Albert Roy (au centre) n'avait que 20 ans lorsqu'il a pris part au débarquement de Normandie.

Des anciens combattants canadiens retournent sur les lieux du débarquement de Normandie

OTTAWA — Albert Roy, originaire de Saint-Jean-Baptiste au Manitoba, n'avait que 20 ans lorsque les troupes canadiennes, américaines et britanniques sont débarquées sur les plages de la Normandie pour tenter de libérer l'Europe du contrôle nazi.

Ce mitrailleur antiaérien n'était pas dans la première vague du 6 juin 1944. Il a passé une bonne partie du premier mois de l'invasion à attendre pour poser le pied au sol. Peu de temps après son atterrissage en juillet 1944, cependant, la tragédie a frappé.

L'unité de M. Roy passait dans la ville de Caen, où il a aperçu un bombardier Lancaster ouvrir ses portes.

«J'ai crié : "Hé, allons dans les tranchées. Il ne vise pas correctement"», s'est souvenu l'ancien militaire âgé maintenant de 95 ans. «J'ai pu aller dans ma tranchée, mais nous avons été touchés par les éclats d'obus.»

Éclat dans la jambe

Cet éclat a déchiré le livret militaire de M. Roy, qu'il rapporte en France cette semaine. Ce carnet n'est pas la seule chose qu'il aura avec lui : il transporte aussi une partie d'éclat dans sa jambe et il a la tête pleine de souvenirs.

«La pire chose que j'ai vécue pendant la guerre a été les bombardements amis, parce que j'ai perdu beaucoup de mes amis», a déclaré M. Roy.

Jeudi, M. Roy sera parmi les dizaines de Canadiens qui retourneront sur la célèbre «Juno Beach» pour commémorer les 75 ans du jour J, le début des débarquements de Normandie.

Le premier ministre Justin Trudeau et ses homologues des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France seront également présents et exprimeront la reconnaissance éternelle de leurs nations envers les hommes et les femmes qui ont tant sacrifié pour la liberté.

M. Trudeau a quitté le Canada mardi soir pour participer à plusieurs jours de commémorations.

Les événements commenceront mercredi dans la ville britannique de Portsmouth, où des milliers de soldats alliés étaient embarqués pour faire le voyage vers la France. Les commémorations atteindront leur point culminant jeudi - le jour exact du débarquement.

Cette journée-là, 14 000 Canadiens étaient débarqués à «Juno», se battant aux côtés des Britanniques et des Américains pour vaincre le mur de l'Atlantique de Hitler.

Plus de 1000 Canadiens ont été tués, blessés ou capturés au jour J et au cours des deux mois suivants, ce bilan a grimpé à 5000 alors que les alliés peinaient à gagner la bataille.

Joseph Edwardson faisait partie de ceux qui ont débarqué ce jour-là. Il s'était enrôlé avec plusieurs autres jeunes hommes de la communauté d'Oskelaneo, dans le nord du Québec, et s'était retrouvé avec les Royal Regina Rifles.

Initialement prévu pour le 5 juin, le jour J a été reporté d'un jour à cause du mauvais temps. La mer a néanmoins été extrêmement agitée le 6 juin lorsque les péniches de débarquement transportant M. Edwardson et les autres Canadiens sont arrivées en France.

«L'océan relevait ces péniches de débarquement et les déplaçait près ou même au-dessus des (mines sous-marines allemandes) et les faisait sauter», s'est souvenu M. Edwardson, qui vit maintenant à Sarnia, en Ontario.

«Nous sommes donc restés un peu plus loin des mines. Et là, nous avons baissé les rampes et les gars ont sauté dans l'eau et ont commencé à se diriger vers la côte», a-t-il ajouté.

Comme de nombreux anciens combattants survivants, M. Edwardson est retourné à plusieurs reprises en Normandie. Ce qui le frappe à chaque fois est le calme qui y règne, ce qui contraste vivement avec les tirs, les explosions et les hurlements du jour J.

M. Roy, de son côté, y retourne pour la première fois, si on ne tient pas compte d'une visite effectuée avec sa femme lors d'un séjour en Europe. En fait, il n'a pas vraiment parlé de son expérience de la guerre avec sa famille jusqu'à récemment - les blessures étaient trop profondes.

«Quand je suis rentré à la maison, j'ai décidé d'oublier la guerre et je me suis bien débrouillé, a-t-il raconté. Mes enfants n'ont jamais rien entendu de la guerre (...) Ce n'est pas quelque chose dont on veut se souvenir. Quand vous voyez des gens allongés au sol, cela vous affecte vraiment.»