L’obtention par LM Wind Power d’un immense contrat d’exportation de pales éoliennes vers les États-Unis à l’été 2016 a fait croître son effectif de 300 personnes à Gaspé, mais l’emploi n’est pas le seul facteur déterminant le solde migratoire, note Danik O’Connor, de Vivre en Gaspésie.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine: toujours un solde migratoire positif

CARLETON — Pour une seconde année de suite, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine constituent la seule région québécoise dite «éloignée» à présenter un solde migratoire positif dans les migrations interrégionales. La péninsule et l’archipel ont attiré 238 personnes de plus qu’ils n’en ont perdues en 2017-2018.

Ce chiffre, compilé par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) entre le 1er juillet 2017 et le 30 juin 2018, suit l’autre solde positif de 2016-2017, à 122 personnes. C’est le quatrième solde positif de la région depuis que l’ISQ a commencé à tenir ce genre de statistiques, en 2000.

«Nos principaux gains sont dans la catégorie d’âge de 25 à 44 ans. Ce sont eux qu’on vise avec nos actions», souligne avec entrain Danik O’Connor, coordonnateur de Vivre en Gaspésie, organisme recrutant les nouveaux arrivants et s’occupant de faire revenir les Gaspésiens étudiant ou travaillant ailleurs.

M. O’Connor voit quelques facteurs expliquant la bonne performance de sa région, dont l’embellie économique vécue par la ville de Gaspé depuis quelques années.

«Je vois le facteur Gaspé jouer, sauf qu’à une échelle québécoise, toutes les régions ressources ont une pénurie de main-d’œuvre. Si c’était juste une question économique, toutes les régions auraient un solde positif. La question de l’emploi est un facteur important, quand on considère que la banque d’emplois présente 400 postes vacants présentement. Mais le facteur qui fait la différence, c’est que notre stratégie de recrutement est menée régionalement par tous les organismes, comme le Service d’accueil des nouveaux arrivants, Place aux jeunes et d’autres. Nous avons eu une réunion de l’équipe migration récemment et nous étions 15 autour de la table. Dans les autres régions, on fonctionne par MRC, pas régionalement», dit-il.

Les missions de recrutement sont ciblées, et elles incluent des employeurs. Vivre en Gaspésie fournit aussi de l’aide financière pour les gens venant passer des entrevues dans la région, ou qui y font un stage, note Danik O’Connor, qui voit un autre facteur décisif.

«Ce qu’on a à offrir comme région, ça plaît. Il y a des gens qui veulent s’éloigner du trafic, du danger aussi, et qui veulent se rapprocher des attraits. C’est ça, vivre autrement, pour reprendre notre slogan. On offre la qualité de vie et quand on dit qu’on a des emplois, ça fonctionne», ajoute-t-il.

C’est la MRC Côte-de-Gaspé qui a présenté le meilleur bilan migratoire intrarégional, avec un solde de 122, suivie par les Îles-de-la-Madeleine, avec 94. À elle seule, le fabricant de pales éoliennes LM Wind Power de Gaspé a augmenté son effectif de 300 personnes depuis août 2016.

Soldes négatifs

Les cinq autres régions «éloignées» ont présenté des soldes négatifs en 2016-2017 et en 2017-2018. En chiffres absolus et en pourcentage, c’est la Côte-Nord qui a perdu le plus au cours des deux dernières années, en vertu de soldes négatifs de 1092 il y a deux ans et 905 personnes l’an passé, pour des proportions de -1,19 et 0,99 % de sa population.

Le Bas-Saint-Laurent a écopé une perte de 132 personnes dans son dernier bilan migratoire interrégional, comparativement à un fléchissement de 168 personnes il y a deux ans. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, avec une perte de 554 personnes, l’Abitibi-Témiscamingue, avec 406 personnes en moins, et le Nord-du-Québec, qui a vu 94 plus de départs que d’arrivées, complètent le tableau de la dernière année.

L’île de Montréal constitue la seule autre région administrative à perdre en migration avec le reste du Québec. Elle a perdu 19 869 et 23 663 personnes en 2016-2017 et 2017-2018 respectivement. La perte de la dernière année était la plus forte au Québec, de loin en chiffre et assez nettement en pourcentage, avec -1,24 %. Les gens qui partent restent toutefois très majoritairement dans la zone d’influence de la métropole.

Ces données n’incluent pas le solde naissance-décès. «En Gaspésie et aux Îles, nous comptons 300 décès de plus que de naissances, annuellement. Nous devons donc améliorer encore notre performance migratoire pour stabiliser la population et même la faire croître», conclut Danik O’Connor.