Depuis près d’un mois, Hélène Durocher travaille trois quarts par semaine, de jour, dans un centre de soins longue durée à Longueuil.
Depuis près d’un mois, Hélène Durocher travaille trois quarts par semaine, de jour, dans un centre de soins longue durée à Longueuil.

Formation accélérée en CHSLD: « Il faut savoir dans quoi on s’embarque »

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Hélène Durocher était conseillère en communication avant d’entreprendre, à la mi-juin, la formation accélérée pour devenir préposée aux bénéficiaires. Après 120 heures de théorie à manipuler mannequins et bouquins, Mme Durocher a enfin pu mettre les pieds sur le vrai plancher, celui des CHSLD.

Depuis près d’un mois, Hélène Durocher travaille trois quarts par semaine, de soir, dans un centre de soins longue durée à Longueuil.

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Très satisfaite du climat de travail, de l’accueil qu’elle a reçu et de la camaraderie ambiante, Mme Durocher est heureuse et fière de pouvoir enfin pratiquer le métier tout en étant supervisée : «C’est peut-être égoïste, mais je me dis que je donne ce que j’aimerais recevoir un jour. […] Je travaille sur un étage avec des gens qui sont très malades, qui sont hypothéqués par la vie. Je me dis que ça pourrait être ma mère».

Ce désir de redonner à la société, d’entrer en contact avec des aînés et de leur apporter les soins de base a poussé Mme Durocher à «sortir de sa zone de confort», malgré les nombreuses inquiétudes qu’elle pouvait avoir. «J’avais beaucoup d’appréhensions avant de débuter le stage. J’avais peur, par exemple, de ne pas savoir comment réagir devant le corps nu et vieilli d’une personne que je devrais laver. Or, j’ai été surprise, mais ça s’est fait naturellement», raconte-t-elle, tout en précisant qu’elle anticipe maintenant le décès d’un résident.

La femme de 53 ans souligne cependant que le rythme effréné de fin de journée l’empêche d’avoir autant «de moments humains privilégiés» qu’elle le souhaiterait. Entre les changements de culotte, les bains et les repas, Mme Durocher «recherche le temps» pour mettre du vernis sur les doigts d’une dame âgée, par exemple.

Outre la routine rapide, l’ancienne conseillère en communication tient à préciser que ce qu’elle vit au quotidien est loin de l’image sombre qu’on a des résidences pour personnes âgées : «Les gens qui sont là veillent au grain. Les bénéficiaires sont lavés, changés. Je n’ai pas vu, dans mon établissement, de négligence. On a l’équipement de protection et les mesures sanitaires sont respectées».

Même si, selon elle, les cours étaient quelque peu répétitifs, Mme Durocher a tout de même «appris des choses qui servent dans la vraie vie. Apprendre comment parler aux aînés, comment les aider à s’alimenter ou comment manipuler le corps sans se blesser, ça peut sembler banal parce que ce sont des choses du quotidien, mais il y a une façon de bien les faire», ajoute-t-elle.


« C’est peut-être égoïste, mais je me dis que je donne ce que j’aimerais recevoir un jour. […] Je travaille sur un étage avec des gens qui sont très malades, qui sont hypothéqués par la vie. Je me dis que ça pourrait être ma mère »
Hélène Durocher

C’est, au final, un changement de carrière réussi pour Mme Durocher : «Il faut savoir dans quoi on s’embarque avant parce que c’est très exigeant. Mais, en même temps, c’est extrêmement stimulant», lance-t-elle.

Au centre de formation professionnelle Fierbourg, à Québec, on rapporte que sur les 484 élèves inscrits à la formation de 375 heures, 45 étudiants ont abandonné le programme avant la fin.

Dans la région, les centaines de stagiaires ont été accueillis dans 22 établissements dirigés par le CIUSSS de la Capitale-Nationale ainsi que dans six établissements privés conventionnés.

En ce qui concerne la suite des choses, le CFP Fierbourg n’était pas en mesure de confirmer, pour le moment, si une nouvelle cohorte serait mise sur pied à l’automne ou à l’hiver. La première cohorte de Québec devrait terminer la formation d’ici le 15 septembre.

Des étudiants bienvenus sur le terrain

Même si la région de Charlevoix n’a connu qu’un peu plus d’une dizaine de cas de COVID-19, Amélie Villeneuve, préposée aux bénéficiaires et superviseure de stage, assure que l’arrivée des étudiants étaient nécessaire dans le milieu. «On travaille souvent en effectif réduit. On manque de monde particulièrement la fin de semaine. C’est sûr qu’on avait besoin de bras même s’il n’y a pas eu d’éclosion en CHSLD ici», raconte la jeune femme.

Les étudiants, qui ne «peuvent pas lever, changer ou alimenter un patient seuls», doivent être constamment encadrés par leur superviseure, ce qui ajoute légèrement à la charge de travail de la préposée, admet Mme Villeneuve tout en précisant que le stage et l’enseignement se déroulent bien.

«C’est sûr qu’il y a eu une période de réajustements parce qu’apprendre sur un mannequin en plastique, ce n’est pas la même chose que d’être sur le plancher. Mais, en général, ça va bien. Les étudiants que j’ai sont débrouillards. Ils savent bien s’enligner. Et j’aime beaucoup leur apprendre des choses qu’ils peuvent mettre tout de suite en pratique», affirme la préposée aux bénéficiaires, qui cumule dix ans d’expérience dans le métier.