sur les facteurs aggravants de cette affaire. Elle a notamment rappelé qu’il avait abusé de son jeune frère et de sa petite sœur, profité de leur vulnérabilité et que les agressions avaient laissé des séquelles importantes.

Pour sa part, l’avocate de la défense Me Méthot a plutôt suggéré une peine de deux ans moins un jour de prison. Elle a rappelé que son client avait eu une enfance difficile, ayant lui-même été abusé. Il a notamment été initié à la sexualité par une tante. Malgré ses problèmes d’alcool et de drogue, il a travaillé toute sa vie, il ne compte aucun antécédent judiciaire, les événements sont survenus il y a 36 ans, le risque de récidive est faible et il a plaidé coupable à la première occasion.

La juge Guylaine Tremblay rendra la sentence le 21 août.