Lisette Paré et Émilie Gaudreault présente les nouveaux emballages compostables pour les pâtes de bleuets.

Emballer sans plastique

Pour réduire leur impact environnemental, de plus en plus de consommateurs recherchent des solutions alternatives aux emballages de plastique. Et les entreprises du Saguenay–Lac-Saint-Jean développent de nouveaux produits pour répondre à la demande grandissante, mais aussi pour développer leur entreprise selon leurs valeurs.

Difficile de faire rimer écologie avec les emballages à usage unique. C’est tout de même le tour de force qu’a réussi Délices du Lac-Saint-Jean en misant sur un emballage compostable qui attire l’intérêt des géants manufacturiers et clients qui semblaient inatteignables. 

Depuis que Délices du Lac-Saint-Jean a commencé la commercialisation de ses pâtes de bleuets dans des emballages compostables, en janvier dernier, les ventes ont déjà augmenté de 20 %, soutient Émilie Gaudreault, une des propriétaires de l’entreprise. 

C’est en travaillant avec Janick Brassard, graphiste spécialisé dans la conception et la distribution de produits alimentaires, que l’entreprise a déniché ce produit. « C’est un nouveau produit canadien, fait avec du maïs de l’Ontario, qui vient tout juste d’arriver sur le marché », note Janick Brassard, qui est en pourparlers avec d’autres gros joueurs de l’industrie comme Costco et MTY (qui possède entre autres Thaï Zone et Le Vieux Duluth).

Délices du Lac-Saint-Jean est la première entreprise à présenter l’emballage fait avec trois couches d’amidon de maïs, qui se dégrade dans un compost résidentiel, mais d’autres entreprises l’utiliseront sous peu. « On est déjà en impression pour fournir 100 000 sacs à une entreprise régionale qui lancera le produit vers la fin de l’été », ajoute ce dernier. 

Dans ce produit, la plus grande innovation est d’offrir une barrière UV compostable à l’intérieur de l’emballage, alors que l’on retrouve généralement des couches métallisées sur le marché, explique Janick Brassard. 

Cet emballage écologique coûte toutefois plus cher, mais il représente un investissement intéressant pour l’entreprise d’Albanel. « Je me rends compte que le 20 % que je mets de plus pour l’écoresponsabilité, c’est un ‘‘payback’’ sur le marketing », explique Émilie Gaudreault. 

« Il n’y a pas une semaine qui passe sans que des géants de l’industrie comme Krispy Kernels ou Lay’s nous contactent pour savoir où on a pris l’emballage », dit-elle. Et des clients qui semblaient jadis hors de portée de la PME les contactent pour offrir de tels produits. « Quand des représentants d’Air Transat ont mis la main sur la pâte de bleuet de 10g avec la pellicule compostable, ils ont dit qu’ils voulaient remettre ça à leurs clients à leur arrivée au Québec », ajoute Émilie Gaudreault, surprise de la portée de son produit. 

Pour l’instant, la capacité de production ne peut permettre un tel partenariat, mais les deux entreprises demeureront en contact pour voir comment elles pourront collaborer dans le futur. « Ça nous ouvre de nouvelles opportunités et ça nous donne le droit de viser plus haut », commente l’entrepreneure. 

Revoir le modèle

C’est en travaillant avec le Centre québécois de développement durable (CQDD), basé à Alma, que Délices du Lac-Saint-Jean a entrepris ce virage écologique. « On voulait repenser qui on est pour voir ce qu’on peut mieux faire, note Émilie Gaudreault. Par exemple, on utilisait des cuillères en plastique pour nos dégustations parce que le voisin prenait des cuillères en plastique, mais on ne s’était jamais posé la question. »

Ce constat a mené l’entreprise à repenser toute sa structure de marketing en migrant vers des cuillères compostables faites en carton. Les verres à café vendus à l’Économusée ont aussi été remplacés par des contenants compostables. Pour 80 000 tartes aux bleuets, Délices mise maintenant sur le carton recyclé et l’entreprise compense pour les émissions de gaz à effet de serre produits pour les livraisons et par les employés avec Carbone Boréal. 

Au-delà de l’impact marketing de ce virage, Émilie Gaudreault est tout simplement fière d’offrir des produits qui correspondent aux valeurs de son entreprise. 

Les emballages de Délices du Lac-Saint-Jean se dégradent dans le compost domestique.

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DE LA CIRE D'ABEILLE POUR EMBALLER LES ALIMENTS

 Au lieu d’utiliser de la pellicule plastique pour emballer les aliments, l’entreprise Atelier Dcö, de Saint-Félicien, offre des emballages à base de cire d’abeille depuis le mois de février.

Dans son atelier installé dans son garage, Stéphanie Doucet fait fondre de la cire d’abeille sur un tissu coloré de jolies fraises, avant de l’étendre sur une corde à linge pour faire sécher le produit ; un emballage à base de cire d’abeille qui permet d’éliminer la pellicule plastique que l’on utilise quotidiennement pour emballer les aliments.

« Les enfants m’ont fait remarquer que j’utilisais trop de Saran Wrap, explique-t-elle. On s’est alors mis à fouiller sur le net pour trouver des alternatives. » C’est ainsi qu’elle a trouvé l’idée de produire des emballages à base de cire d’abeille, d’abord pour elle-même, puis pour donner en cadeau. 

En discutant avec les propriétaires de la Maison du Bleuet, qui étaient intéressés par ce genre de produit, elle décide d’en produire davantage et de lancer son entreprise Atelier Dcö en février. 

« Au début, je faisais ça pour le plaisir parce que je trouvais que c’était important de poser des gestes écologiques et pour conscientiser mes enfants. »

En utilisant simplement la cire d’abeille, elle a rapidement réalisé que les emballages se dégradaient en un mois. En creusant davantage, elle a testé différentes recettes à base de cire d’abeille, de résine et d’huile pour faire un produit plus durable, qui résiste au moins un an. 

Rapidement, la demande a explosé, alors que les entreprises régionales se sont mises à l’appeler pour distribuer son produit. Et en voyant l’engouement pour les emballages à base de cire d’abeille, elle a lancé d’autres produits, comme des sacs à fruits et légumes réutilisables qui sont de plus en plus populaires, notamment depuis que IGA et Métro acceptent les emballages réutilisables. 

Étant donné que Stéphanie Doucet opère une garderie en milieu familial de jour, elle fabrique jusqu’à une centaine d’emballages le soir, entre 20 h et minuit. Elle peut ainsi fournir sept points de vente dans la région, en plus de tenir une boutique en ligne. À compter du mois de septembre, l’entrepreneure souhaite toutefois fermer sa garderie pour se concentrer à plein temps dans Atelier Dcö. 

D’ici là, Stéphanie Doucet souhaite rendre son produit encore plus écologique en misant sur du textile 100 % québécois et peut-être même sur la fibre de chanvre. « Le but est d’offrir des alternatives 100 % écologiques et locales, dit-elle. Je pense que le monde est rendu là. »