Martine Therriault (à droite) et son employée, Audrey Jean, n’ont pas compté leurs heures pour servir des repas chauds aux sinistrés.

Incendie de Saint-Fabien: ces héros de l’ombre

SAINT-FABIEN — Quand le malheur frappe dans une communauté, il y a heureusement des gens qui, malgré l’émoi, n’hésitent pas à se rendre disponibles sans compter leurs heures. C’est le cas de Martine Therriault et de Stéphan Simoneau qui, lors de l’incendie qui a amputé une partie du centre du village de Saint-Fabien au Bas-Saint-Laurent, ont fait preuve de dévouement.

Martine Therriault n’avait pas dormi beaucoup. La gérante du casse-croûte du centre des loisirs a été appelée à 7h vendredi matin pour venir servir des repas chauds à une trentaine de personnes évacuées après qu’un camion-citerne de propane eut versé. Notons que le centre des loisirs de cette municipalité, située entre Rimouski et Trois-Pistoles, avait été désigné comme lieu d’hébergement pour les sinistrés. La dame a terminé sa journée de travail à 22h. Plus de 48 heures plus tard, elle et son équipe avaient servi des centaines de repas, puis offert autant de café aux pompiers et aux premiers répondants. 

Dans la nuit de samedi à dimanche, après une heure et demie de sommeil, la gérante du casse-croûte reçoit un appel. «On m’a dit qu’il y avait une catastrophe, qu’il y avait des évacués», raconte-t-elle. Quinze minutes plus tard, elle était au casse-croûte. Elle a fait à manger pendant 16 heures.

«C’est la première fois qu’on vit une situation comme ça, coup sur coup, indique Mme Theriault. On n’était pas prêts à ça. On s’est revirés vite et les gens étaient contents. Pour moi, c’est important. C’est du monde que je connais. On s’est mobilisés et j’ai fait rentrer du monde.» Les frais de repas offerts aux sinistrés étaient aux frais de la municipalité.


C’est la première fois qu’on vit une situation comme ça, coup sur coup. On n’était pas prêts à ça
Martine Therriault
Nouvellement élu le 5 novembre, le maire suppléant Stéphan Simoneau pourra dire qu’il a vite appris à mettre en oeuvre le plan de mesures d’urgence de sa municipalité.

Martine Therriault était ébranlée d’apprendre le malheur qui a frappé six de ses concitoyens, qu’elle connaît tous. «Je tremblais par l’émotion, raconte-t-elle. Je les ai tous rencontrés et c’était pas beau. Il y a des amis, là-dedans. On s’imagine pas que ça peut arriver dans une petite place comme ici! On sent que les gens sont émotifs. Deux situations comme ça, je n’avais jamais vécu ça. Je pense à mes amis qui ne dormiront pas dans leur lit, cette nuit. Ils ont perdu tous leurs souvenirs, tout! Ils recommencent à zéro!»

Le maire suppléant n’avait pas beaucoup dormi, lui non plus : environ une demi-heure. Conseiller nouvellement élu le 5 novembre, Stéphan Simoneau pourra dire qu’il a vite appris à mettre en oeuvre le plan de mesures d’urgence de sa municipalité.

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Plusieurs équipes de monteurs de lignes d’Hydro-Québec et de TELUS étaient à pied d’oeuvre.

PLUSIEURS INTERVENANTS À PIED D'OEUVRE

L’appel d’urgence est entré à la centrale 9-1-1 à minuit 12 dimanche. L’alarme a été sonnée auprès d’une quarantaine de pompiers de Saint-Fabien et de trois municipalités environnantes. Une douzaine de familles, représentant une trentaine de personnes, ont été évacuées. «Quand les pompiers sont arrivés, il y avait apparence de feu et de fumée, relate le maire suppléant, Stéphan Simoneau. Il s’en est suivi un embrasement. Les conditions étaient difficiles et les vents étaient présents.» 

À cause du froid mordant, les pompiers devaient régulièrement retraiter afin de se réchauffer. «Ils ont combattu l’incendie pendant 10 heures, souligne-t-il. Si on parle du camion renversé, c’est beaucoup d’heures en 48 heures! Ils n’ont pas eu beaucoup de répit.»

Le feu s’étant attaqué à des fils, des transformateurs et des poteaux, les employés d’Hydro-Québec ont interrompu le courant. Le poste de commandement a été établi au bureau municipal, situé à proximité des lieux. Mais, comme il n’y avait pas d’électricité, l’épicerie Coop Richelieu, à côté des deux édifices qui ont flambé, a fourni une génératrice. Des employés municipaux sont rentrés en pleine nuit pour étendre des abrasifs afin de faire fondre la glace qui rendait les rues très glissantes à cause de l’arrosage. 

Selon M. Simoneau, les bénévoles de la Croix-Rouge sont aussi des héros de l’ombre. «Ils venaient de quitter les lieux à cause du camion-citerne qui avait versé et, à 3h du matin, ils étaient ici, prêts à accueillir tous les sinistrés», tient à préciser l’élu.

Hydro-Québec et TELUS ont dépêché plusieurs équipes de monteurs de lignes afin de rebâtir le réseau d’électricité et de téléphonie du secteur qui a été endommagé par le brasier. «Sur une très grande distance, les fils ont été changés complètement, explique le conseiller municipal. Beaucoup de poteaux ont dû être retirés, puis remplacés.»