Le ministre de l’Environnement, Benoît Charette.
Le ministre de l’Environnement, Benoît Charette.

Flushgate: les mesures mises en place sont satisfaisantes dans les circonstances, dit le ministre

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Alors que la Fondation Rivières a fait parvenir une mise en demeure au ministre de l’Environnement Benoît Charette mardi, dans la foulée du déversement des eaux usées qui dure depuis plus de seize jours à Trois-Rivières, le ministre réitère que les décisions prises par la Ville de Trois-Rivières pour gérer cette crise ont été les bonnes dans les circonstances.

À travers la mise en demeure transmise mardi en fin d’avant-midi, la Fondation Rivières exhorte le ministre d’intervenir auprès de la Ville de Trois-Rivières dans les 24 heures afin d’exiger l’installation de barrières flottantes permettant la retenue de déchets solides qui s’écouleraient présentement dans la rivière Saint-Maurice et le fleuve Saint-Laurent. Déjà, plus d’un milliard de litres d’eaux usées se sont échappées dans ces deux cours d’eau, résultat de deux bris survenus sur le réseau de refoulement des eaux usées

La Fondation Rivières a pris en exemple cette intervention menée en 2015 à Montréal, lorsque la Ville a dû déverser huit milliards d’eaux usées en quelques jours. Or, réplique le ministre, le contexte était totalement différent et l’utilisation de barrières flottantes dans le cas de Trois-Rivières serait non seulement impossible en raison du trop fort débit d’eau, mais pourrait même représenter un danger pour les résidences avoisinantes.

«Il n’y a aucune comparaison possible entre ce qui est survenu à Montréal en 2015 et ce qui se passe présentement à Trois-Rivières. À Montréal, les travaux avaient été anticipés et autorisés à l’avance. Dans le cas qui nous occupe, on parle de deux bris consécutifs imprévus, et la Ville n’aurait jamais pu anticiper que le tout se déroule sur une aussi longue période», est d’avis Benoît Charette.

Selon lui, les experts du ministère et d’Urgence Environnement, qui sont sur place depuis le jour 1, ont par ailleurs mentionné que l’installation d’une barrière ou même d’un grillage à la hauteur du déversement pourrait causer un refoulement d’égouts dans plusieurs résidences, un risque que les autorités ne souhaitent pas courir.

Le déversement dans la rivière Saint-Maurice se poursuit à proximité du poste de pompage principal du secteur Cap-de-la-Madeleine.

Le ministre n’a pas souhaité commenter la réception de la mise en demeure, étant donné l’aspect légal entourant la démarche. Il assure toutefois que les experts du ministère sont d’avis que la capacité de dissolution de la rivière et du fleuve à cette hauteur est plus importante que celle constatée à Montréal en 2015, et juge satisfaisantes les mesures mises en place par Trois-Rivières pour identifier et récupérer les débris flottants.

Pour la Fondation Rivières, cependant, ces mesures sont clairement insuffisantes. «On ne peut pas prétendre actuellement que les débris sont broyés lors de leur passage au poste de pompage, puisque les pompes sont tout simplement arrêtées. Les eaux des égouts de Trois-Rivières ne sont pas plus propres qu’ailleurs. Et que le ministère ait avalisé ça, je trouve ça inquiétant. S’ils sont incapables de poser une barrière, à mon avis, ils devraient poster en permanence une personne au site de rejet avec une puise pour ramasser les débris flottants dès leur rejet dans la rivière», dénonce Alain Saladzius, président de la Fondation Rivières, qui déplore en outre que Trois-Rivières se soit engagée à ramasser les débris laissés sur les berges, mais sans préciser sur quelle période de temps.

M. Saladzius n’écarte pas non plus la possibilité que la Fondation se rende elle-même installer une barrière à ses frais si le ministère ne bouge pas. Une action que déconseille le ministre. «On ne peut pas s’improviser dans des travaux de cette nature-là. S’il n’y avait pas eu de second bris, le problème aurait déjà été réglé. Présentement, selon les échéanciers dont on parle, ce n’est qu’une question de quelques jours avant que tout soit rétabli», rappelle-t-il.

Problème provincial

Le ministre Charette refuse de blâmer l’administration municipale trifluvienne par rapport à cet événement, lui qui rappelle que le vieillissement des réseaux souterrains est un enjeu qui concerne l’ensemble des municipalités québécoises.

«Ça amène forcément à une réflexion plus large. Il y a un déficit d’entretien important et les municipalités devront réaliser plus tôt que tard qu’elles ont intérêt à travailler à leur modernisation», souligne le ministre, ajoutant que cette responsabilité incombe aux municipalités et que le ministère vient en appui avec différents programmes de financement, dont la taxe sur l’essence et le Fonds pour l’infrastructure municipale d’eau (FIMEAU).

Du même souffle, il rappelle qu’il est aussi important que les citoyens se responsabilisent sur ce qu’ils jettent dans les toilettes. «Ce qui est organique va se dissoudre. S’il y a des débris solides que l’on voit flotter à la surface, ce sont généralement des choses qui n’auraient pas dû se retrouver dans la toilette. Il y a une éducation du public à faire. Tout ce qui est produit d’hygiène personnelle, les tampons, les condoms et les serviettes sanitaires, ça va dans la poubelle», mentionne Benoît Charette.

Des travaux de plus de 315 000 $

Le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, a divulgué mardi soir la teneur des contrats accordés sans appel d’offre à l’entreprise Forterra concernant les travaux d’urgence réalisés pour corriger les fuites de conduites sanitaires. 

Le premier contrat de 115 000 $ avait été accordé à cette entreprise, la seule pouvant réaliser ce mandat, pour préparer des pièces d’équipement afin de colmater la première fuite, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. Le second contrat, de 200 000 $, a été aussi accordé à Forterra pour permettre de corriger la deuxième fuite, celle du secteur de Sainte-Marthe-du-Cap. 

«Même si nous n’avons pas fait d’appels d’offres en raison de la situation d’urgence, nous avons fait beaucoup de recherches au Canada pour trouver l’entrepreneur», note le maire de Trois-Rivières. 

Un contrat octroyé de 200 000 $, qui consistait à inspecter une conduite sanitaire avec un appareil à ultrasons, ne sera finalement pas réalisé par l’entreprise. 

Si tout se passe comme prévu, le réseau d’égouts doit être remis en fonction mardi.

Avec la collaboration de Gabriel Delisle