Facebook devra payer une pénalité de 9 M$ pour indications trompeuses

TORONTO — Facebook devra verser 9,5 millions $ dans le cadre d'une entente avec le Bureau de la concurrence qui a conclu que l'entreprise avait donné des indications fausses ou trompeuses au sujet du contrôle que les Canadiens avaient sur la confidentialité de leurs renseignements personnels.

La pénalité de 9 M$, à laquelle s'ajoute une somme supplémentaire de 500 000 $ pour les coûts de l'enquête de l'organisme fédéral, représente un petit montant pour le géant mondial, qui a réalisé un bénéfice de 4,9 milliards $ US, soit environ 6,8 milliards $ CAN au taux de change actuel, au cours des trois premiers mois de l'année.

Le professeur de droit de l'Université d'Ottawa, Michael Geist, a souligné dans un courriel que le Canada suivait ainsi une tendance mondiale croissante qui consiste à utiliser les lois sur la concurrence pour résoudre les problèmes de confidentialité et de gouvernance des données soulevés par les entreprises mondiales.

La faiblesse des lois canadiennes sur la protection de la vie privée suscite toujours des inquiétudes, a poursuivi M. Geist, et limite la possibilité d'imposer des pénalités importantes.

«Le Canada doit accorder la priorité à la mise à jour de ses lois sur la confidentialité et la gouvernance des données afin de mieux répondre aux nouveaux défis posés par le marché numérique», a fait valoir M. Geist.

Cependant, l'expert a estimé qu'il était difficile de commenter en détail sans étudier le règlement.

Dans son communiqué de presse, le Bureau de la concurrence a indiqué mardi que Facebook avait donné la fausse impression que les paramètres de confidentialité permettraient à ses utilisateurs de contrôler qui pourrait voir et accéder à leurs informations personnelles.

Après une enquête, le bureau a indiqué avoir conclu que Facebook n'avait pas limité le partage de renseignements personnels des utilisateurs auprès de certains développeurs tiers d'une manière cohérente avec ses déclarations de confidentialité.

«Ces renseignements personnels comprenaient notamment du contenu que les utilisateurs avaient publié sur Facebook, des messages que les utilisateurs s'étaient échangés sur Messenger, et d'autres renseignements à propos d'utilisateurs identifiables», a indiqué le bureau.

«Facebook a également permis à certains développeurs tiers d'accéder aux renseignements personnels d'amis d'utilisateurs une fois que ces derniers avaient installé certaines applications de tierces parties.»

Le Bureau de la concurrence a souligné que même si Facebook avait indiqué qu'il n'autoriserait plus un tel accès aux informations personnelles des amis des utilisateurs après le 30 avril 2015, cette pratique s'est poursuivie jusqu'en 2018 avec certains développeurs tiers.

Outre la sanction financière du règlement, Facebook a également convenu de ne pas faire de déclarations trompeuses sur la mesure dans laquelle les utilisateurs peuvent contrôler l'accès à leurs données personnelles sur Facebook et l'application Messenger.

«En dépit de notre désaccord avec les conclusions du commissaire, nous réglons cette affaire en signant une entente de consentement et en ne contestant pas les conclusions aux fins de la présente entente», a affirmé Facebook dans un communiqué.

«Nous comptons poursuivre notre relation fructueuse avec le commissaire et le Bureau de la concurrence. Nous tablons sur les améliorations que nous avons apportées à la protection des renseignements personnels des utilisateurs et à la façon que nous informons les Canadiens au sujet des contrôles de la confidentialité mis à leur disposition.»

Autre litige devant la Cour fédérale du Canada

L'entente avec le Bureau de la concurrence est distincte d'une poursuite en cours déposée en avril par Facebook devant la Cour fédérale du Canada.

Facebook veut qu'un juge rejette la conclusion du commissaire fédéral à la protection de la vie privée selon laquelle les pratiques laxistes du géant des médias sociaux autorisent l'utilisation de données personnelles à des fins politiques.

Le Bureau de la concurrence et les enquêtes du commissaire à la protection de la vie privée ont couvert une période qui comprenait l'élection présidentielle de 2016 aux États-Unis.

Pendant cette période, Cambridge Analytica a distribué une application via Facebook qui recueillait des informations sur les personnes qui avaient installé l'application, ainsi que des données sur leurs amis Facebook.

«Les Canadiens sont en droit de s'attendre à ce que les entreprises leur disent la vérité dans l'économie numérique, et les indications sur la protection des renseignements personnels ne font pas exception», a affirmé mardi le commissaire de la concurrence, Matthew Boswell.

«Qu'il s'agisse de multinationales comme Facebook ou de plus petites entreprises, le Bureau de la concurrence n'hésitera pas à sévir contre les entreprises qui donnent aux Canadiens des indications fausses ou trompeuses sur la façon dont elles utilisent leurs données personnelles.»

