La fermeture de l’usine Sural a maintenant des répercussions sur l’avenir de l’ABI.

Fermeture de Sural: ABI remet en question ses opérations

Bécancour — Alors que la poursuite des négociations était porteuse d’espoir pour les lockoutés de l’Aluminerie de Bécancour, voilà que la fermeture de Sural vient jeter un pavé dans la mare. En effet, dans une communication interne datée du 13 février, la direction d’ABI évoque des questionnements quant aux opérations futures d’ABI et de sa fonderie.

«Nous aurons à adapter certaines opérations à cette nouvelle réalité dans les jours à venir et ferons le point prochainement sur les ajustements nécessaires à court terme», peut-on lire dans cette correspondance dont Le Nouvelliste a obtenu copie.

À lire aussi: Sural au bord de la faillite: «Je trouve ça bien triste»

En préambule, la direction explique avoir appris que «l’entreprise Sural a mis fin à ses activités à Bécancour et Victoriaville, et ce de façon définitive».

«La fermeture permanente de Sural est un événement malheureux pour les employés et leurs familles qui traversent cette épreuve, ainsi que pour toute notre communauté. Bien que la situation soit indépendante du conflit de travail à l’ABI, Alcoa a toujours offert des options pour assurer un approvisionnement continu de métal à un prix compétitif à Sural, qui a été un client pendant plusieurs années», tient à préciser la direction d’ABI.

Le professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez, rappelle que le métal liquide non vendu à Sural obligeait ABI à redéployer des effectifs cadres, déjà fort restreints, vers sa fonderie et ses scies.

Or, dit-il, le nombre de cadres en place juxtaposé à la fatigue de bon nombre d’entre eux accule la compagnie ABI au pied du mur. «Ou elle cède l’essentiel de ses demandes pour revenir à son offre de novembre 2017 ou elle ferme son usine, soit les 120 cuves qui restent en opération, pour la rouvrir dans le futur à sa discrétion», croit le spécialiste, tout en soulignant qu’ABI a déjà fermé 600 cuves depuis le début du conflit.

«En clair, tout le fonctionnement d’ABI depuis son lock-out de janvier 2018 consistait à fabriquer de l’aluminium liquide qu’elle pouvait entièrement acheminer vers trois centres de distribution, deux à Sural (Bécancour et Victoriaville) et l’autre à Shawinigan. Or, la perte de Sural comme client place ABI en situation de production quasi intenable», soutient M. Bernatchez.

Celui-ci se questionne maintenant à savoir si ABI demandera au Tribunal administratif du travail de faire voter les lockoutés sur une offre comme l’autorise l’article 58 du Code du travail. «C’est possible», laisse-t-il échapper.

À son avis, sous l’angle d’ABI, ce qu’il faut changer dans l’usine porte sur une réduction des coûts causés par de l’improductivité, «comme des formations à répétition et le cloisonnement des tâches». Et sous l’angle syndical, il s’agit de conserver les acquis, affirme-t-il.

«Comme ABI est acculé au pied du mur, un compromis est obligatoire, soit de la part d’ABI ou soit de la part du syndicat. Est-ce que des gens expérimentés qui ont vécu des désaccords de grande intensité dans leur long passé conflictuel peuvent se pardonner au point de pouvoir retravailler ensemble? La question se pose. Si tel est le cas, il faudrait que les jeunes les remplacent au niveau du dialogue social. Certes, la longueur d’un conflit renforce souvent les besoins initiaux. C’est ce qui met justement cette usine en danger», conclut M. Bernatchez.