«Si vous vous rendez à notre bureau de Kanata, si vous vous rendez à notre bureau de Markham, il est faux de croire qu’il s’agit d’un repaire du docteur Terreur et que nous y travaillons sur le dernier scénario de la fin du monde. C’est un groupe d’ingénieurs qui règlent des problèmes d’ingénierie», a soutenu lundi Alykhan Velshi, vice-président des affaires commerciales de la branche canadienne de Huawei.

Huawei veut étendre le 4G dans le Nord

OTTAWA — Huawei Canada a annoncé que le gouvernement fédéral lui avait accordé son autorisation pour travailler avec une entreprise de télécommunications du Nord et une entreprise de développement inuite afin d’étendre les services sans fil 4G à haute vitesse dans 70 communautés de l’Arctique et du Nord québécois.

L’annonce faite par Huawei à Ottawa concerne l’extension du service 4G, qui est répandu dans les régions peuplées du sud du Canada, à des régions plus rurales et éloignées du Nord.

Le nouveau projet a été approuvé dans le cadre du Programme fédéral d’examen de la sécurité, conçu pour protéger les infrastructures critiques.

Selon un expert, le gouvernement fédéral a ainsi créé des conditions pour permettre au géant chinois des télécommunications de bénéficier d’un monopole sur l’Internet à haute vitesse dans le Grand Nord.

Michael Byers, un spécialiste des affaires de l’Arctique à l’Université de la Colombie-Britannique, souligne qu’étant donné la petite taille du marché dans le Nord, Huawei aura peu de compétition dans cette région où l’entreprise chinoise dispose d’un avantage concurrentiel en raison de son accès à la main-d’œuvre chinoise bon marché.

«La question est de savoir si une entreprise chinoise peut éventuellement détenir un monopole sur les communications dans les communautés éloignées de l’Arctique canadien», a indiqué M. Byers.

«Non pas parce que c’est une menace pour la souveraineté, mais parce que cela laisse ces communautés très vulnérables dans l’éventualité où les relations entre la Chine et le Canada se détérioreraient», a-t-il ajouté.

Huawei est une entreprise controversée au Canada parce que sa directrice financière, Meng Wanzhou, est au centre d’une bataille diplomatique entre le Canada et la Chine depuis son arrestation à Vancouver en décembre. Mme Meng avait été arrêtée en vertu d’un mandat d’extradition des États-Unis, où elle fait face à des accusations de fraude.

L’important contrat 5G

Huawei attend une décision du gouvernement fédéral pour déterminer si l’entreprise chinoise pourra fournir du matériel pour les réseaux sans fil 5G de prochaine génération dans le reste du pays. Les États-Unis font pression pour que le Canada ne fasse pas affaire avec une entreprise considérée comme un organe des services de renseignements chinois — une allégation que l’entreprise a niée une fois de plus lundi.

«Si vous vous rendez à notre bureau de Kanata, si vous vous rendez à notre bureau de Markham, il est faux de croire qu’il s’agit d’un repaire du docteur Terreur et que nous y travaillons sur le dernier scénario de la fin du monde. C’est un groupe d’ingénieurs qui règlent des problèmes d’ingénierie», a soutenu Alykhan Velshi, vice-président des affaires commerciales de la branche canadienne de Huawei.

Cependant, l’attribution du contrat 5G est étroitement liée au sort de deux Canadiens qui ont été emprisonnés en Chine peu après l’arrestation de Mme Meng. Le gouvernement Trudeau a qualifié d’«arbitraire» l’emprisonnement de l’ex-diplomate Michael Kovrig et de l’entrepreneur Michael Spavor, et beaucoup considèrent leur arrestation comme une mesure de représailles de la part de la Chine. Pékin a également bloqué les importations de certains produits agricoles canadiens tels que le canola, ainsi que les expéditions de viande.

M. Velshi a plaidé que l’entreprise menait ses activités au Canada depuis 2008 sans problème, et qu’elle entretenait une «coopération régulière avec les clients et les agences de sécurité», ce qui inclut l’annonce, lundi, d’un partenariat avec ICE Wireless et Iristel. Il a souligné à plusieurs reprises que l’entreprise était gérée au Canada, soumise aux lois canadiennes, avec une structure transparente.

Une société chinoise avant tout

Selon M. Byers, cette dernière déclaration est «fallacieuse».

«C’est une filiale d’une société chinoise. Elle est donc soumise au contrôle de son siège social. Ce siège est soumis au droit chinois, a-t-il soutenu. Quiconque pense que Huawei est indépendant du gouvernement chinois a tort.»

Pour ces raisons, Ottawa a raison d’avoir des inquiétudes à l’idée de permettre à Huawei de fournir l’équipement de base des nouveaux réseaux 5G, selon M. Byers. Mais il devrait également être préoccupé par la possibilité que Huawei détienne un monopole sur les communications Internet dans l’Arctique canadien, a-t-il soutenu.

Un porte-parole du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a déclaré qu’il ne pouvait pas répondre à des questions sur la manière dont Huawei répondait aux exigences de conformité sur les infrastructures critiques du gouvernement.

Il a ensuite redirigé les questions des journalistes vers le Centre de la sécurité des télécommunications. Le CST est le service canadien d’espionnage électronique, qui relève du ministère de la Défense.

Dans un communiqué, le CST a indiqué qu’il travaillait avec 31 fournisseurs de services de télécommunication représentant plus de 99 % du marché canadien de la téléphonie mobile «afin d’atténuer le risque de cyberespionnage et de perturbation du réseau grâce à l’exploitation des vulnérabilités de la chaîne logistique dans l’actuel 3G/4G/Environnement LTE.»

Le service d’espionnage a ajouté que les accords de non-divulgation lui interdisaient de discuter de ses relations avec «des fournisseurs spécifiques et des sociétés de télécommunications canadiennes».