Dorénavant, il ne sera plus possible de faire comme cet homme qui pagaie près d'un béluga.

Des bélugas enfin tranquilles

Il est désormais interdit de s’approcher à moins de 400 mètres d’un béluga et de toute espèce en péril dans l’estuaire du Saint-Laurent. Une décision qui met pour ainsi dire fin à son observation récréative.

Cette nouvelle disposition s’imbrique dans une série de mesures adoptées par Pêches et Océans Canada (POC), lesquelles sont entrées en vigueur mercredi.

La distance de 400 mètres devait déjà être respectée dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Avec les changements apportées au Règlement sur la protection des mammifères marins, c’est désormais tout l’estuaire, «l’habitat essentiel du béluga en voie de disparition», qui est visé. Outre le mammifère blanc, dont il resterait moins de 900 individus dans le Saint-Laurent, le rorqual bleu et la baleine noire sont protégées par ces mêmes conditions puisque considérées comme en péril. Pour tous les autres mammifères marins, la distance à respecter est établie à 200 mètres dans le parc marin et de 100 mètres partout ailleurs au Canada.   

Tous les types d’embarcation sont soumis à la réglementation, de la simple chaloupe au kayak en passant par le voilier ou le bateau pneumatique, qu’ils soient pilotés par des professionnels ou des plaisanciers. Même un simple nageur pourrait recevoir une amende — qui pourrait atteindre 100 000 $ dans les cas extrêmes — pour avoir «importuné un mammifère marin».

La notion «d’importuner» est désormais précisée dans le règlement. «Le nourrir; nager ou interagir avec lui; le forcer à se déplacer; le séparer de son groupe ou se placer entre une femelle et son petit; piéger des mammifères marins entre un navire et le rivage, ou entre des bateaux; l’étiqueter ou le marquer» constitue une faute. 

35 ans d’attente

Pour Robert Michaud, directeur scientifique et président du Groupe de recherches et d’études sur les mammifères marins (GREMM), il s’agit d’une «excellente nouvelle», quoiqu’un peu tardive, lui qui entend «cette promesse» depuis 35 ans. Le cadre réglementaire viendra selon lui minimiser la récurrence des dérangements des bêtes, l’un des principaux problèmes sur un fleuve où l’activité est croissante.  

M. Michaud a salué la simplicité de l’approche de POC. «L’élément clé, c’est la distance. [...] La puissance du règlement, c’est sa compréhension du public. Je suis très heureux qu’ils aient adopté cette stratégie-là. Ça prend un règlement simple», a-t-il commenté. 

Selon M. Michaud, on vient d’une certaine manière de mettre complètement fin à l’observation des bélugas dans l’estuaire, une pratique qui était déjà moins courante en vertu d’une «entente de principe» qui date «d’il y a 30 ans», selon laquelle le béluga «n’était plus une espèce ciblée» par les compagnies de croisières.

Regroupées sous l’Alliance Éco-Baleine, des entreprises comme Croisières AML et Les écumeurs du Saint-Laurent concentraient leurs activités sur d’autres espèces, comme le rorqual commun ou le rorqual à bosses. Mais certaines entreprises ne sont pas membres, a rappelé M. Michaud. Le règlement vient selon lui mettre fin à toute tentation. «En appliquant 400 mètres, on ne fait plus d’observation des bélugas.»  

Dans le parc marin, l’industrie a «adhéré» au principe du 400 mètres et du respect d’une certaine distance pour la dizaine d’espèces présentes, a-t-il précisé. 

Outre le béluga, la réglementation touche également l’épaulard, dans l’Ouest du pays. Il sera désormais interdit de s’en approcher à moins de 200 mètres. 

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DISTANCES À RESPECTER

400 mètres: pour les espèces menacées ou en voie de disparition, de baleines, de dauphins et de marsouins, qui vivent dans l’estuaire du Saint-Laurent (béluga, rorqual bleu, baleine noire) 

200 mètres: pour toutes les populations d’épaulards vivant en Colombie-Britannique et dans l’océan Pacifique 

200 mètres: pour l’ensemble des baleines, dauphins et marsouins qui vivent dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent

Source: Pêches et Océans Canada