Des agents de la GRC accompagnent une famille de migrants à la frontière canado-américaine près de Champlain, dans l’État de New York, le 18 avril dernier.

Il n’y a pas de crise à la frontière États-Unis-Canada, assure l’ONU

OTTAWA - Ni le Canada ni les États-Unis ne connaissent de crise en matière de demandes d’asile, assure le Haut-commissaire adjoint des Nations Unies pour les réfugiés.

Volker Turk, un Autrichien chargé de la protection des réfugiés pour l’ONU, était à Ottawa cette semaine pour rencontrer des agents des services frontaliers canadiens. Il a déclaré lors d’une entrevue que la récente flambée du nombre d’immigrants clandestins au Canada n’était rien comparée aux millions de réfugiés qui affluent chaque année vers des pays beaucoup plus pauvres.

De même, la caravane de migrants qui traverse le Mexique vers les États-Unis, et qui compte quelques milliers de personnes, est petite comparée aux vastes migrations subies ces dernières années par des pays comme le Liban, la Jordanie et la Turquie, qui ont absorbé plus de cinq millions de réfugiés syriens.

«Nous constatons souvent dans les médias que des hordes de personnes semblent se ruer vers le monde industrialisé - ce n’est absolument pas vrai», a déclaré M. Turk.

L’Amérique du Nord a été largement épargnée par la véritable crise mondiale de 68,5 millions de personnes déplacées dans le monde, fuyant la guerre et les conflits, a-t-il rappelé.

«Je pense qu’il est important de tout mettre en perspective et de garder à l’esprit que, lorsque les gens parlent de «crise» de nos jours, ces crises sont éloignées de l’Amérique du Nord ou de l’Europe, elles se produisent souvent dans les pays les plus pauvres du monde, qui ont besoin de notre soutien, de notre solidarité et de notre humanité.»

La rhétorique politique avivant l’inquiétude du public à l’égard des demandeurs d’asile a augmenté ces dernières semaines, dirigée par des hommes politiques canadiens et américains.

Au Canada, les conservateurs fédéraux décrivent régulièrement l’afflux de dizaines de milliers de demandeurs d’asile qui entrent «irrégulièrement» au Canada par des points d’entrée non officiels en provenance des États-Unis comme une crise frontalière. Ils ont utilisé cette question pour galvaniser leur base et critiquer le gouvernement libéral.

Aux États-Unis, le président Donald Trump s’est exprimé de plus en plus sévèrement sur la question des «étrangers en situation irrégulière», alors qu’il continue de faire pression pour la construction d’un mur le long de la frontière américano-mexicaine. Dans la période qui a précédé les élections américaines de mi-mandat cette semaine, il a été particulièrement agressif à l’égard de la caravane de migrants, affirmant que ses membres représentent une invasion. Il a déployé l’armée à la frontière en réponse.

Néanmoins, ajoute M. Turk, les États-Unis sont munis d’un système d’asile «robuste», doté de freins et de contrepoids.

Selon M. Turk, 90 pour cent des réfugiés dans le monde qui franchissent les frontières internationales le font aussi loin du Canada et des États-Unis.

«Je pense qu’il est important de ne jamais perdre de vue ce que nous affrontons aujourd’hui dans le monde. Les vraies crises de ce monde sont en Ouganda, en Turquie, en Jordanie, au Liban, en Éthiopie, au Pakistan et en Iran, des pays qui accueillent littéralement des millions de réfugiés année après année», a-t-il précisé.

Le Canada en a effectivement pris conscience et suit de près l’évolution des tendances migratoires, en particulier dans les Amériques, selon des documents gouvernementaux obtenus en vertu de la loi sur l’accès à l’information.

«Rhétorique radicale» de l’administration Trump

Des responsables du ministère du Commerce international ont exprimé des préoccupations à ce sujet, notamment en ce qui concerne la «rhétorique radicale» de l’administration Trump qui pourrait conduire à un afflux de migrants d’Amérique centrale en situation irrégulière au Canada.

M. Trump a décidé de mettre fin au statut de protection temporaire accordée à des centaines de milliers de ressortissants étrangers vivant aux États-Unis et a promis d’abolir le programme DACA, qui protège les mineurs emmenés illégalement au pays par leurs parents.

Les responsables canadiens notaient dans un document d’information de septembre 2017 que les deux tiers des bénéficiaires de DACA aux États-Unis étaient des ressortissants mexicains. Ils prévenaient que si plusieurs d’entre eux décidaient de venir au Canada, cela exercerait une pression énorme sur le système d’asile canadien.

Le Canada collabore avec l’agence de M. Turk pour aider le Mexique à renforcer sa capacité de traitement des demandes d’asile émanant d’Amérique centrale. Le travail a inclus une formation donnée par les agents d’immigration canadiens à leurs homologues mexicains sur l’évaluation des revendications du statut de réfugié et la protection des demandeurs d’asile.

M. Turk a déclaré que l’effort avait déjà porté ses fruits, les demandes d’asile au Mexique passant de 2000 en 2016 à 10 000 en 2017.

«Le Mexique a toujours été un pays de transit et plusieurs personnes n’ont pas demandé l’asile, a-t-il expliqué. Même au cours des deux derniers jours, nous avons constaté une augmentation du nombre de demandes d’asile (au Mexique). Il est donc évident que le Mexique a besoin de soutien, tant en ce qui concerne le système d’asile que pour l’aider à intégrer les réfugiés.»