Le copropriétaire de la Taverne Américaine O’Chevreuil, Maxime Saumier Demers, le sommelier, Dominick Godon, et le copropriétaire et chef cuisinier Charles-Emmanuel Pariseau ont élaboré une carte de boissons sans alcool. Une version réduite de celle-ci sera proposée pour les semaines à venir.

Février sans alcool: des commerçants s'adaptent

Le mois de février, qui sert pour plusieurs à ne pas boire d’alcool, n’aura pas trop fait mal aux restaurateurs de la région. Les microbrasseries, bars et restaurants n’ont généralement pas vu de baisse d’achalandage en lien avec le mois sans alcool, mais certains se sont tout de même adaptés.

C’est le cas de la Taverne Américaine O’Chevreuil, qui a proposé à ses clients des boissons dépourvues d’alcool. Une carte proposant huit bières, huit cocktails et trois vins a été élaborée. « On veut offrir des options différentes d’un jus, dit le copropriétaire du restaurant, Maxime Saumier-Demers. Les bières du Bockale, une microbrasserie de Drummondville, qui a fait une gamme sans alcool, dont une IPA, ont été assez populaires. Dans les cocktails, ce qui se vend beaucoup est le gin-tonic sans gin. On a fait une infusion avec les herbes et épices qu’on retrouve généralement dans un gin. Ça goûte vraiment pareil », décrit-il.

À lire aussi: Le défi de ne plus boire

Pour la suite, une carte réduite de boissons sans-alcool de la Taverne Américaine O’Chevreuil sera disponible. « On va vraiment cibler les produits qui sont bien vendus. Avant d’avoir la carte, on avait toujours trois bières sans alcool sur le plancher, là on va tomber à quatre. On va peut-être en tourner une invitée une fois de temps en temps. On va aussi garder quatre cocktails », indique M. Saumier-Demers.

« Les vins, c’est plus délicat. On n’en a pas vendu beaucoup, avoue-t-il. Les vins sans alcool sont très sucrés, on dirait que c’est du jus, surtout dans le rouge. On a un blanc quand même intéressant », ajoutant que les cocktails sont vendus 8 $ et les bières varient entre 5 et 7 $. Les bouteilles de vin sont à 20 $. »

Au Siboire

En plus d’avoir deux bières sans alcool qui sont brassées ailleurs, la microbrasserie Le Siboire sert également un moult de pomme.

« Je ne pourrais pas dire que j’ai vu une énorme différence avec les années passées et les mois passés, analyse le gérant du Siboire Dépôt, Christophe Dareau. Ça n’a jamais été un gros mois. Nos ventes de bières sans alcool ont augmenté légèrement, de cinq à dix pour cent. »

Est-ce qu’une bière sans alcool pourrait être brassée par le Siboire? « Par le passé, la demande n’était pas là, affirme le copropriétaire de l’entreprise, Jonathan Gaudreault. Cette année, je n’ai pas entendu parler du mois sans alcool par ma clientèle, mais dans les médias et les médias sociaux. Pour l’an prochain, si nos clients nous disent que ça les intéresserait, il n’est pas impossible qu’on ait une bière sans alcool dans nos établissements pour le mois de février. »

King Hall

Au King Hall, le propriétaire, Maxime Pothier, n’attend pas le mois de février pour proposer des boissons non alcoolisées à ses clients. « On a une belle variété de cinq bières et cinq cocktails sans alcool en plus d’un kombucha en fût. On travaille très fort pour développer le sans-alcool, même en dehors du mois de février. Les chauffeurs désignés en général sont pris pour boire de la liqueur. On essaie de leur trouver quelque chose d’intéressant », décrit-il.

Est-ce qu’il voit une baisse d’achalandage à cause du mois sans alcool? « Pas du tout. Je ne vois aucune différence. La plupart du monde qui essaie de faire le mois sans l’alcool échoue. D’autres le font durant d’autres mois de l’année », résume M. Pothier.

Dre Mélissa Généreux : « C’est sûr que d’avoir un épisode d’abus après l’abstinence, ça peut amener plus de problèmes qu’un épisode d’abus qui suit une consommation régulière. »

Une bonne cuite pour fêter ça ? Mauvaise idée !

Une grande consommation d’alcool suivant un mois de désintoxication pourrait faire plus mal qu’à l’habitude, selon la directrice de la santé publique de l’Estrie, Dre Mélissa Généreux. Selon elle, une brosse après un mois sans alcool pourrait occasionner plus de maux.