L'organisme fédéral a rappelé que Facebook tirait ses revenus principalement de la vente de services de publicité, notamment des publicités ciblées, qui s'appuient en partie sur les renseignements fournis par ses utilisateurs.

Facebook a précédemment indiqué qu'il comptait environ 24 millions d'utilisateurs actifs par mois au Canada. Au dernier trimestre de 2018, le revenu mensuel moyen de Facebook était de 34,86 $ US par utilisateur au Canada et aux États-Unis.

Le Bureau de la concurrence a en outre encouragé «fortement» les personnes qui estimaient avoir été induites en erreur par des indications sur la protection des renseignements personnels à déposer une plainte.

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FACEBOOK SORT LE GRAND JEU POUR LES COMMERÇANTS SOCIALEMENT DISTANCÉS

Facebook accélère le développement du e-commerce sur ses plateformes à la faveur du «Grand confinement», qui accroît le besoin pour les petites entreprises de solliciter les consommateurs là où ils se trouvent: en ligne.

Le géant des réseaux sociaux a lancé mardi un nouvel outil, baptisé Facebook Shops, qui permet aux marques de créer un «magasin», une sorte de vitrine personnalisée sur la plateforme, pour mettre en valeur leurs produits et leur histoire, et faciliter les ventes.

«Ce sera gratuit de créer un "magasin"», a détaillé Mark Zuckerberg, le patron du groupe, lors d'une présentation sur le réseau mardi.

«Notre modèle économique, c'est la publicité. Si les "magasins" ont de la valeur pour les entreprises, il y aura plus de monde en ligne et nous gagnerons de l'argent comme ça».

Les PME utilisatrices de Facebook Shops auront l'option de payer pour des publicités qui redirigent les consommateurs vers leur vitrine, qui sera la même pour Facebook et Instagram, et, plus tard, pour Messenger et WhatsApp.

Le nouvel outil devrait aussi permettre à Facebook d'augmenter le temps passé par les utilisateurs sur ses différentes applications, et ainsi de recueillir encore plus de données, moteur essentiel d'un ciblage publicitaire très fin et à très grande échelle.

Ne me quitte pas 

«L'expérience doit être fluide et inspirante. Vous pourrez explorer l'univers des marques plus en détail, sans avoir à quitter l'application», a résumé Layla Amjadi, directrice produit d'Instagram Shopping, lors d'une conférence de presse.

Facebook Shops va être progressivement mis à disposition, au cours des deux mois à venir, des quelque 160 millions de sociétés qui utilisent déjà l'écosystème du réseau social.

L'interface est dans les tuyaux depuis l'année dernière.

Le groupe californien a accéléré son développement, «dans l'espoir que cela aide des entreprises à survivre et à se construire une présence en ligne dans un contexte où les achats vont de plus en plus avoir lieu sur Internet», explique George Lee, directeur du management des produits chez Facebook.

«Un tiers des PME américaines que nous avons interrogées pour une étude déclarent ne pas être opérationnelles en ce moment», à cause de la pandémie, rapporte-t-il.

«Un tiers d'entre elles n'ont plus d'activité qu'en ligne», ajoute-t-il.

Avec les mesures de distanciation sociale, Facebook se retrouve dans une situation paradoxale, avec un fort regain de l'engagement, mais une monétisation compliquée par les coupes de budgets publicitaires des entreprises.

Magasinage «live» et réalité augmentée 

Le géant d'internet a décidé de se concentrer sur les «opportunités» et «choses à construire», qui se présentent à la faveur de la crise, selon les mots de Mark Zuckerberg, prononcés lors de la présentation des résultats financiers du premier trimestre.

Or les PME représentent la majorité des annonceurs de Facebook.

Aux états-Unis, certaines d'entre elles vont pouvoir tester un bouton «checkout» (paiement), qui existe déjà sur Instagram et permet de régler ses achats sans être redirigé vers le site marchand.

Le but est de retirer un maximum de barrières qui se dresse sur le chemin du consommateur une fois qu'il a repéré un produit, comme de devoir rentrer son numéro de carte bleue ou de se retrouver sur un site web mal conçu.

Le réseau social va en outre travailler sur le magasinage «live», c'est-à-dire l'intégration de liens vers les produits dans des vidéos diffusées en direct.

«Plus de 800 millions de personnes regardent des vidéos live tous les jours sur Facebook et Instagram, dont de nombreux tutoriels et lancements de produits», a élaboré Mark Zuckerberg. «Nous allons tester cette fonctionnalité très rapidement».

Il a aussi promis que les marques pourront utiliser des effets de réalité augmentée, déjà testés dans le passé, pour donner par exemple la possibilité aux consommateurs de visualiser comme des lunettes de soleil ou un rouge à lèvres sur leur visage. Julie Jammot, AFP