Camilo Baldivia

Exclu du sport-études: le ministre de l'Éducation s'en remet au MÉES

Le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (MÉES) dit avoir déjà bien entamé une réflexion sur la notion d'inclusion dans les écoles publiques qui offrent de plus en plus de programmes à vocation particulière.

Talonné depuis une semaine pour commenter le débat concernant la mission et les objectifs des programmes à vocation particulière dans les écoles publiques et la notion d'inclusion des élèves en difficulté, un débat entamé à la suite de l'expulsion de Camilo Baldivia du programme de sport-études de l'école Le Triolet, le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, Sébastien Proulx, a refusé d'accorder une entrevue à La Tribune redirigeant la demande vers le MÉES.

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«La notion d'inclusion est au cœur de la vision mise de l'avant par la Politique de la réussite éducative», note dans une réponse écrite la responsable des relations de presse au MÉES, Esther Chouinard, soulignant que la mission du ministère est d'offrir «des milieux éducatifs inclusifs, centrés sur la réussite de toutes et de tous, soutenus par leur communauté, qui, ensemble, forment des citoyennes et des citoyens compétents, créatifs, responsables, ouverts à la diversité et pleinement engagés dans la vie sociale, culturelle et économique du Québec».

«Tous les acteurs et les partenaires du monde de l'éducation doivent être mobilisés autour de cette vision. L'idée n'est pas de remettre en question l'offre de programmes ou de projets particuliers, mais comme le dit l'UNESCO, il s'agit de lutter contre les obstacles auxquels se trouvent confrontés les élèves à risque d'exclusion, comme ceux touchés par la défavorisation ou un handicap», ajoute-t-elle.

«Il y a les règles spécifiques établies par l'école pour son programme sports-études et celles-ci sont claires et connues de tous.» - Esther Chouinard, responsable des relations de presse au MÉES

«Les programmes à vocation particulière permettent aux élèves de se découvrir des talents et des intérêts pour ensuite les développer. Il s'agit d'un élément de motivation pouvant jouer sur la persévérance et la réussite scolaire. Ces projets sont sous l'autorité des écoles et des commissions scolaires», mentionne Mme Chouinard ajoutant que le ministère ne peut commenter de cas précis et qu'il se doit de respecter le processus en place et les décisions prises par l'école et la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSSR).

SÉbastien Proulx

Questionnée sur le fait que le programme sport-études accorde la même importance à la réussite d'un cours d'arts plastiques qu'à celle d'un cours de français, anglais ou mathématique alors que la CSRS n'a pas jugé nécessaire d'offrir un cours de reprise pour cette matière, la CSRS répond que «chaque cours a son importance relative et que les reprises de cours sont offertes en fonction de la demande».

Un échec en français, anglais ou mathématiques serait donc moins néfaste (puisque non fatal à cause de la possibilité de reprise) qu'un échec en arts plastiques qui mène à l'expulsion de l'élève du programme sport-études ?

«D'une part, il y a les règles spécifiques établies par l'école pour son programme sport-études et celles-ci sont claires et connues de tous. D'autre part, il y a les exigences liées à la sanction des études, pour l'obtention d'un DES, celles-ci étant définies dans le régime pédagogique», souligne la porte-parole du MÉES ajoutant que la question de la reprise des examens pour les matières autres que la langue d'enseignement, la langue seconde de 5e secondaire et les mathématiques, l'histoire et les sciences de 4e secondaire sont sous la responsabilité de l'organisme scolaire.

 François Legault

Legault plaide le gros bon sens

«De façon générale, je ne dirais pas ça seulement du réseau de l'éducation, on a perdu un peu le gros bon sens. Je ne connais pas le cas en particulier, mais a priori il me semble que de retirer un jeune, qui aime le sport et qui est bon dans le sport, de son programme parce qu'il a échoué un cours d'arts plastiques, j'ai un peu de difficulté avec ça», a commenté le chef de la Coalition avenir Québec et ancien ministre de l'Éducation péquiste François Legault.

Rappelons que l'école du Triolet a expulsé l'élève Camilo Baldivia du programme sport-études à cause d'un échec en arts plastiques et d'un effort jugé insuffisant en classe. La famille de l'élève a tenté, la semaine dernière, de faire renverser le verdict compte tenu des difficultés d'apprentissage de Camilo, de son risque de décrochage scolaire, de son apport positif au sein d'un groupe et de l'impossibilité de reprendre le cours d'arts plastiques de secondaire 3, un cours non obligatoire à l'obtention du diplôme d'études secondaires.

«En même temps, je sais que des écoles, pour motiver des jeunes, disent que pour continuer à faire du sport, les jeunes doivent réussir tous leurs cours. Alors c'est difficile à commenter, mais il faut aider ces jeunes-là», ajoute M. Legault, en revenant à une proposition faite par la CAQ en 2012.

«Une des propositions faites qui sera mise en place si on gagne le 1er octobre est d'ajouter cinq heures par semaine dans toutes les écoles secondaires pour faire trois choses : plus de sport, plus d'art et plus d'aide aux devoirs», souligne M. Legault, précisant qu'avec un gouvernement caquiste, l'autobus jaune partirait une heure plus tard des écoles secondaires québécoises. «Comme ancien ministre d'éducation, j'ai lu plusieurs études qui confirment que le sport aide à la réussite scolaire. Pour moi, c'est important le sport.»

Cas par cas

Pour ce qui est du cas de Maxim Beauregard Dionne, commissaire démissionnaire de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke qui déménagera au Nouveau-Brunswisk où il espère recevoir de meilleurs services pour son enfant catégorisé comme élève handicapé ou élève en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA), Legault avance que ces élèves doivent être traités «cas par cas».

«D'abord la Loi sur l'instruction publique oblige à donner tous les services nécessaires à un enfant qui a un handicap, donc je trouve ça spécial qu'un commissaire, sachant cela, se sente obligé de déménager dans une autre province pour avoir des services pour son enfant handicapé. C'est certain que les cas lourds doivent être dans des classes spéciales. Il peut y avoir des avantages à intégrer des cas légers dans des classes ordinaires. Je trouve totalement inacceptable que cet individu se sente obligé de changer de province», note-t-il.

Le chef de la CAQ réitère son intention d'abolir les commissions scolaires. «On va plutôt demander aux parents sur les conseils d'établissement d'élire un conseil d'administration pour ce qu'on va appeler un centre de service. Je vois beaucoup de bureaucratie dans les commissions scolaires, les services sont inégaux, les qualités des commissaires sont inégales et qu'il y aurait avantage à ce que les parents s'en mêlent davantage.»

Est-ce qu'il y aurait place à une réflexion sur la notion d'inclusion des élèves en difficulté dans le système éducatif québécois sous un gouvernement caquiste ? La réponse est oui. «C'est un vaste sujet», souligne M. Legault.