Depuis environ une semaine, de gros tuyaux en plastique mou pendent au plafond pour distribuer de l’air plus frais dans le couloir de l'obstétrique à l'hôpital Saint-François d'Assise. Le système ressemble à ce qu’on peut voir dans certaines serres, a constaté Le Soleil lors d’une visite impromptue.

Hôpital Saint-François d'Assise: un four après l’accouchement

Marie-Line Matte a eu chaud la semaine dernière. Pendant l’accouchement de son sixième enfant, d’abord. Surtout après la naissance : dans la chambre de l’hôpital Saint-François d’Assise où elle logeait, le thermomètre transpirait autour de 30 degrés Celsius. Et même si l’enfant s’est pointé la nuit, maman n’avait pas le droit de se doucher avant le matin.

Le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec reconnaît que l’air est lourd pour les nouvelles mères, les bébés et les conjoints hébergés dans ce pavillon de Limoilou. Le problème est tel que, depuis environ une semaine, de gros tuyaux en plastique mou pendent au plafond pour distribuer de l’air plus frais dans le couloir. Le système ressemble à ce qu’on peut voir dans certaines serres, avons-nous constaté lors d’une visite impromptue.

La direction de l’établissement convient que ce n’est pas idéal, mais souligne que certains bâtiments plus âgés sont plus difficiles à rafraîchir. «Un des endroits où la chaleur est le plus vivement ressentie est l’unité d’obstétrique de l’hôpital Saint-François d’Assise», observe le conseiller en communications externes Mathieu Boivin. «Les 19 chambres du département B4, où sont installées les femmes qui viennent d’accoucher, sont ainsi climatisées depuis une semaine avec une unité temporaire : l’air frais se rend dans les chambres, à condition que les portes restent ouvertes.»

Les grands tubes distribuant la froidure n’ont toutefois pas été allongés jusqu’à la porte de toutes les mamans et leur petit. «La diffusion de l’air climatisé ne se rend pas aux 10 chambres du département C4, où sont installées les patientes en cas de débordement du B4 — ce qui est malheureusement le cas ces jours-ci», précise M. Boivin.

C’est justement là que Marie-Line Matte s’est retrouvée quand elle a décidé avec son conjoint de s’offrir le luxe d’une chambre individuelle à 153 $ la nuitée pour célébrer la naissance. «C’est épouvantable comme il faisait chaud! J’étais toute trempée, mon bébé était trempé», critique-t-elle. «Ça n’a pas de bon sens. […] C’est vraiment broche à foin.» 

La clientèle dégouline, tout comme le personnel, fait-elle valoir. 

Pas de douche

Sans compter qu’il n’était pas possible de prendre une douche après l’accouchement à 23h07. Lorsqu’elle a demandé où se laver, Mme Matte dit que l’infirmière lui a expliqué qu’elle devrait attendre 7h le matin suivant, ce qu’elle dénonce. 

«Il existe effectivement une directive spécifiant que les douches de l’unité d’obstétrique de l’hôpital Saint-François d’Assise ne peuvent être utilisées qu’entre 7h et 21h», confirme Mathieu Boivin, le porte-parole. «Cette consigne est en vigueur depuis plusieurs années. Il faut savoir que, contrairement au Centre mère-enfant du CHUL qui est de construction récente, les chambres de l’unité d’obstétrique [de Saint-François d’Assise] ne disposent pas de douche individuelle. Les patientes et leur conjoint doivent donc utiliser une douche commune. Cependant, le bruit de l’eau ruisselante a déjà suscité des plaintes de patientes occupant des chambres jouxtant la salle de douche commune. Par égard pour elles, il a donc été proscrit à toutes les patientes et leur conjoint de se doucher pendant la nuit.»

Une «solution» pourrait cependant être trouvée par le personnel de l’obstétrique si une patiente a «absolument» besoin de prendre une douche, dit-il.

Le vieux, le neuf

Mathieu Boivin note par ailleurs que la majorité des installations du CHU de Québec sont plus récentes, donc, mieux adaptées, mieux ventilées. «La complexité de climatiser certains bâtiments de nos installations tient au fait que plusieurs d’entre eux ont été construits il y a plusieurs années (1912-1945). Le réseau de distribution d’air y était presque inexistant et l’isolation des murs vient parfois ajouter à la complexité de climatiser sans nuire à l’intégrité du bâtiment lui-même.» Le plan d’investissement du CHU de Québec permettrait cependant d’avancer graduellement vers la modernité : «Nous améliorons chaque année la situation par l’ajout temporaire ou permanent de systèmes afin d’améliorer le confort de notre clientèle.» 

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PAS D'OBLIGATION DE CLIMATISER

La chaleur dans les centres de soins de longue durée (CHSLD) a fait couler beaucoup d’encre et de salive en cette saison estivale ensoleillée; le gouvernement a émis une directive pour que la clientèle puisse se rafraîchir. 

L’État exige notamment que chaque établissement dispose d’au moins une salle commune climatisée ou déshumidifiée. Mais cette obligation n’a pas été étendue aux hôpitaux. «Il n’y a pas d’exigence dans les centres hospitaliers d’avoir des zones climatisées», indique Noémie Vanheuverzwijn, relationniste de presse au ministère de la Santé. 

Tous les établissements doivent néanmoins avoir un plan mis à jour «pour faire face aux épisodes de chaleur extrême», ajoute-t-elle. «Ce sont les établissements qui sont responsables d’assurer des soins et des services sécuritaires et adaptés à leurs clientèles, puis adaptés aussi à leur environnement.»