Aymen Derbali, accompagné par sa femme, a témoigné lundi, lors des représentations sur la peine d’Alexandre Bissonnette.

Des souffrances à vie pour Aymen Derbali

Aymen Derbali n’aurait pas eu besoin de prononcer un seul mot. Le juge a compris tout ce qu’il a perdu le soir de la tuerie à la Grande Mosquée simplement en le regardant traverser la salle d’audience avec son fauteuil roulant.

Le père de famille de 41 ans a quitté sa Tunisie natale en 2001 pour venir faire un MBA à l’Université Laval. Il est père de trois garçons et d’une petite fille aujourd’hui âgée de deux ans.

En parallèle à ses études et à son travail dans les technologies de l’information, il a passé plusieurs mois à faire du bénévolat en Amérique du Sud. Et il veut continuer à aider les autres, lorsque sa santé le permettra.

Le soir du 29 janvier, il est arrivé en retard et s’est mis à prier seul dans un coin de la salle. Il a été le premier à croiser le tireur. Aymen Derbali a d’abord reçu une balle à la jambe. Il est tombé au sol et s’est traîné pour tenter d’intercepter le meurtrier. Les balles ont continué à pleuvoir et il a perdu conscience.

Il se rappelle d’avoir vu les policiers entrer dans la mosquée, armes au poing, puis un grand trou noir.

Ce n’est que beaucoup plus tard, après un long coma, qu’il apprendra qu’Alexandre Bissonnette lui a tiré sept balles.

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Aymen Derbali a dû avoir plus d’une dizaine d’opérations pour extirper les balles. L’une des sept balles devra probablement rester pour toujours dans sa moelle épinière, car les médecins craignent de tuer leur patient s’ils tentent de la retirer.

Sombres pronostics

Les pronostics étaient si sombres, au début de son hospitalisation, que les médecins ont indiqué à la femme d’Aymen Erbali qu’il lui faudrait peut-être songer à débrancher son mari des appareils qui le maintenaient en vie. «Ma femme est très forte et elle n’a pas accepté cette alternative», a expliqué M. Derbali au juge François Huot.

Alexandre Bissonnette, assis juste en face du survivant, lui jette de vagues regards ou fixe le sol.

Aujourd’hui, Aymen Derbali peut parler et respirer par lui-même. Le père de famille est paralysé à partir de la taille et sera cloué à son fauteuil roulant jusqu’à la fin de ses jours. «Je ne serai jamais autonome, je serai toujours tributaire de ma femme», dit-il, pendant que son épouse sèche ses larmes, assise dans la salle d’audience.

L’organisation musulmane Dawanet a recueilli 400 000 $ de donateurs à travers le monde pour que Aymen Derbali puisse avoir une maison adaptée. M. Derbali demeure toujours dans un centre de réadaptation. Il espère pouvoir retrouver sa famille à la fin de l’été.

Durant l’heure qu’il a passée devant le juge, Aymen Derbali n’a que peu évoqué Alexandre Bissonnette. Si ce n’est que pour dire qu’il doutait de la sincérité des regrets exprimés par le tueur, après son plaidoyer de culpabilité le 28 mars. «C’était juste pour avoir la compassion des citoyens», estime-t-il.

D’autres survivants et proches des victimes témoigneront au cours des prochains jours.