Le conte Un village en trois dés de Fred Pellerin vient d’être publié dans sa version livre de même qu’en version audio.

Fred se met à la page

TROIS-RIVIÈRES — Comme il l’a fait pour ses spectacles précédents, Fred Pellerin a voulu laisser une trace indélébile du conte Un village en trois dés et pour ce faire, il en a réalisé une version écrite et une autre en format audio. Si le livre qui sort le 5 novembre se présente sous la traditionnelle forme du papier, la captation audio du spectacle prend une forme plus actuelle, celle du format numérique désormais disponible sur les principales plateformes d’achat en ligne.

Pourquoi un livre alors que le spectacle se promène partout dans la francophonie et qu’il sera présenté quelque 400 fois en tout et partout? «Justement, répond le conteur, à force de le présenter, j’ai développé une version bien ramassée et super bien rodée où j’ai exploité toutes sortes de possibilités. J’aime qu’on en garde un enregistrement, une version du spectacle à son meilleur parce que si je le reprenais dans quelques années, il ne sera pas au même niveau de voltige. Cette histoire-là, elle m’habite présentement; je la manipule beaucoup et je suis devenu habile à le faire. J’aime qu’il en reste une version aussi polie et luisante que celle-là.»

Pour ce qui est du livre, il ramène Fred Pellerin à ses racines de bachelier en littérature. La forme a aussi ses charmes propres. «Il y a des choses comme les intentions qui sont plus visibles à l’écrit et qui disparaissent oralement. Ça offre autre chose.»

«Je l’ai écrit en trois ou quatre mois à temps perdu. Mais il ne faut pas négliger qu’il y a une étape de passage à l’écriture qui se manifeste au niveau de la fioriture, de la précision. C’est un plaisir très spécial pour moi. Après deux ans à présenter un spectacle, tu atteins un certain plateau et en l’écrivant, de nouvelles portes s’ouvrent que tu ne voyais plus. Tu découvres toutes sortes de nouvelles niaiseries qui viennent apporter du neuf à la version orale. Ça redonne un swing au spectacle.»

Il s’agit de deux formes d’art distinctes à ses yeux aussi différentes l’une de l’autre que l’est d’elles le scénario de film auquel il s’est également adonné récemment pour L’arracheuse de temps. Derrière les démarches, une constante qui se résume en bien peu de mots: Fred aime écrire. «On pourrait n’avoir qu’une version sonore du spectacle mais il me semble qu’il me manquerait quelque chose. Il faut dire aussi que j’aime les livres comme objets, je suis un collectionneur.»

Il faut croire que l’exercice n’est pas futile puisque le conteur/écrivain a vendu quelques dizaines de milliers de ses livres jusqu’ici et comme dans le passé, les livres étaient accompagnés de la vétuste version CD, les versions audio des spectacles précédents ont beaucoup circulé. «Je rencontre un peu partout des gens qui me disent des extraits des anciens spectacles appris par cœur à force d’être écoutés dans l’auto. Entre autres, j’ai un public de truckers qui écoutent ça sur la route.»

«Ma peur, à l’origine, c’est que les gens ne viennent plus voir les spectacles à cause de ça mais ce n’est pas du tout le cas. Ce sont des affaires bien différentes. Certains prennent plaisir à lire le livre avant de voir le spectacle pour voir les différences entre les deux. C’est là qu’ils prennent conscience de toute la part d’improvisation et de délire qu’il y a sur scène.»

Le passage de Fred Pellerin à la modernité, lire la technologie numérique qui a supplanté celle du CD prétendument désuet, a permis une remise à jour grâce à laquelle toutes les versions sonores de spectacles sont désormais disponibles en numérique. Tant qu’à arriver dans le XXIe siècle, aussi bien le faire dans les formes.

Les fans des livres remarqueront un nouveau style d’écriture alors que tout le texte se présente sous forme de vers. Sans la rime mais avec des phrases sectionnées, dans un rythme qui n’appartient qu’à l’auteur. «C’est comme ça que j’écris tout le temps, plaide Fred. Dans le passé, je transformais mon texte initial pour en faire un texte continu mais je me suis aperçu que la forme que j’ai adoptée ici rend le récit plus vivant, plus rythmé. C’est probablement plus près de l’oral.»

Certains noteront que le bouquin présente l’épisode du gros Charles qui a disparu de l’expérience sur scène. «À un certain moment, à travers mes délires, le spectacle pouvait durer jusqu’à 2 h 20: il fallait couper. Dans le livre, n’ayant plus cette contrainte-là, j’ai pu garder ma version originale de l’histoire.»

Depuis ses débuts, pourtant tonitruants, dans le monde de la chanson que Fred affirme qu’il ne se considère pas comme un chanteur mais comme quelqu’un qui chante.

Par contre, il assume volontiers le titre officiel de conteur et à la question à savoir s’il se considère comme un écrivain, il se montre tout aussi catégorique: «Mmmooouuaaaaiiinn» est sa réponse.

Pas évident de porter titre aussi lourd de sens quand on a étudié en littérature.