Denis Shapovalov, à la Coupe Rogers à Montréal, en août

Denis Shapovalov, athlète canadien de l’année

Aucun athlète n’a autant attiré l’attention au Canada en 2017 que Denis Shapovalov.

L’incroyable progression du jeune joueur de 18 ans au classement ATP lui vaut le trophée Lionel Conacher décerné par La Presse canadienne à l’athlète masculin de l’année.

Shapovalov a récolté 20 des 64 votes (31 %) au scrutin mené auprès de commentateurs et de responsables des sections sportives des médias à travers le pays.

Il a devancé le capitaine Sidney Crosby, qui a guidé les Penguins de Pittsburgh à une deuxième coupe Stanley d’affilée, par un seul vote. Le frappeur de puissance Joey Votto des Reds de Cincinnati a terminé au troisième rang avec 17 pour cent des votes.

«Franchement, je suis quelque peu dépassé d’obtenir cet immense honneur, a avoué Shapovalov lors d’une entrevue téléphonique depuis la Floride où il s’entraîne. Il y a tellement d’athlètes canadiens qui le méritent. Honnêtement, ça me motive à continuer à travailler dur. Je suis très heureux.»

C’est la troisième fois en cinq ans que l’honneur est attribué à un joueur de tennis. Milos Raonic, toujours le Canadien le mieux classé au 24e rang malgré une saison écourtée par les blessures, l’avait remporté en 2013 et 2014.

Shapovalov suit les traces de Roanic. Il a entrepris l’année à la 250e position du classement mondial, mais il s’est hissé jusqu’au 49e rang après ses formidables performances à la Coupe Rogers à Montréal et aux Internationaux des États-Unis à New York. Il conclut l’année au 51e échelon.

Il est considéré comme une vedette montante avec le potentiel de percer le top 10 et même le top 5 mondial.

Mais ce qui a retenu l’attention des participants au scrutin, c’est autant son style et son sens du moment opportun que son talent. Le gaucher à la tignasse blonde et au revers à une main a captivé le pays lorsqu’il a bénéficié d’une invitation pour participer à la Coupe Rogers au mois d’août où il a connu un parcours spectaculaire.

Au deuxième tour, il a signé une victoire en deux manches aux dépens de Juan Martin del Potro, le champion 2009 des Internationaux des États-Unis, et il a enchaîné en disposant de Rafael Nadal, vainqueur de 15 manches du Grand Chelem, après avoir perdu la première manche. Il a de nouveau comblé un déficit d’un set en quarts de finale contre Adrian Mannarino pour devenir le plus jeune joueur à accéder aux demi-finales d’un Masters 1000 avant de s’incliner face à un autre prodige de la prochaine génération, Alexander Zverev.

«C’était complètement fou, s’est rappelé Shapovalov. J’étais fier de jouer chez moi, d’avoir l’appui de tout le pays.

«Honnêtement, c’était une semaine de rêve. J’y ai rêvé toute ma vie. Si tout va bien, dans les années à venir, je pourrais remporter le trophée de la Coupe Rogers. C’est une chose que j’ai toujours voulu faire.

«Je suis passé par toute la gamme des émotions pendant cette semaine-là. Tout s’est mis en place au bon moment. Je devais être à mon mieux, ce que j’ai été capable de faire. C’est une semaine qui a changé beaucoup de choses dans ma vie. Une semaine que je n’oublierai jamais et je souhaite bâtir là-dessus pour continuer à progresser.»

Shapovalov a poursuivi sur sa lancée aux Internationaux des États-Unis trois semaines plus tard alors qu’il a franchi avec succès les qualifications et a poursuivi son parcours jusqu’au quatrième tour, défaisant au passage Jo-Wilfried Tsonga, 12e joueur mondial, avant de s’incliner face à Pablo Carreno Busta à son septième match de la quinzaine.

Mais le tournant de sa saison s’est produit bien avant tout ça. Shapovalov s’est présenté au tournoi sur gazon du Queen’s Club à Londres juste avant Wimbledon en juin.

«C’était l’un de mes premiers tournois au circuit ATP et j’ai sauvé une balle de match en qualifications, accédé au tableau principal, vaincu Kyle Edmund au premier tour et poussé Tomas Berdych, qui est un incroyable joueur, à la limite de trois manches, a-t-il relaté. Ça m’a vraiment procuré la confiance que je peux rivaliser avec les meilleurs au monde.

«Après ça, il s’agissait d’avoir de nouveau l’opportunité de jouer sur une grande scène. Et effectivement, à l’occasion suivante à la Coupe Rogers, j’ai été en mesure d’offrir du grand tennis.»

Shapovalov avait plus tôt cette année défrayé les manchettes pour les mauvaises raisons lors du match décisif de premier tour de la Coupe Davis contre la Grande-Bretagne, en février. Insatisfait de son jeu lors du match décisif, il a frappé une balle qui a atteint accidentellement l’arbitre Arnaud Gabas directement dans l’oeil, entraînant la disqualification du Canada. Il s’est excusé, jurant avoir retenu la leçon, et a été mis à l’amende.