« Nous, notre semaine de relâche arrive pile après le mois sans alcool, affirme-t-elle. C’est en lien avec la mise en garde que l’on veut faire. Nos enzymes qui servent à métaboliser l’alcool vont diminuer durant les quatre semaines d’abstinence. C’est sûr que d’avoir un épisode d’abus après l’abstinence, ça peut amener plus de problèmes qu’un épisode d’abus qui suit une consommation régulière. Ce n’est pas une bonne idée d’aller prendre une brosse quand ça fait quatre semaines qu’on n’a pas bu. Ça peut être moins bien toléré par l’organisme », mentionne Dre Généreux, spécifiant que les maux de cœurs, de ventre et de tête peuvent arriver plus vite qu’à l’habitude. 

« L’autre chose, c’est qu’au bout du compte, si l’on se lave la conscience avec un mois sans alcool et que l’on consomme trop 11 mois par année, ce n’est vraiment pas une bonne idée. Si le but est de se déculpabiliser et de réaugmenter à un niveau au-dessus de ce qui est recommandé, on n’est pas plus d’avance », ajoute-t-elle.

Est-ce que le mois sans alcool est bon ou mauvais? « Ce n’est pas noir ou blanc. Le concept est bon. C’est une mode qui existe ailleurs. Oui, il y a des bénéfices. Il n’y a pas eu énormément de recherches, mais un chercheur a évalué une trentaine de bons buveurs. Après quatre semaines, il y a beaucoup d’avantages qui ont été notés, comme la réduction de la graisse dans le foie, la résistance à l’insuline qui peut causer le diabète, l’amélioration de la pression sanguine, le cholestérol et la perte de poids », explique celle qui est également professeure agréée à l’Université de Sherbrooke.

« Ils ont comparé, dans d’autres études, deux groupes sur six mois, continue Dre Généreux. L’un qui arrêtait de boire durant un mois et l’autre qui tentait de réduire sa consommation, sans passer par le défi. Selon cette étude, le fait de passer par ce défi va faire en sorte que, six mois après le défi, on va avoir une consommation en moyenne plus faible que ceux qui n’y ont pas participé », affirme-t-elle, ajoutant que le Mois sans alcool est une belle opportunité de se questionner et de faire le point sur sa consommation. 

De plus, ne pas boire d’alcool durant un mois n’a qu’un léger lien avec le poids. « Pour perdre une livre de graisse, il faut avoir une dépense additionnelle de 3500 calories. Chaque consommation d’alcool est d’entre 100 et 150 calories. Si tu diminues d’un verre par jour durant 28 jours, tu vas à peu près baisser ton apport calorique d’une livre. Ça, c’est si le verre d’alcool n’est pas remplacé par un dessert! », résume-t-elle. 

Pas de problème, mais pas d’alcool

 Comme plusieurs, Jade Royer considère qu’elle n’a pas de problème de consommation. La jeune femme de 21 ans a tout de même décidé d’arrêter de consommer du tabac, du cannabis et de l’alcool le temps du mois de février. Elle peut maintenant dire : mission accomplie. 

Mme Royer avoue que la première semaine a été plus difficile. « Je ne buvais pas tous les jours, je le faisais plus la fin de semaine. Quand des amis en prenaient, j’en avais envie. Je me suis dit que j’étais capable, que j’étais forte et j’ai réussi. Je suis vraiment fière », mentionne-t-elle, souriante. Une amie a également réussi le même défi.

« Étrangement, le cigare a été le plus difficile à arrêter, ajoute-t-elle. Je pouvais en prendre trois ou quatre fois par semaine, mais jamais seule, toujours pour le loisir », affirme Jade Royer, qui parfois, était capable de boire un ou deux verres et d’autres fois buvait 26 onces d’alcool fort dans une seule soirée. 

De plus, la jeune femme se sent mieux, autant mentalement que physiquement. « Je prenais du cannabis et de la cigarette environ quatre fois par semaine, toujours dans un contexte de loisir. Le cannabis n’aide pas à la mémoire. Au début, j’étais plus triste, moins joviale. Maintenant, je suis plus motivée. J’ai fait un défi d’entraînement aussi et en 28 jours j’ai perdu huit livres. C’est une autre fierté », assure-t-elle.

« Vendredi on a un party donc on va fêter ça! Mais à partir du mois de mars, je veux consommer moins fréquemment », résume-t-elle.