Des failles dans le guichet d’accès à un médecin de famille

Le Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF) présente des lacunes qui se traduisent notamment par de longs délais d’attente et une priorisation parfois inadéquate des personnes, conclut la Protectrice du citoyen dans un rapport publié mardi.

Mis en place en 2016 par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, pour favoriser l’accès à un médecin de famille, le GAMF a fait l’objet de plaintes et de signalements qui ont mené à une enquête de la Protectrice du citoyen, Marie Rinfret, et à la formulation de huit recommandations au ministère de la Santé.

La Protectrice du citoyen déplore que le formulaire d’enregistrement au GAMF ne comporte aucune question sur la médication, sur l’utilisation de services spécialisés ou sur le suivi de maladies chroniques, et qu’il ne dispose que d’un choix limité de réponses, de sorte que certains diagnostics ne sont pas mentionnés. 

«De l’avis même de 83% des coordonnateurs administratifs des GACO [guichets d’accès pour la clientèle orpheline], les problèmes de santé énumérés au formulaire ne sont pas suffisamment détaillés […], ce qui peut aller à l’encontre d’une priorisation adéquate des demandes», note Marie Rinfret dans son rapport. 

En outre, 13% des GACO (trois sur 24) n’offrent pas la possibilité de bénéficier d’une évaluation clinique lors de l’enregistrement au GAMF, faute de personnel infirmier, déplore la Protectrice du citoyen, qui recommande que le ministère de la Santé prenne «les moyens nécessaires afin que la priorisation des personnes enregistrées au GAMF reflète fidèlement leur état de santé».

Délai maximum de 60 jours

Marie Rinfret a également constaté que des personnes pouvaient attendre jusqu’à sept mois avant d’obtenir un premier rendez-vous après qu’elles se soient vues attribuer un médecin. Une situation préoccupante, surtout que ces personnes ne sont plus disponibles pour être attribuées à un autre médecin qui pourrait les prendre en charge plus rapidement, observe-t-elle. 

«De plus, ces personnes ne sont pas informées du nom du médecin qui leur a été attribué et ne peuvent donc pas communiquer avec celui-ci pour prendre rendez-vous ni pour faire était de changements à leurs conditions de santé», dénonce encore la Protectrice du citoyen, qui demande au ministère de faire en sorte que les personnes attribuées à un médecin soient réintroduites au GAMF à leur date d’enregistrement initiale si elles ne sont pas inscrites auprès de ce médecin dans un délai maximum de 60 jours. 

Autre constat: le partage géographique entre les territoires pour l’attribution d’un médecin de famille n’est pas «optimal». La Protectrice du citoyen note à cet effet que dans le Nord-de-l’Île-de-Montréal, le taux d’inscription à un médecin de famille n’est que de 63,5%, alors qu’il est de 91,3% dans la région de Chaudière-Appalaches. 

Actuellement, un médecin n’a pas l’obligation de recourir au GAMF pour recruter ses patients, rappelle-t-elle. «La participation volontaire des médecins est soulignée comme étant problématique par les GACO, qui se disent impuissants face au refus de certains médecins de collaborer à la prise en charge de nouveaux patients», souligne Marie Rinfret, qui pointe la région de Montréal comme étant «la plus problématique» à cet égard. 

La Protectrice du citoyen rappelle que «le régime public est universel» et que «la loi prévoit que toute personne a le droit de recevoir des services de santé et des services sociaux».

Interpellé par la péquiste Diane Lamarre pendant la période de questions de l’Assemblée nationale, le ministre Barrette s’est dit d’avis que «le guichet fonctionne». 

«Oui, il y a des choses à améliorer. Nous avons suggéré à la Protectrice de nous rencontrer, mais, malheureusement, cette rencontre n’a pas eu lieu. Nous aurions pu lui expliquer que nous sommes en train de faire des ajustements, qui étaient déjà prévus puisque nous avions déjà constaté certaines choses à améliorer», a dit le ministre de la Santé, qui s’est engagé à suivre les recommandations de la Protectrice du citoyen «puisque ce sont des éléments sur lesquels on travaillait déjà». 

Quant aux échéanciers fixés par Marie Rinfret, juin pour la majorité des recommandations et septembre pour les autres, le ministre a indiqué que «ce qui est faisable sera fait dans les délais requis». 

+

GAMF ET GACO

Entre GAMF et GACO, vous y perdez votre latin? Pour la petite histoire, les Guichets d’accès pour la population orpheline (GACO) ont été implantés en 2008 pour augmenter l’accès aux services médicaux de première ligne. En avril 2016, dans le cadre d’une révision en profondeur du fonctionnement des GACO, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé la création du Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF), un système informatique centralisé qui gère les demandes d’inscription à un médecin et qui est administrées par la Régie de l’assurance maladie du Québec. Ce sont toutefois les 24 GACO qui continuent d’offrir le service d’aide et d’accompagnement pour toute personne à la recherche d’un médecin de famille

Source: Protectrice du citoyen