Il s’est racheté en gagnant les deux simples lors de la confrontation contre l’Inde en septembre pour permettre au Canada de conserver sa place dans le groupe mondial.

Ceux qui ont suivi la jeune carrière de Shapovalov ne sont pas surpris de ses succès. Il a remporté le double junior des Internationaux des États-Unis en compagnie du Montréalais Félix Auger-Alliassime en 2015 et le titre junior à Wimbledon en 2016. Il a gagné des tournois Challengers et Futures avant de rejoindre les meilleurs joueurs de sa profession.

Il est maintenant en position d’entrer directement dans plus de tournois ATP et espère poursuivre sa progression. Son objectif pour 2018 est de se hisser parmi le top 25.

Le sprinter Andre De Grasse a mérité le trophée Conacher l’année dernière.

L’identité de la lauréate du trophée Bobbie Rosenfeld remis par La Presse canadienne à l’athlète féminine de l’année sera annoncée mercredi. Le lendemain, ce sera au tour de l’équipe de l’année.

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RÉPARTITION DU SCRUTIN

Denis Shapovalov, tennis: 20

Sidney Crosby, hockey: 19

Joey Votto, baseball: 11

Connor McDavid, hockey: 4

Mikael Kingsbury, ski acrobatique: 3

Alex Harvey, ski de fond: 2

Alphonso Davies, soccer: 1

Andre De Grasse, athlétisme: 1

Erik Guay, ski: 1

Mark McMorris, surf des neiges: 1

Georges St-Pierre, arts martiaux mixtes: 1

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LEDECKY, ATHLÈTE DE L'ANNÉE AUX ÉTATS-UNIS

La nageuse Katie Ledecky

Katie Ledecky s’est mise à la natation pour se faire de nouveaux amis. Certains de ceux qu’elle a rencontrés alors qu’elle n’avait que 6 ans le sont toujours aujourd’hui. Ce qui a changé, c’est que Ledecky est la meilleure de sa profession, et maintenant l’athlète féminine de l’année 2017 selon l’Associated Press.

L’Américaine a gagné cinq médailles d’or et une d’argent aux derniers Championnats du monde, à Budapest, poursuivant ainsi son ascension amorcée avec une médaille d’or surprise aux Jeux olympiques de Londres, en 2012. Cette performance dominante en Hongrie lui a permis de trôner au sommet du scrutin mené par l’agence américaine auprès des éditeurs et rédacteurs en chefs des salles de presse du sud de la frontière.

Ledecky a reçu 351 points, huit de plus que la joueuse de tennis Serena Williams, qui a mis la main sur son 23e titre du Grand Chelem aux Internationaux d’Australie, un record de l’ère moderne. La vedette de l’athlétisme Allyson Felix a pris le troisième rang, avec 248 points.

En 2016, Ledecky avait terminé au deuxième rang, derrière la gymnaste Simone Biles.

L’athlète masculin de l’année de l’Associated Press sera divulgué mercredi.

Ledecky est la huitième nageuse à remporter cet honneur, la première depuis Amy Van Dyken en 1996. Parmi les autres lauréates, il y a eu Debbie Meyer, en 1969. Aux derniers JO de Rio de Janeiro, Ledecky a répété l’exploit de Meyer en balayant les 200, 400 et 800 m style libre.

«Il y a vraiment une grande histoire en natation style libre chez les dames, a dit Ledecky au sujet des précédentes gagnantes du titre de l’Associated Press. Je m’inspire vraiment de leurs accomplissements.»

Elle est devenue la première athlète universitaire active à remporter le titre depuis la basketteuse Rebecca Lobo, en 1995, alors qu’elle portait les couleurs de l’Université du Connecticut. À sa deuxième année à Stanford, Ledeceky hésite toujours entre une majeure en psychologie ou en sciences politiques. Elle adore sa vie sur le campus, où elle réside en compagnie de cinq autres nageuses.

«De demeurer dans un environnement universitaire ajoute au plaisir, dit-elle. D’être avec ses coéquipiers, de se préparer aux Championnats de la NCAA, d’avoir cet objectif d’équipe est très amusant.»

Pas tout à fait à mi-chemin des Jeux de Tokyo, en 2020, Ledecky les a déjà bien en tête. Mais comme Phelps, l’athlète de Bethesda, au Maryland, n’a jamais révélé publiquement ses cibles, ni en temps, ni en position finale.

«Je me fixe des objectifs élevés. C’est toujours ce qui m’a motivée», affirme-t-elle.

Bien qu’elle vive constamment en quête de résultats, Ledecky apprécie les heuts et les bas de l’aventure, chose qu’elle a apprise entre Londres et Rio. Mais son sourire et son attitude amicale cachent une féroce compétitrice, toujours en train de planifier pour vaincre ses adversaires et gagner des fractions de seconde sur elles.

«Je sais que quatre ans passent très rapidement, explique Ledecky. Je veux faire tout ce que je peux pour garder le haut du pavé.»  AP