Suprême ironie, c'est en ce lundi 1er avril que le site spécialisé en parodies de nouvelles «Journal de Mourréal» s'est retrouvé devant la juge Micheline Perrault de la Cour supérieure, pour se défendre contre Média QMI, la filiale du conglomérat qui gère le Journal de Montréal.

Début du procès opposant Québecor au site satirique «Journal de Mourréal»

MONTRÉAL — Québecor maintient que le site satirique «Journal de Mourréal» détériore sa marque et la crédibilité du Journal de Montréal en entretenant la confusion entre l'information professionnelle vérifiée et le canular, la fausse nouvelle et la satire.

Suprême ironie, c'est en ce lundi 1er avril que le site spécialisé en parodies de nouvelles s'est retrouvé devant la juge Micheline Perrault de la Cour supérieure, pour se défendre contre Média QMI, la filiale du conglomérat qui gère le Journal de Montréal.

Même si Québecor est celle qui poursuit le site satirique du «Journal de Mourréal», son avocat a ouvert sa cause en se défendant de s'en prendre à la liberté d'expression.

Dans ses remarques d'ouverture, Me Marek Nitoslawski a immédiatement centré la cause sur l'usage de la marque de commerce du Journal de Montréal, reprochant au site satirique de l'avoir «appropriée, déformée de façon servile» dans le seul but de s'appuyer sur sa notoriété pour générer des visionnements et, donc, des revenus.

Tant le logo du site satirique que son adresse Internet — ce qui est appelé l'URL — sont identiques à ceux du Journal de Montréal à l'exception de deux lettres qui ont été changées pour créer le mot «Mourréal».

Premier témoin appelé à la barre, le vice-président aux contenus numériques de Québecor, Mathieu Turbide, est venu présenter au tribunal des courriels de lecteurs envoyés au Journal de Montréal pour se plaindre de la publication de fausses informations, alors que celles-ci visaient des articles du «Journal de Mourréal».

«Si cette personne nous pose cette question, c'est qu'elle pense que la nouvelle vient de chez nous», a fait valoir le témoin après avoir lu un courriel d'une lectrice se demandant pourquoi le Journal de Montréal publiait une fausse nouvelle.

Il a également présenté une série de captures d'écran de Facebook où des gens s'en prenaient au Journal de Montréal, le qualifiant de «feuille de chou» et autres épithètes moins polies sous des publications ou des partages du «Journal de Mourréal».

«Pour nous il y a un risque assez évident de confusion et ensuite, après la confusion, une dégradation de la marque», a avancé le gestionnaire.

«À partir du moment où les gens commencent à avoir un doute que quand ils lisent nos contenus, que ce n'est pas nécessairement vérifié ou ce n'est pas vrai, [...] il y a une atteinte à la réputation et à la crédibilité de notre marque», a insisté M. Turbide, ajoutant qu'il était clair dans son esprit que «des gens sont sortis avec une opinion négative du Journal de Montréal à la suite de la consultation de ces contenus».

Une pente à remonter depuis longtemps

Mathieu Turbide n'a pas hésité, d'ailleurs, à reconnaître que le Journal de Montréal a déjà une pente à remonter en termes de crédibilité, et ce, depuis longtemps, «étant un tabloïd à la base avec parfois une réputation historique qui n'est pas méritée».

«On se bat contre ça depuis des décennies. Le Journal de Montréal, c'est une salle de rédaction de 100 personnes, c'est un bureau d'enquête, le plus important bureau de journalistes d'enquête au Québec, ce sont des nouvelles très sérieuses qui font très souvent l'actualité un peu partout, qui retentissent un peu partout, jusqu'au parlement.»

Selon lui, lorsque les gens trouvent un contenu déplacé, faux, vulgaire ou insensé et l'attribuent erronément au Journal de Montréal à cause de confusion provoquée par le site satirique, «lorsqu'ils vont voir des contenus provenant du Journal de Montréal, le vrai, ils ne viendront pas lire. Ils vont se dire que ce journal est rendu à publier n'importe quelle niaiserie pour attirer des clics.»

Mathieu Turbide avait amorcé son témoignage en rappelant qu'il est devenu très difficile pour un média de se différencier sur le Web avec la multiplication des sources d'information qu'on y trouve et qu'à une époque où se multiplient les fausses nouvelles, le nom d'une source devient très important puisqu'il rassure les internautes quant à la provenance de l'information.

Une simple affaire de marque de commerce

D'entrée de jeu, Me Nitoslawski avait mis en preuve que le site satirique avait modifié son propre logo pour maintenir l'apparence de celui du Journal de Montréal à peine deux jours après que ce dernier eut modifié le sien, le 1er octobre 2013.

L'avocat a répété que la cause n'en était pas une de liberté d'expression comme le soutient le défendeur, Janick Murray-Hall, l'un des deux responsables du site satirique, qui se défend lui-même, mais bien d'usage illégal d'une marque de commerce.

Il a insisté sur le fait que Média QMI est «pour la liberté d'expression [...], n'est pas contre la parodie [...] ne veut pas taire la satire et encore moins fermer le site» du «Journal de Mourréal».

L'avocat a fait valoir qu'il y a de nombreux sites de parodie et de satire et que ceux-ci n'utilisent pas de marque de commerce appartenant à quelqu'un d'autre.

Fait à noter, les données fournies par les responsables du «Journal de Mourréal» démontrent que celui-ci a recueilli 53 550 $ de 2013 à 2019 en revenus publicitaires avec le site.

Durant son témoignage, Mathieu Turbide a aussi fait valoir qu'il en coûte «des millions de dollars» annuellement pour faire la promotion du Journal de Montréal.

La Cour a prévu six jours pour l'audition de la cause.

Janick Murray-Hall et son collègue Olivier Legault, qui ont créé le site satirique, avaient laissé entendre qu'ils se présenteraient déguisés en Cour. M. Murray-Hall, qui est assis à la table de la défense, s'est plutôt présenté en jeans et chemise par-dessus un t-shirt, mais son collègue Olivier Legault, qui est assis dans la salle avec le public, porte un smoking.