C’est toujours le statu quo dans le conflit à l’Aluminerie de Bécancour.

François Legault a rencontré le grand patron d’Alcoa: peu d’attentes du côté syndical

Bécancour — Alors qu’une grande marche de solidarité envers les lockoutés d’ABI se prépare pour samedi, le premier ministre François Legault a profité de sa mission économique à Washington, mercredi, pour rencontrer le président et chef de la direction d’Alcoa, Roy Harvey.

«On va voir avec le PDG d’Alcoa ce qu’on est capable de faire pour accélérer le règlement du dossier», a-t-il fait savoir au préalable.

Selon la porte-parole de la multinationale, Anne-Catherine Couture, «cette rencontre s’inscrit dans le dialogue régulier d’Alcoa avec les leaders gouvernementaux des communautés au sein desquelles nous sommes présents». «Le président d’Alcoa et le premier ministre étaient tous deux à Washington, ils ont donc saisi l’opportunité pour s’entretenir au sujet des opérations d’Alcoa au Québec», a-t-elle précisé.

Pour le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, une telle rencontre «aurait dû être faite depuis longtemps», d’autant plus «qu’il nous l’avait promis en campagne électorale».

«On est content qu’il le rencontre, mais on espère qu’il va mettre de la pression sur l’employeur parce que la pression présentement, c’est juste le syndicat qui en a. Personne ne met de la pression sur l’employeur. On espère qu’il le fasse bouger sur ses positions parce que l’employeur ne bouge pas, ayant même reculé. Et M. Legault veut créer des emplois de qualité. Or, ce n’est pas ça qu’ils font dans les négos, c’est de créer des emplois de moins bonne qualité en voulant envoyer nos jobs en sous-traitance», a-t-il commenté.

Celui-ci aimerait bien que le premier ministre du Québec réussisse à convaincre le grand patron d’Alcoa de reprendre les négociations. «J’espère que dans son plan économique de vendre l’électricité, il va penser aussi à créer des emplois au Québec. Je sais que ça fait faire de l’argent au Québec, mais ça ne fait pas travailler les Québécois», fait remarquer M. Masse.

Du même souffle, il admet que les attentes de ses membres sont «assez basses» concernant le premier ministre. «S’il peut faire quelque chose, c’est sûr qu’on va apprécier. On ne fonde pas trop d’espoir dans les discussions qu’il peut avoir avec Roy Harvey. La confiance qu’on peut avoir dans notre gouvernement est à son plus bas niveau», a-t-il admis.

Pour le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, c’est normal que le premier ministre du Québec rencontre les dirigeants d’entreprise, «notamment Alcoa qui investit des sommes considérables au Québec et surtout après que le gouvernement américain ait levé les tarifs douaniers rattachés au secteur de l’aluminium».

«C’était important que cette rencontre planifiée ait lieu pour discuter du secteur de l’aluminium, des entreprises d’Alcoa au Québec et du comportement de l’aluminium sur le marché non seulement chez nous, mais à l’échelle internationale», croit-il tout en avouant que des investissements n’ont pas été évoqués en cas de règlement du conflit à l’ABI lors d’entretiens antérieurs avec la haute direction.

À son avis, la levée des tarifs douaniers est «certainement un élément positif». «J’espère que ça va encourager les parties à trouver une solution», a fait savoir celui qui, depuis sa nomination, aura posé, dit-il, plusieurs gestes pour aider les parties à régler. «J’ai même déposé une hypothèse de règlement et je crois encore qu’elle peut servir de base à une négociation d’un règlement final», renchérit-il.

Par ailleurs, sans avoir l’intention d’y assister, le député de Trois-Rivières exprime son respect pour le droit des salariés de s’exprimer lors de la grande marche familiale prévue le 25 mai. «On veut démontrer à tout le Québec, à notre gouvernement et à notre employeur qu’on a beaucoup de solidarité, que nos membres sont toujours solides et désireux d’avoir une entente négociée, et qu’on a un appui important de l’ensemble des syndiqués au Québec. On va avoir des invités d’un peu partout du Canada, des États-Unis, et même du Royaume-Uni pour démontrer l’importance du conflit à l’ABI», explique Clément Masse.

Entre autres, la FTQ invite ses militantes et militants à y participer. «En ces temps difficiles pour les travailleurs et travailleuses d’ABI, il est important pour la grande famille de la FTQ de manifester sa solidarité à l’endroit des hommes et des femmes touchés par cet injuste lock-out décrété sans raison par de puissantes multinationales. On ne peut plus tolérer que de grandes entreprises prennent en otage des familles entières et l’économie de toute une région sans réagir», déclare le secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux.

«Est-il besoin de rappeler que, dans ce conflit, c’est l’employeur qui est en demande constante et que, contrairement à ce qu’affirment certains, les salaires ne sont nullement en cause dans ce litige. Le Syndicat des Métallos, qui représente les travailleurs et travailleuses, est prêt à négocier en tout temps. Malheureusement, la partie patronale s’entête à faire preuve de mauvaise foi lors des rencontres de négociation en restant campée sur ses nombreuses demandes de concession», a-t-il ajouté.

Des discours seront prononcés avant la marche devant l’Amphithéâtre Cogeco, vers 11 h. Une deuxième vague de prises de parole se déroulera ensuite au retour du trajet au même endroit, vers 12 h 15. «C’est aussi une façon de remonter le moral de nos membres, de dire qu’ils ne sont pas tout seuls et d’enlever de la pression qui est souvent sur les travailleurs, le syndicat et le président alors que la directrice d’usine, Nicole Coutu, n’a jamais de pression. Pourtant, c’est elle qui est responsable du lock-out, qui a mis les gens dehors et qui maintient le conflit depuis 16 mois», tient-il à mentionner.

Et quel est l’état de situation? «On a fait nos démarches à Pittsburgh, il y a les tarifs qui ont été enlevés, ça ne peut pas nuire, ça peut convaincre l’employeur d’être raisonnable et de revenir à la table, mais pour l’instant, rien n’a bougé», conclut le président syndical.