Les épaves de quatre transporteurs de minerai de fer coulés par des sous-marins allemands en 1942 reposent au large de l’île Bell, à Terre-Neuve, depuis des décennies.

Des obus seront récupérés dans des épaves coulées près de l’île Bell

SAINT-JEAN, T.-N.-L. — Les épaves de quatre transporteurs de minerai de fer coulés par des sous-marins allemands en 1942 reposent au large de l’île Bell, à Terre-Neuve, depuis des décennies.

L’île Bell est l’un des rares endroits en Amérique à avoir été attaqués par les forces allemandes au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ces épaves englouties attirent des plongeurs du monde entier, mais elles renferment toujours un certain nombre d’explosifs non neutralisés.

Lundi, une mission de récupération doit débuter à Conception Bay South, près de Saint-Jean.

Des plongeurs militaires chercheront à récupérer les munitions dans les épaves rouillées des quatre transporteurs de minerai de fer: deux navires canadiens, le Lord Strathcona et le Rose Castle, un navire des Forces navales de la France libre, le PLM 27 et un navire britannique, le Saganaga.

Selon Neil Burgess, un plongeur de Flatrock, à Terre-Neuve, ces bateaux, d’une longueur d’environ 120 mètres, ont été envahis par d’abondantes anémones en forme de fleurs et des poissons.

M. Burgess a plongé plus de 50 fois à cet endroit. Il a repéré les pièces tordues des navires, là où ils ont été atteints par une torpille. Il a aussi aperçu des effets personnels appartenant aux marins qui ont perdu la vie.

«Voir une chaussure gisant dans une salle de bain te laisse songeur. Est-ce qu’un de ces gars portait cette chaussure quand le bateau a coulé ?», se demande-t-il.

«Les plaques d’acier du navire sont pliées comme si elles étaient en pâte à modeler, ajoute le plongeur. On doit remercier son étoile chanceuse de ne pas être là lorsque l’explosion s’est produite.»

M. Burgess a également repéré des obus d’artillerie gisant sur le pont près du canon d’arrière d’un navire. Les bateaux transportant du minerai de fer des mines de l’île Bell jusqu’aux aciéries de Sydney, en Nouvelle-Écosse avaient été équipés de canons d’artillerie pour se protéger contre une attaque allemande.

Il estime qu’il y a environ 50 obus sur chaque épave.

Les plongées devraient se dérouler du 15 au 24 juillet. Les obus seront ensuite emportés vers un champ de tir situé à environ 45 minutes à l’ouest de St-Jean pour les faire exploser.

L’armée a ordonné une enquête en 2000 sur deux épaves, craignant que des plongeurs ne déclenchent accidentellement des explosions.

À la fin de la mission, l’endroit pourrait être sécurisé pour les explorateurs impatients qui visitent les épaves chaque année.

Les proches de ceux qui ont été impliqués dans cet épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale sont venus leur rendre hommage. Rick Stanley, d’Ocean Quest Adventures, raconte qu’il avait fait visiter les épaves à la fille de l’ingénieure en chef du Saganaga et à celle de Rolf Ruggerberg, le capitaine du sous-marin allemand qui avait coulé ce navire. Marita Collings a donné des objets appartenant à son père au musée de l’île Bell.

Il ne s’agit sans doute pas de la dernière mission de récupération de l’armée autour de l’île Bell. Des plongeurs locaux ont découvert en 2000 la partie principale d’une torpille allemande sans sa charge explosive.

M. Burgess dit qu’il retourne plonger à cet endroit parce qu’il y découvre toujours quelque chose. Selon lui, il serait utile de faire mieux connaître ce rare épisode de la Seconde Guerre mondiale à s’être déroulé en Amérique du Nord.

«C’est une partie très importante de notre patrimoine marin et de notre patrimoine militaire, à Terre-Neuve, souligne-t-il. Cela en vaudrait vraiment la peine qu’il y ait plus gens pour le voir et le comprendre.»