«Le pays [les États-Unis], sauveur et gardien depuis un siècle de l’équilibre européen sinon mondial, est devenu simple géant aux pieds d’argile. Ses alliances se fragilisent. Ses alliés naturels sont inquiets et hésitants», décrit Hubert Laforge.
«Le pays [les États-Unis], sauveur et gardien depuis un siècle de l’équilibre européen sinon mondial, est devenu simple géant aux pieds d’argile. Ses alliances se fragilisent. Ses alliés naturels sont inquiets et hésitants», décrit Hubert Laforge.

États-Unis: bien étrange cette année d’élection 2020

Hubert Laforge
Hubert Laforge
Québec
POINT DE VUE / D’un côté, une pandémie qui bouscule le fonctionnement économique mais, étonnamment, sans le faire basculer. Tous les pays sont touchés. Mais aucun, encore du moins ceux dits développés, ne montrant signes d’effondrement ou de révolte. 

D’un autre côté, les États-Unis, leader économique mondial depuis un siècle, en plein désarroi. Ayant perdu, progressivement depuis des décennies, mais de façon accélérée depuis l’arrivée au pouvoir du président actuel, à la fois crédibilité morale et autorité militaire. 

Le pays, sauveur et gardien depuis un siècle de l’équilibre européen sinon mondial, est devenu simple géant aux pieds d’argile. Ses alliances se fragilisent (ex. la Turquie). Ses alliés naturels (dont l’Union européenne) sont inquiets et hésitants. Une Russie rêvant au retour des grandeurs du passé (aussi bien soviétiques que tsaristes). Un monde arabe avec lequel le seul argumentaire est celui des intérêts financiers. Une Chine dont il ne fait qu’attiser l’hostilité face à sa marche implacable vers la domination mondiale.

C’est avec attention et une inquiétude grandissante que j’ai suivi ces derniers jours les conventions, démocrate et républicaine, à la présidence. Chez les premiers, une certaine retenue des moyens (pandémie et ressources financières obligent), une variété d’intervenants (dont d’anciens présidents) apportant, inquiets, leurs témoignages, visions et propositions d’avenir. Dans l’autre camp, je n’ose dire républicain tellement le discours est simpliste et démagogique, c’est l’omniprésence de la voix et des voies uniques. Véritable campagne à la soviétique d’autrefois ou à la nord-coréenne d’aujourd’hui. Un seul personnage (avec son entourage familial et ses relations d’affaires «bien gérés») dominant tout le déroulement du «spectacle» : le «je» d’un Trump qui a tout fait, versus le «eux» des démocrates et de leurs anciens présidents responsables de tout ce qui va mal et de ce qui sera pire encore s’ils étaient élus en novembre. Avec une arrogance et une suffisance encouragées par l’adulation du millier de partisans rassemblés serrés (aucune prudence en cette pandémie qui a déjà fait 100 000 morts dans le pays) devant «son» château de la Maison-Blanche. 

Et, bouquet offert à la nation, un extravagant feu d’artifice dont, dans le ciel, par-dessus le monument de Washington, un «TRUMP 2020» éclatant, triomphant. Un moment, une image m’est venue à l’esprit, celle de Néron s’écriant au moment de se suicider et devant Rome que, dit-on, il faisait incendier : «Quel artiste le monde va perdre». Que cette image ne soit qu’un cauchemar devant s’évanouir de nos esprits le 3 novembre prochain!