Atchoum a donné un spectacle au Festi-Neige des Forges, à Trois-Rivières, dimanche.

Elle souhaite de l’aide à son bourreau

Trois-Rivières — Après avoir été harcelée pendant huit mois par une femme, la vie a repris son cours pour la clown et rockeuse jeunesse Atchoum, qui était en spectacle au Festi-Neige des Forges dimanche après-midi, à Trois-Rivières. Si elle reconnaît avoir été plus prudente dans ses interactions sur les réseaux sociaux, l’artiste affirme ne pas être restée trop marquée par cet incident. Elle retient cependant plusieurs leçons de cet épisode dont elle se serait volontiers passée.

Véronique Gagné, alias Atchoum, est soulagée que son calvaire soit terminé. Pendant des mois, elle a reçu des courriels, textos et messages sur sa page Facebook, dont plusieurs étaient menaçants, venant de 40 personnes différentes. Celles-ci étaient en fin de compte des personnages, incarnés par la même personne: Maude Gaumont, de Mayo, en Outaouais. L’artiste avait d’abord été contactée par cette femme pour participer à un spectacle-bénéfice. Mme Gaumont s’est ensuite mise à suivre l’artiste à plusieurs de ses spectacles, accompagnée de sa famille, partout à travers le Québec. Mme Gagné a donc, longtemps sans le savoir, côtoyé celle-là même qui lui menait la vie dure dès qu’elle le pouvait. Ce n’est toutefois pas vers elle qu’étaient dirigées les menaces, mais plutôt vers un des enfants présents à son spectacle.

«Elle le traitait de ‘‘mongole’’ (sous de fausses identités), explique Mme Gagné. Elle menaçait de lui faire du mal s’il venait à mon spectacle. Je n’ai jamais vraiment eu peur pour moi, mais j’avais vraiment peur qu’un meurtre se produise sous mes yeux.»

Ce manège a duré pendant huit mois avant que Mme Gaumont ne soit arrêtée. Elle a plaidé coupable à trois chefs d’accusation de harcèlement et de production de faux messages au palais de justice de Saint-Hyacinthe, le 18 janvier dernier.

«Elle a besoin d’aide»

La peine dont écopera l’accusée dans cette affaire n’a pas encore été prononcée, mais Mme Gagné et son directeur de tournée, Éric St-Gelais, qui a vécu cette histoire avec elle, espèrent que sa sentence aura pour but de lui apporter de l’aide psychologique. «C’est clairement une personne en détresse psychologique, insiste M. St-Gelais. Mais l’envoyer en prison, il me semble que ce n’est pas la solution, ça ne la soignera pas. Mais il faut que quelque chose soit fait.»

Véronique Gagné reconnaît même avoir une certaine empathie pour son bourreau, malgré ce qu’elle lui a fait subir.

La clown et rockeuse jeunesse Atchoum, alias Véronique Gagné, a été harcelée pendant huit mois.

«J’ai un peu de pitié pour elle, parce qu’elle a besoin d’aide, indique-t-elle. Cette empathie-là, je l’ai. J’en ai aussi pour son entourage; je sais que son père a été très bouleversé d’apprendre ce que sa fille a fait.»

Ce dernier a d’ailleurs annoncé son intention de fermer la fondation qu’il avait mise sur pied pour venir en aide aux enfants malades de sa région, après avoir reçu de nombreux commentaires désobligeants sur les réseaux sociaux. L’organisme caritatif avait notamment en sa possession une chambre hyperbare.

Dénoncer le harcèlement

Mme Gagné ne serait par ailleurs pas la seule à avoir été harcelée par Mme Gaumont. Elle affirme avoir reçu plusieurs témoignages de gens qui lui ont confié qu’elle leur avait fait subir le même sort. La clown a été surprise d’apprendre que ces autres victimes n’ont pas porté plainte à la police, comme elle l’a fait.

«Ils m’ont dit: ‘‘on n’a pas assez de preuves, ça ne donnera rien’’, rapporte Mme Gagné. Mais la police est là pour ça et elle a de plus en plus d’outils pour combattre le harcèlement sur Internet. C’est ce que j’aimerais dire aux enfants, qui sont nombreux à subir du harcèlement sur les réseaux sociaux. Ça a été long dans notre cas, huit mois, avant de voir cette dame dans le box des accusés, mais c’est finalement arrivé.»

Mme Gaumont aurait d’ailleurs continué à harceler d’autres personnes, même après avoir été arrêtée.

L’artiste croit également que son histoire démontre que l’anonymat grâce auquel les cyberagresseurs croient être protégés n’est pas infaillible. Même si cette démarche a été longue et laborieuse, les enquêteurs ont pu obtenir de Facebook les adresses IP qui ont été utilisées pour envoyer les messages de menaces à Mme Gagné, ce qui leur a permis de démasquer leur auteure.

Enfin, elle invite les gens à être prudents lorsqu’ils sont sollicités pour faire des dons à des fondations. «Je crois que c’est ce qui est important de retenir de tout ça: cette femme faisait des collectes de fonds, mais ce n’était pas une personne de confiance, souligne-t-elle. Je trouve que c’est important de dire aux gens: ne donnez pas à n’importe qui, soyez curieux et posez des questions sur les gens à qui vous voulez donner.»