Dans la Baie-des-Chaleurs, les cerfs se tiennent de plus en plus en milieu péri-urbain, ce qui occasionne de plus en plus de collisions.

Des carrossiers débordés à cause des chevreuils

Il y a tellement de chevreuils dans la Baie-des-Chaleurs qu’à certaines périodes, les carrossiers ne suffisent plus à la tâche pour réparer la tôle froissée à la suite des impacts entre véhicules et cervidés. En 2017, sur les 180 kilomètres séparant Matapédia de Port-Daniel, au moins 600 automobilistes ont heurté un «bambi».

La hausse est fulgurante depuis 2011, alors que 235 collisions avaient été répertoriées dans cette zone de la Baie-des-Chaleurs. Le nombre de collisions avait presque doublé, à 461, entre 2011 et 2014, et il continue de croître, compte-tenu de la dernière hausse de 38 %.

«C’est plus tranquille en hiver, mais je dirais que ça représente entre 30 et 40 % de mon volume de travail. Avant, on en voyait un par lune, un chevreuil; maintenant, c’est tout le temps», précise Patrick Cyr, de Cyr Débosselage, de Caplan.

À l’Atelier de débosselage de Carleton, Carol Fugère voit un peu moins de collisions avec des cervidés, puisqu’elles comblent 25 % de son travail. Comme M. Cyr, il souligne que l’impact se fait sentir chez tous les clients.

«On a réparé une Subaru endommagée pour 20 000 $ à cause d’un chevreuil. Ces véhicules ne roulent pas. Nous sommes obligés de les traiter en priorité, ce qui fait que les clients avec des cas moins urgents vont attendre d’un mois et demi à deux mois avant de passer à l’atelier», dit M. Fugère.

La hausse du nombre de cerfs de Virginie — ils sont près de 10 000 — et leur proximité des milieux habités incitent un nombre croissant de citoyens à réclamer la réduction du cheptel. Le député de Bonaventure à l’Assemblée nationale, Sylvain Roy, et le président de la Fédération des chasseurs et pêcheurs de la Gaspésie, Alain Poitras, sont du nombre.

«Il faut absolument que le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs créent une sous-zone de la zone 1, dans la Baie-des-Chaleurs et qu’il rétablisse un tirage au sort pour la chasse au chevreuil sans bois […] Cette mesure n’aurait donc pas d’impact ailleurs en Gaspésie, où il y a moins de chevreuils», précise M. Poitras.

Sécurité en jeu

Le député Roy dit que le surnombre de cerfs constitue «un enjeu de sécurité pour les automobilistes, un enjeu de sécurité pour les citoyens, à cause des cow-boys qui chassent de plus en plus près des maisons, et un enjeu pour les agriculteurs, parce que des récoltes sont détruites par les chevreuils».

À New Richmond, Vital Normandeau précise que des coups de feu ont été tirés près de sa maison, située dans un quartier. «Ma conjointe est sortie de la maison un matin et ça a tiré tellement proche qu’elle s’est agenouillée.»

À Matapédia, Daniel Bélanger a recueilli 1200 signatures entre les villages de l’Ascension et de Pointe-à-la-Croix le printemps passé afin de faire bouger le gouvernement du Québec. Sa démarche suivait 20 collisions sur une portion très courte de la route 132. «J’ai reçu une fin de non-recevoir. Est-ce qu’il faut attendre que quelqu’un se fasse tuer avant que ça bouge?»

«Ce qu’on observe au gouvernement, c’est une lourdeur. Est-ce budgétaire ou est-ce un manque de volonté?» se demande Marc Tétreault, directeur de l’UPA Gaspésie-les-Îles.

Alain Poitras craint que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs «attende la fin du plan de gestion en 2019 avant de bouger».

Sylvain Roy croit que l’austérité a grandement réduit la capacité d’action du ministère. «Le nombre d’embauches est atrophié. Ils appliquent le principe de précaution extrême dans l’ensemble des processus de gestion de la faune parce que c’est plus simple.»

L’arrêt de la chasse au cerf pendant neuf ans à partir de 1992 pourrait être un facteur expliquant l’immobilisme des autorités, croit aussi Alain Poitras.