Les trois quarts des feux de forêt au Québec sont causés par des activités humaines, contrôlables en partie. «C’est sûr que si les tendances climatiques se confirment, on pourrait voir plus souvent des interdictions de circuler en forêt ou de faire des feux», reconnaît la scientifique Sylvie Gauthier.

Hausse des incendies de forêt à prévoir sur la Côte-Nord

BAIE-COMEAU — Faire un feu de camp en forêt ou à proximité risque de devenir une activité de plus en plus rare dans les prochaines décennies, s’il faut en croire une étude du Service canadien des forêts (SCF), étude qui révèle sans surprise que les possibilités de feux de forêt augmenteront avec la hausse moyenne des températures causée par les changements climatiques.

«L’augmentation des températures ne sera probablement pas compensée par la hausse prévue des précipitations, ce qui augmentera les périodes de sécheresse», d’expliquer Sylvie Gauthier, chercheuse scientifique en écologie forestière au SCF. Ainsi, sur la Côte-Nord, des incendies forestiers comme celui qui a flambé une bonne partie de la forêt dans le secteur de Labrieville seront de plus en plus fréquents.

«Historiquement, sur la Côte-Nord, l’intervalle de temps entre deux feux varie de 400 à 1000 ans, comparativement à moins de 100 ans dans l’ouest du Québec. D’ici la fin du siècle, l’intervalle de retour entre les feux dans la région sera plutôt de l’ordre de 100 à 200 ans», fait valoir la chercheuse.

Cette dernière signale au passage que la forêt nord-côtière, surtout composée de résineux, représente «un type de combustible propice à brûler». Cependant, ce facteur de risque est compensé par des périodes sèches avec épisode de foudre plus rares qu’ailleurs. «Il y a donc une source d’allumage moins fréquente», a expliqué Mme Gauthier.

Toutefois, les trois quarts des feux de forêt au Québec sont causés par des activités humaines, contrôlables en partie. «Les feux de foudre, on ne peut évidemment pas deviner où ils vont frapper, mais pour des activités humaines, on peut émettre des interdictions quand c’est nécessaire», a soutenu la spécialiste, citant entre autres l’interdiction de circuler en forêt ou de faire des feux à ciel ouvert.

De plus, le SCF estime que la saison probable des feux de forêt va s’allonger, commençant de façon plus précoce au printemps et se terminant plus tard à l’automne. «C’est sûr que si les tendances climatiques se confirment, on pourrait voir plus souvent des interdictions de circuler en forêt ou de faire des feux», reconnaît Sylvie Gauthier.

Planter des feuillus à proximité des agglomérations et en laisser un peu plus debout en forêt dite commerciale, celle convoitée pour faire du bois d’œuvre, pourrait contribuer à diminuer le risque d’incendie, mais ce n’est pas une panacée. «Au printemps, il n’y a pas de feuilles. Le sol peut donc s’assécher plus rapidement», de conclure la chercheuse. 

Incendie contenu

Le brasier qui fait rage depuis une semaine à Labrieville, à une centaine de kilomètres au nord de Forestville, est enfin contenu depuis mardi matin, a souligné l’agente d’information de la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) sur la Côte-Nord, Isabelle Gariépy.

«La progression du feu est arrêtée, du moins temporairement, et l’objectif est maintenant de le maîtriser», souligne la porte-parole, qui parle d’une «belle fenêtre météo» pour ce faire, notamment du temps plus frais et un peu de pluie. Après une expansion très rapide au début, l’incendie n’a guère progressé depuis dimanche. La superficie brûlée jusqu’ici est estimée à un peu moins de 13 000 hectares.

L’origine de ce feu serait de cause humaine, a fait valoir Mme Gariépy. Il a démarré dans les environs d’un chalet. La cause précise reste toutefois à être identifiée.

Mardi, plus de 120 pompiers forestiers de la SOPFEU, répartis en six sections, combattaient l’élément destructeur au sol. Des avions-citernes et des hélicoptères faisaient de même du haut des airs. Parlant des airs, la fumée de cet incendie a été visible la semaine dernière en Gaspésie et jusqu’à Sept-Îles, plus de 300 kilomètres à l’est.