La présidente de la FIPEQ-CSQ, Valérie Grenon, et la présidente l'ADIM Outaouais, Manon Chénier
La présidente de la FIPEQ-CSQ, Valérie Grenon, et la présidente l'ADIM Outaouais, Manon Chénier

Garderies en milieu familial: grève à l’horizon dans tout le Québec

À peine 12,42$ de l’heure: c’est ce que touchent les Responsables des services éducatifs (RSE) en milieu familial, dénonce la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ). Face à une «impasse» dans ses négociations avec Québec, le réseau monte au front et menace de déclencher une grève générale illimitée à compter du 21 septembre.

«Je vous assure que (le ministre de la Famille) Mathieu Lacombe aura un été chaud», a promis Manon Chénier, présidente de l’Alliance des intervenantes en milieu familial en Outaouais, jeudi matin, lors d’une conférence de presse à Gatineau.

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Les négociations entre Québec été la FIPEQ-CSQ ont commencé le 4 mars 2019. «On est le 16 juillet 2020, et il n’y a rien de réglé», a dénoncé la présidente du regroupement, Valérie Grenon. Alors que plusieurs demandes ont été satisfaites, c’est sur la rémunération des RSE en milieu familial que le bât blesse. Leurs consœurs qui travaillent dans les centres de la petite enfance (CPE) gagnent 16,75 $ de l’heure — et il serait «dur» pour la FIPEQ-CSQ d’accepter moins que cette somme, a détaillé Mme Grenon. «En juin, (l’offre de Québec) a augmenté un peu. On est à 12,83 $ de l’heure. Encore une fois, c’est rire de nous.»

L’association réclame aussi des ressources financières pour que les intervenantes puissent accomplir un portrait périodique de l’enfant ainsi que la possibilité d’accueillir plus d’un enfant ayant des besoins particuliers.

Si les négociations ne débloquent pas, la FIPEQ-CSQ lancera une grève rotative partout au Québec du 1er au 18 septembre, puis une grève générale illimitée à compter du 21 septembre. En Outaouais, une journée de grève pourrait avoir lieu le 9 septembre.

Mme Grenon reproche à Mathieu Lacombe son «grand détachement» vis-à-vis de cette négociation. «Il a donné des mandats à des porte-paroles. Il dit souvent que ça ne le regarde pas, mais c’est lui, le ministre de la Famille ! s’est indignée Mme Grenon. À un certain moment, c’est à lui de prendre des décisions.»

Les moyens de pression ont commencé jeudi dans le comté du ministre responsable de l’Outaouais. Dans le secteur de Buckingham, des activistes ont distribué des tracts dans des endroits publics. Une campagne publicitaire a été lancée à la télévision, à la radio, sur le web et sur des panneaux géants dans la région.

«Pour nous, ça passe ou ça casse, a résumé Mme Grenon. C’est notre ultime tentative.»


« En juin, (l’offre de Québec) a augmenté un peu. On est à 12,83 $ de l’heure. Encore une fois, c’est rire de nous. »
Valérie Grenon

«Les RSE sont épuisées»

Les RSE en milieu familial tirent leur salaire de subventions provinciales. Selon un économiste embauché par la FIPEQ-CSQ, si l’on retire les dépenses nécessaires au fonctionnement des garderies, il reste aux travailleuses moins que le salaire minimum québécois, actuellement de 12,50$.

Manon Chénier est catégorique: non, 12,42$ de l’heure n’est pas un salaire «décent».

Les RSE en milieu familial accueillent jusqu’à six enfants si elles s’en occupent seules, et jusqu’à neuf si elles ont une assistante. Parmi leurs tâches, elles doivent notamment gérer un programme éducatif, acheter et préparer de la nourriture, maintenir des dossiers sur les enfants, planifier des activités, et suivre des programmes de perfectionnement, partiellement à leurs frais.

Le budget de la province alloue à ces garderies 3$ par enfant, par jour, pour les nourrir. Les responsables sont tenues de leur offrir un repas et deux collations quotidiennement. «Souvent, les RSE puisent dans leur poche pour leur offrir une alimentation saine», a déploré Mme Chénier.

Selon un sondage, en Outaouais, 47% des RSE en milieu familial ont l’intention de quitter leur emploi dans les trois prochaines années si leurs conditions de travail ne s’améliorent pas. Avant la pandémie, il y avait 122 postes à combler dans la région.

En raison de départs massifs dans les dernières semaines, la FISEQ-CSQ craint que 3000 postes soient vacants en septembre dans l’ensemble du Québec.