Le professeur Georges Abdul-Nour de l’UQTR est originaire du Liban.
Le professeur Georges Abdul-Nour de l’UQTR est originaire du Liban.

Explosions à Beyrouth: entre horreur et indignation

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — C’est avec horreur que Georges Abdul-Nour a regardé les images de l’explosion à Beyrouth au Liban, son pays natal. Cette fois, ce n’est pas la guerre. La catastrophe vient de la négligence pure, dit-il. «Depuis 2014 qu’un rapport disait qu’il fallait enlever ces produits de là», raconte-t-il, indigné.

Seule consolation, son père, ses deux sœurs et son frère vont tous bien.

Ils ont fui vers le nord, dit-il, pour aller se réfugier vers d’autres membres de la famille afin d’éviter de respirer les émanations sans doute toxiques du site des explosions.

Une de ses sœurs ne répondait pas à l’appel, encore mercredi matin. Soupir de soulagement, en fin d’avant-midi, c’est un problème de connexion internet qui l’empêchait de donner signe de vie.

Le grand miracle, pour lui, c’est sa nièce. Elle venait de terminer son quart de travail comme médecin dans un des hôpitaux qui ont été détruits. À peine rentrée chez elle, on la rappelait au boulot pour prendre soin d’un tsunami de blessés.

Dans la minuscule communauté libanaise de la Mauricie, Leïla Bau Seijaan, interprète au SANA de Trois-Rivières, a passé elle aussi par toute la gamme des émotions en regardant les images de la catastrophe tourner en boucle à la télé. Elle n’a pas perdu de parents proches car la plupart venaient de finir leur journée de travail et avaient eu le temps de retourner chez eux, dans la montagne, avant la déflagration qui aurait été ressentie jusqu’à Chypre. C’est le cas de sa sœur qui travaillait en garderie, une garderie qui, heureusement vidée de ses enfants au moment du drame, n’est plus que ruines maintenant. Sa sœur a du même coup perdu son travail tout comme des milliers d’autres victimes de l’explosion.

«C’est un choc. Je n’arrive pas à trouver les mots. Personne ne s’attendait à ça. On ne comprend pas ce qui s’est passé», dit-elle.

Le drame survient dans le pire des moments, pour les Libanais. «Nous sommes en pleine crise économique depuis deux ou trois ans», raconte le professeur Abdul-Nour qui enseigne le génie à l’UQTR. «Les gens n’en voient pas la fin. La classe politique est corrompue. Ces temps-ci, Beyrouth ne vit pas de bons jours», se désole-t-il.

«Au nord, où les gens ne sont pas touchés, tout le monde ouvre sa maison et l’archevêché ouvre les églises pour les 300 000 personnes qui sont maintenant sans abri. Partout, les gens donnent leur numéro de téléphone pour accueillir les familles chez eux», raconte-t-il.

Et tout cela survient également en pleine crise sanitaire de coronavirus, rappelle le professeur Abdul-Nour. Dans cette situation de crise humanitaire, les gens affrontent malgré tout sans hésiter le virus pandémique pour venir en aide à leur prochain. «Pas moyen de choisir entre le pas bon et le pire», fait-il valoir.

La diaspora libanaise est fortement ébranlée et se sent impuissante. «Mon neveu (né à Beyrouth) étudie en architecture en Italie. Il dit que même s’il est athée, il s’est rendu dans une église, mercredi matin» prier pour ses compatriotes, raconte le professeur Abdul-Nour. Curieux hasard, l’homme est arrivé face à une statue de Jésus en croix qui avait perdu ses bras et dont le regard était tourné vers le sol, un signe troublant et inattendu dont il se serait bien passé.

«Nous sommes seuls pour combattre nos criminels ou pour leur échapper. Même la foi n’est plus de notre côté! Il n’existe pas de monde meilleur à l’intérieur de celui-ci, du moins, pas pour nous...», écrivait-il sur la page de M. Abdul-Nour en y mettant la photo de la statue en question.

«Courage cher neveu. Beyrouth est condamnée à renaître de ses cendres, condamnée à rester la Perle du Proche-Orient. Elle survivra», lui a-t-il répondu.