La tempête de novembre dernier a été particulièrement néfaste pour les berges des Îles-de-la-Madelaine.

Îles-de-la-Madeleine: les réserves d’eau potable diminueront

L’érosion des berges qui menace les Îles-de-la-Madeleine n’est pas le seul impact des changements climatiques auquel devront faire face les Madelinots : les ressources en eau potable sont également appelées à diminuer.

La montée du niveau des océans, combinée à l’érosion des berges, augmentera l’intrusion d’eau salée dans le sol des Îles-de-la-Madeleine, un phénomène mondial lié aux changements climatiques, qui affecte les territoires insulaires et qui touche également les territoires côtiers, explique Alexandre Bénard, finissant au baccalauréat en géologie à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Dans le cadre de son projet de fin d’études, l’étudiant originaire des Îles-de-la-Madeleine s’intéresse à l’impact qu’auront les changements climatiques au courant des 100 prochaines années sur les ressources en eau potable de cet archipel du golfe Saint-Laurent.

En l’absence de rivières et de lacs sur la douzaine d’îles que compte l’archipel, la seule alimentation en eau potable possible pour la population et les nombreux touristes qui visitent les Îles-de-la-Madeleine passe par les nappes d’eau souterraines, alimentées par les précipitations reçues.

« En dessous de la nappe d’eau potable, il y a de l’eau salée, donc plus le niveau de la mer va monter, plus cette interface – la limite entre l’eau salée et l’eau douce –, va monter [...]. Si l’interface entre les deux eaux monte, évidemment, on a de moins en moins d’eau douce », souligne l’étudiant, lors d’un entretien avec Le Quotidien, en compagnie de Romain Chesnaux, professeur en sciences de la Terre et en génie civil à l’UQAC, qui lui a proposé ce projet de recherche en hydrogéologie.

Romain Chesnaux, professeur en sciences de la Terre et en génie civil à l’Université du Québec à Chicoutimi et Alexandre Bénard, finissant au baccalauréat en géologie, travaillent sur un projet de recherche visant à estimer l’impact des changements climatiques sur les ressources en eau potable des Îles-de-la-Madeleine au courant des 100 prochaines années.

Cette problématique a interpellé l’étudiant, lui qui a grandi sur l’île de la Pointe aux Loups, et qui voit le territoire madelinot se transformer sous l’impact des changements climatiques. La tempête de novembre dernier, qui a notamment paralysé les réseaux de communication, a particulièrement marqué les Madelinots, relate-t-il.

« L’érosion côtière pendant cette tempête-là, c’est presque du jamais-vu. Ça a fait réveiller tout le monde sur le fait que les impacts des changements climatiques sont réels [...]. Récemment, ça devient de plus en plus palpable. »

Modèle mathématique

Afin d’estimer la perte de ressource en eau douce que les Îles-de-la-Madeleine sont appelées à subir, Alexandre Bénard étudie différents scénarios liés aux changements climatiques, en utilisant un modèle mathématique développé en 2015 par Romain Chesnaux et son équipe.

L’équation mathématique, qui permet d’estimer la dynamique de montée des eaux salées et de perte de l’eau douce, tient compte de différents paramètres physiques, géologiques et climatiques. « C’était juste resté dans le domaine du théorique et avec le projet Îles-de-la-Madeleine, on peut vraiment le mettre en application à un cas concret », mentionne le professeur Chesnaux.

Les résultats préliminaires du modèle, qui s’appliquent à l’ensemble de l’archipel, sont actuellement comparés aux résultats d’une modélisation sur l’intrusion de l’eau salée dans le sol, réalisée par le professeur Jean-Michel Lemieux, de l’Université Laval, pour l’île de Grande Entrée.

Les résultats devraient être connus dans les prochains mois et d’autres avenues de recherche sont envisagées pour poursuivre l’étude de ce phénomène.

Alexandre Bénard, finissant au baccalauréat en géologie à l’Université du Québec à Chicoutimi, et Romain Chesnaux, professeur en sciences de la Terre et en génie civil, travaillent sur un projet de recherche visant à évaluer l’impact des changements climatiques sur les ressources en eau potable des Îles-de-la-Madeleine au cours des 100 prochaines années.

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LA PRESSION TOURISTIQUE À CONSIDÉRER

La forte pression exercée sur l’eau potable des Îles-de-la-Madeleine pendant la saison touristique, dans un contexte où ses ressources en eau douce seront affectées par les changements climatiques, pose un problème sur lequel les décideurs devront se pencher, souligne le professeur Romain Chesnaux.

Le tourisme est le deuxième secteur en importance de l’économie madelinoise. L’archipel, qui compte quelque 13 000 habitants sur un territoire d’environ 200 km2, a accueilli 78 500 visiteurs, entre mai et octobre 2018, selon le bilan d’achalandage publié cet automne par Tourisme Îles-de-la-Madeleine.

La popularité de cette destination touristique ne se dément pas, alors que le nombre de visiteurs ne cesse d’augmenter depuis quelques années. En 2018 seulement, la hausse a été de 7 %. Il n’y a pas si longtemps, pendant les saisons touristiques de 2010-2012, l’achalandage était estimé à environ 60 000 visiteurs.

« [Le tourisme] exerce une pression supplémentaire sur la ressource en eau, donc actuellement les Îles peuvent recevoir des touristes, mais dans 20 ans, 30 ans, si le tourisme explose […], les décideurs se demandent : “Si on développe le tourisme encore plus, est-ce qu’on va être capable de soutenir la demande en eau ?” », exprime le professeur en sciences de la Terre et en génie civil à l’Université du Québec à Chicoutimi.

Les recherches menées sur l’impact des changements climatiques, par l’érosion des berges et la montée du niveau des océans, sur la diminution des ressources en eau douce des Îles-de-la-Madeleine, pourront éventuellement guider les élus et les intervenants du milieu dans leur prise de décision afin de préserver la ressource, souligne M. Chesnaux.

Été sec de 2017

Durant l’été 2017, particulièrement sec, la municipalité des Îles-de-la-Madeleine avait d’ailleurs atteint en juillet sa capacité maximale de pompage sur les réseaux d’aqueduc de l’archipel, une situation qui s’était déjà produite dans les années précédentes. L’été dernier, la municipalité a lancé une campagne de sensibilisation afin de préserver la ressource pendant la période touristique.

Le projet de recherche sur lequel travaille Alexandre Bénard, finissant au baccalauréat en géologie, ne tient pour l’instant pas compte de la consommation en eau des touristes pendant la saison estivale. Cette donnée pourrait cependant être facilement ajustée dans le modèle mathématique utilisé.