Les chercheurs ont analysé que les cégépiens ne connaissent pas les groupes extrémistes québécois et que leurs connaissances sur le phénomène de radicalisation sont globalement minimes.

Diversité religieuse: les cégépiens tolérants, mais ignorants

Une majorité de cégépiens seraient tolérants devant la diversité religieuse, mais leur niveau de connaissances des grandes religions et de la radicalisation est faible.

C’est ce que met en lumière un rapport de recherche du Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR) traitant des connaissances et perceptions de la religion et du phénomène de radicalisation chez les étudiants du collégial.

Réalisée par trois chercheurs du CEFIR, le directeur Martin Geoffroy et les professeurs Louis Audet Gosselin et Steve Medeiros, et deux de l’Université de Waterloo, Sarah Wilkins-Laflamme et Katherine Bouchard, la recherche a été menée auprès de 991 étudiants des cégeps de Saint-Hyacinthe, Édouard-Montpetit et Saint-Jean-sur-Richelieu.

Attitude positive

Pour 77 % des répondants, leurs croyances spirituelles ou religieuses ne sont pas très importantes ou pas importantes du tout quant à la façon dont ils vivent leur vie. Leur attitude face à l’immigration est cependant plutôt positive puisque 59 % se sont dits tout à fait d’accord (13 %) ou plutôt d’accord (46 %) avec l’énoncé voulant que la très grande majorité des immigrants s’intègrent bien à la société québécoise alors que 22 % sont indécis et que 17 % sont plutôt en désaccord et 1 % tout à fait en désaccord. 

Sept étudiants sur dix sont d’avis que lutter contre la présence de signes religieux dans l’espace public n’est pas un moyen efficace de combattre la radicalisation religieuse.

Au total, 47 % des cégépiens sondés seraient d’accord pour permettre le port de toute forme de symbole religieux pour les employés de la fonction publique alors que 34 % sont en désaccord avec cet énoncé. Ils seraient aussi 67 % à être d’accord de permettre à une enseignante de porter le hijab, 74 % une croix et 70 % de permettre à un enseignant de porter la kippa juive. 

L’étude démontre aussi que plus on est jeune, moins on a de chance d’avoir une attitude négative envers les immigrants ou toute autre forme de différence et qu’une augmentation des connaissances générales sur les religions diminue les chances d’avoir une attitude négative envers l’immigration et les fidèles de diverses religions.

Connaissances faibles

C’est justement au niveau des connaissances sur les différentes religions que les choses se gâtent. Moins de la moitié des répondants a fourni de bonnes réponses à une majorité de questions concernant les connaissances de l’islam et du judaïsme. Même pour le christianisme, les quatre questions n’ont récolté respectivement que 14 %, 34 %, 53 % et 64 % de bonnes réponses.

Les mouvements religieux et politiques sont aussi largement méconnus des étudiants du cégep : 8 % ont été incapables d’identifier un énoncé sur la secte intégriste juive Lev Tahor, 13 % un énoncé sur le groupe d’extrême droite La Meute et 12 % un énoncé sur le sionisme.

Quant à la connaissance du phénomène de radicalisation, seulement de 18 % à 51 % des répondants ont été capables d’identifier des énoncés faux au sujet de la radicalisation. Ils sont plus nombreux (entre 32 % et 83 %) à pouvoir identifier des énoncés faux sur la radicalisation religieuse. 

Par contre, 50 % ont répondu que les actions terroristes sont principalement le produit d’individus qui adhèrent à une idéologie religieuse alors que, pourtant, plusieurs sont commises au nom d’idéologies non religieuses comme l’extrême droite, l’extrême gauche, l’écologisme, les mouvements antiavortement et les mouvements pour l’indépendance.

Les chercheurs ont analysé que les étudiants ne connaissent pas les groupes extrémistes québécois et que leurs connaissances sur le phénomène de radicalisation sont globalement minimes. Ceux qui possèdent le plus de connaissances sur les trois grandes religions monothéistes sont aussi ceux qui ont les plus grandes connaissances du processus de radicalisation.

«De plus, les connaissances globales sur les religions sont très faibles, ce qui ouvre la porte aux préjugés et aux attitudes extrêmes. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les étudiants qui ont participé à l’étude font partie des cohortes qui ont bénéficié des cours d’éthique et de culture religieuse tout au long de leur scolarité», indiquent les chercheurs, qui recommandent d’ailleurs entre autres de revoir ces cours afin de mieux outiller les jeunes à comprendre la radicalisation et les idéologies religieuses.