Le réalisateur Denis Villeneuve a confié qu'il se sentait plus à l'aise à présenter des réalités qui se passent ailleurs dans le monde — ou dans un autre espace-temps — plutôt que de parler spécifiquement d'enjeux québécois.

Denis Villeneuve, le «contraire de Dolan»

MONTRÉAL — Le cinéaste Denis Villeneuve affirme qu'il fera probablement un autre film québécois dans sa carrière, mais il avoue avoir une certaine «peur» à l'idée d'aborder directement des sujets québécois, se décrivant comme le «contraire de Xavier Dolan».

«Je me rends compte que, moi, j'ai une force à évoluer dans un certain imaginaire et dans la culture de quelqu'un d'autre. D'arriver dans ma propre culture, j'ai comme une peur», a-t-il soutenu devant plus de 1000 personnes venues l'écouter dimanche après-midi au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts à Montréal.

Le réalisateur québécois de renommée internationale a livré ses réflexions sur son parcours et ses projets d'avenir lors d'une séance de questions-réponses organisée à l'occasion des Rendez-vous Québec Cinéma.

Denis Villeneuve a confié à l'animatrice Marie-Louise Arsenault qu'il se sentait plus à l'aise à présenter des réalités qui se passent ailleurs dans le monde — ou dans un autre espace-temps — plutôt que de parler spécifiquement d'enjeux québécois.

«J'ai fait neuf longs-métrages, et j'ai été capable de faire un film là-dessus qui parle du Québec», a-t-il souligné, faisant référence à Polytechnique, un film paru en 2009 qui portait sur la tuerie survenue à l'École Polytechnique de Montréal en 1989.

Cela n'empêche pas que tous ses films soient empreints d'une «sensibilité» québécoise, selon le cinéaste, qui a avoué se sentir «imposteur» de participer à un festival sur le cinéma québécois.

«On me demandait hier encore : "Est-ce que tu vas revenir faire des films au Québec?". Moi, je pense que oui, j'espère. Mais il y a comme une pudeur à se rapprocher de moi», a-t-il souligné.

«Je me sens étrangement chez moi [à Hollywood]. De travailler dans cet espace-là, c'est un espace où je ne me sens pas aliéné», a-t-il ajouté.

M. Villeneuve dit aussi apprécier le fait que les moyens soient plus grands aux États-Unis, ce qui est important dans le cas des films de science-fiction, qui nécessitent des budgets faramineux.

Aucun regret sur Blade Runner

Pendant la discussion d'environ 90 minutes, le réalisateur a aussi confié qu'il ne «regrettait rien» de l'aventure de Blade Runner 2049, qui a été encensé par la critique, mais qui n'a pas fait courir les foules au cinéma.

La longueur du film, qui dure plus de 2h40, avait d'ailleurs été critiquée par le cerveau du premier film de la série, Ridley Scott.

«Ça a été un privilège pour moi, d'avoir pu faire ce film. Je n'ai aucun regret, pour le meilleur et pour le pire. Et je sais que les gens qui ont produit le film pensent la même chose», a-t-il soutenu.

«C'est beaucoup de pression, ça vient un peu fou, alors moi je me dis que si je refais un film de cette ampleur-là, je ne peux pas penser à ça. Tu fais le meilleur film que tu peux et tu te déconnectes de cette réalité-là.»

Blade Runner 2049 est en lice pour cinq prix à la cérémonie des Oscars, qui sera présentée la semaine prochaine à Los Angeles. Denis Villeneuve n'est toutefois pas en nomination dans la catégorie réalisation et le long métrage n'apparaît pas dans la catégorie du meilleur film.

Relation avec les acteurs

Le réalisateur québécois a aussi abordé la relation qu'il entretient avec ses acteurs pendant un tournage. Il dit être très à l'écoute de ce que les acteurs lui proposent, surtout depuis qu'il a réalisé Sicario.

Les spectateurs ont pu apprendre que la dernière scène poignante du film avait été pensée par l'acteur Benicio del Toro, qui a parfois de «grandes idées», mais aussi par moment des «idées épouvantables», a souligné Denis Villeneuve avec un large sourire.

Mais cette fois-là, Benicio del Toro a proposé une idée intéressante, qui est devenue la scène préférée de son réalisateur. «Cette scène-là, c'est une scène qui a été une grande leçon d'humilité pour moi», a-t-il soutenu.

«C'est une scène qu'on a développée à quatre», a-t-il ajouté, soulignant la contribution des acteurs Benicio del Toro et Emily Blunt et du directeur de la photographie, Roger Deakins.

Il a aussi parlé de sa relation privilégiée avec l'acteur américain Jake Gyllenhaal, avec qui il a expérimenté plusieurs choses en tournant Ennemi. Une scène — qui a été présentée aux spectateurs, dimanche — a nécessité 65 prises, a relaté le réalisateur.

À l'avenir, Denis Villeneuve espère prendre plus de temps pour réaliser ses films. Il est plongé en ce moment dans le projet Dune, un film de science-fiction.

«Si tout fonctionne [avec Dune], c'est deux ans de ma vie, minimum. L'objectif, c'est peut-être de faire deux films, donc ça va être trois ou quatre ans de ma vie», a-t-il expliqué.

«Il y a d'autres projets après, mais j'essaie de faire attention de prendre un projet à la fois.»