Même si les activités de la plus importante compagnie ferroviaire au pays devraient reprendre dès mercredi, de nombreux agriculteurs québécois risquent de continuer à ressentir les effets du conflit de travail.

Entente de principe au CN [VIDÉO]

Au terme d’une semaine ayant perturbé plusieurs industries en plus de provoquer un rationnement de propane au Québec, une entente de principe est intervenue mardi pour mettre fin au débrayage des quelque 3200 cheminots de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN), mais cela n’a pas apaisé toutes les craintes.

Même si les activités de la plus importante compagnie ferroviaire au pays devraient reprendre dès mercredi, de nombreux agriculteurs québécois risquent de continuer à ressentir les effets du conflit de travail.

«On pense que le rétablissement complet de la chaîne d’approvisionnement [de propane] devrait se faire d’ici trois à quatre jours», a estimé le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, au cours d’une mêlée de presse en compagnie de son collègue à l’Agriculture, André Lamontagne. «Les distributeurs ont convenu que davantage de volumes soient distribués dans le volet agricole.»

Le propane est nécessaire pour de nombreux agriculteurs. Alors que les producteurs céréaliers ont besoin de ce gaz pour faire sécher leurs récoltes et vendre leurs grains, des éleveurs s’en servent pour chauffer, par exemple, des poulaillers.

En raison du débrayage, les livraisons ont plutôt été acheminées vers des établissements comme des hôpitaux et des résidences pour personnes âgées. La consommation quotidienne au Québec avait été plafonnée à 2,5 millions de litres, par rapport aux 6 millions de litres habituellement nécessaires. Le CN affirmait ne fonctionner qu’à 10 % de ses capacités.

Toutefois, la présidente de l’Association canadienne du propane, Nathalie St-Pierre, a estimé que les prévisions de M. Julien étaient «très optimistes».

«Ils ont peut-être de bons contacts au CN, a-t-elle indiqué au cours d’un entretien téléphonique. Nous ne sommes pas sortis du bois. Six millions de litres de propane, c’est environ 27 wagons. C’est un défi logistique. Il faudra aussi rebâtir les stocks.»

Pour sa part, l’Association québécoise du propane (AQP) a estimé, dans un communiqué, qu’il était «difficile d’évaluer le moment exact du rétablissement complet de l’approvisionnement en propane au Québec».

Des distributeurs, comme Propane GRG, à Sainte-Marie, ont signalé que jusqu’à «nouvel ordre», la stratégie de rationnement se poursuivait afin de «maintenir les services essentiels en attendant l’arrivée de nos prochains wagons de propane».

Environ 85 % du propane consommé par la province est acheminé par voie ferroviaire, principalement depuis Sarnia, en Ontario.

De son côté, le ministre Lamontagne a indiqué que plus de 1300 avis de dommages avaient été déposés par des agriculteurs dont les récoltes se trouvent toujours dans les champs. Il a cependant écarté, pour l’instant, le déploiement d’une aide financière, comme celle réclamée plus tôt par le président des Producteurs de grains du Québec, Christian Overbeek, qui a précisé qu’environ 300 millions $ de récoltes étaient à risque.

«Avec les outils que l’on a, nous devrions être en mesure d’apporter tout le soutien nécessaire aux producteurs, a dit M. Lamontagne. Si, en bout de ligne, il y a des situations non résolues, pour une situation exceptionnelle, il y aura une réponse exceptionnelle.»

Pressions croissantes

Si la grève s’était prolongée jusqu’à la fin de la semaine, son impact sur l’économie canadienne aurait pu atteindre 2,2 milliards $, selon l’économiste en chef de la Banque TD, Brian DePratto.

Le conflit de travail avait eu des impacts pour de nombreuses entreprises. Lundi, Nutrien avait annoncé la fermeture temporaire de sa plus grande mine de potasse en Saskatchewan et le licenciement de 550 employés qui y travaillent, pendant deux semaines à compter du 2 décembre.

Ottawa faisait face à des pressions croissantes pour résoudre la grève — par une médiation rapide, un arbitrage contraignant ou une loi spéciale. Toutefois, le gouvernement Trudeau avait dit considérer que le moyen le plus rapide de résoudre le conflit serait un règlement négocié.

«Si nous avions adopté une approche semblable à celle du gouvernement précédent en décidant de légiférer pour le retour au travail, il n’y aurait pas de dénouement aujourd’hui», a fait valoir le ministre des Transports, Marc Garneau, au cours d’un point de presse en compagnie de sa collègue au Travail, Filomena Tassi.

En 2012, une loi spéciale avait mis fin à une grève de neuf jours au Canadien Pacifique.

Interrogés, les deux ministres n’ont pas semblé ouverts à l’idée que le transport ferroviaire soit considéré comme un service essentiel en cas de conflit de travail — ce qu’ont demandé plusieurs politiciens et associations patronales, comme le Conseil du patronat du Québec.

«Cela peut vouloir dire aussi que [le transport ferroviaire] est un service essentiel, a dit le premier ministre François Legault, en mêlée de presse à l’Assemblée nationale. Je pense qu’il faut que cela nous serve de leçon pour l’avenir.»

Autres étapes

L’entente de principe doit maintenant être ratifiée par les membres de la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada par vote électronique au scrutin secret. Son contenu sera présenté dans le cadre de réunions à travers le pays, un processus qui s’échelonne habituellement sur plusieurs semaines.

Les détails ne seront pas divulgués avant que les membres — sans contrat de travail depuis le 23 juillet — aient eu l’occasion d’examiner le document. Les cheminots avaient soulevé des inquiétudes au sujet de leurs longues heures de travail, de la fatigue et de ce qu’ils considéraient comme des conditions de travail dangereuses. Le CN a plutôt suggéré que l’impasse tournait autour de la rémunération des travailleurs.