Des fleurs et des toutous en mémoire de la petite fille décédée à Granby ont été déposés devant les bureaux de la direction de la protection de la jeunesse du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, située sur la rue Dufferin à Sherbrooke.

DPJ de l'Estrie: tous les employés «dévastés, sans exception»

Les employés qui œuvrent à la direction de la protection de la jeunesse du CIUSSS de l’Estrie-CHUS sont « tous dévastés, sans exception » à la suite de la tragédie qui a coûté la vie à la jeune fille de Granby plus tôt cette semaine. Mais ils restent fidèles au poste et continuent de travailler dans la tempête, même s’ils se trouvent dans une « situation très difficile ».

« Jeudi midi, on était avec eux. Les gens pleuraient, ils avaient les yeux rougis, les gens ressentaient le besoin de se coller. Et après, ils ont séché les larmes et ils sont tous repartis pour faire leurs dossiers de l’après-midi, tous, sans exception », explique Emmanuel Breton, représentant national de l’APTS, le syndicat qui représente une grande partie des travailleurs de la DPJ de l’Estrie.

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La semaine est difficile sur deux fronts. D’abord, il y a la mort tragique de cette enfant qu’il faut gérer comme parent, comme être humain, comme travailleur d’un système qui se veut le protecteur des enfants. Ensuite, il y a les réactions de tous ces gens qui croisent les intervenants de la DPJ et qui leur adressent des reproches virulents.

« Quand les intervenants arrivent chez quelqu’un, ils entendent des commentaires comme : “vous voyez ce que vous faites, ça ne donne rien, il y a des enfants qui meurent!”, c’est vraiment difficile », ajoute-t-il.

Mais les employés n’ont pas le choix de rester en poste.

« La Terre continue de tourner. Je ne veux pas minimiser la mort de cette petite fille, mais il y a encore bien d’autres enfants au Québec, et en Estrie aussi, qui ont besoin d’aide. Les équipes de la DPJ ont le devoir de continuer à travailler et elles le savent », soutient celui qui est aussi éducateur spécialisé.

Perte d’un allié

La suspension du directeur de la protection de la jeunesse, Alain Trudel, est venue ajouter à la consternation des employés. Le directeur était perçu comme une personne qui était là pour les soutenir. « M. Trudel était un ancien employé de terrain et il venait de Granby. Il était connu dans la région de Granby, qui est particulièrement affectée, et il était considéré comme un allié », précise M. Breton.

Des fleurs et des toutous en mémoire de la petite fille décédée à Granby ont été déposés devant les bureaux de la direction de la protection de la jeunesse du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, située sur la rue Dufferin à Sherbrooke.

La protection de la jeunesse est un travail extrêmement difficile. Il l’est encore davantage aujourd’hui en raison de la pénurie de main-d’œuvre et des conditions de travail qui se sont encore alourdies.

« Quand un enfant est retiré de son milieu, la DPJ est blâmée. C’est rarement considéré comme correct. Mais quand un enfant n’est pas retiré de son milieu et qu’il arrive un drame comme celui de Granby, les intervenants se font aussi tomber sur le dos. Comment travailler quand rien de ce que tu fais est considéré comme bien? » demande M. Breton.

Le représentant national de l’APTS souhaite que les gens arrêtent de juger la DPJ sur les réseaux sociaux. « J’ai fait le tour des commentaires jeudi sur les réseaux sociaux et, honnêtement, c’est dégueulasse tout ce qui s’y dit. Les gens cassent du sucre sur le dos de la DPJ sans comprendre comment ça fonctionne réellement », dit-il.

Le gouvernement devra jouer un grand rôle dans la reconstruction de la DPJ, mais en ce moment, la « population a aussi un grand rôle à jouer pour empêcher que de nombreux autres employés partent en congé maladie ». « Il faut arrêter de malmener les employés de la DPJ, de casser du sucre sur leur dos sans savoir comment ça fonctionne réellement », dit-il.

Et il aimerait éventuellement que l’ancien gouvernement libéral reconnaisse ses torts. « En fusionnant la direction de la protection de la jeunesse avec les CIUSSS et les CISSS, la DPJ s’est retrouvée désavantagée et on voit ce que ç’a donné », déplore Emmanuel Breton.