Au 31 décembre 2019, quelque 345 médecins de famille québécois ne participaient pas au régime public.

De plus en plus de médecins quittent le régime public

Le nombre de médecins de famille et de médecins spécialistes non participants au régime public est en constante augmentation au Québec depuis cinq ans, selon les données transmises au Soleil par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).

Au 31 décembre 2019, quelque 345 médecins de famille québécois ne participaient pas au régime public, contre 262 au 1er janvier 2015. À peu près toutes les régions socio-sanitaires ont vu leur nombre d’omnipraticiens désaffiliés augmenter de façon constante ou quasi-constante depuis cinq ans.

Davantage à Montréal

C’est évidemment dans la région de Montréal qu’on retrouve le plus de médecins de famille non participants à la RAMQ, avec 91 médecins désaffiliés en 2019, contre 63 en 2015. Suit la Montérégie, où le nombre d’omnipraticiens désaffiliés est passé de 51 à 68 en cinq ans. 

Dans la région de la Capitale-Nationale, le nombre d’omnipraticiens non participants à la RAMQ est passé de 28 en 2015 à 37 en 2019, alors que dans Chaudière-Appalaches, il est passé de 6 à 10.

La même tendance s’observe pour les médecins spécialistes, qui sont aussi plus nombreux à tourner le dos à l’État. Au 31 décembre dernier, 183 médecins spécialistes ne participaient au régime public, alors qu’ils n’étaient que 77 au 1er janvier 2015. 

Là aussi, c’est dans la région de Montréal qu’on retrouve le plus de spécialistes médecins désaffiliés, avec 91 en 2019, contre 43 en 2015. Dans la région de la Capitale-Nationale, le nombre de médecins spécialistes non participants au régime public se maintient entre six et neuf depuis cinq ans. 

Le Soleil a par ailleurs demandé à la RAMQ le nombre de médecins de famille et de médecins spécialistes pratiquant pour le compte d’organismes gouvernementaux, mais les seules données qu’elle possède sont celles qui concernent les médecins qui ont facturé au moins un service en lien avec la CNESST, nous a expliqué la porte-parole, Caroline Dupont.

Ces données révèlent que de plus en plus de médecins québécois, omnipraticiens comme spécialistes, rendent des services médico-administratifs reliés à la CNESST. En 2019, 8438 omnipraticiens et 2869 spécialistes ont rendu de tels services, contre respectivement 7769 et 2702 en 2015.

La RAMQ précise qu’«on y retrouve des médecins qui font de la prise en charge de patients, mais également des médecins qui n’effectuent pas de prise en charge, comme par exemple des médecins qui œuvrent à 100 % en urgence au sein d’un établissement, mais qui pourraient être amenés à remplir un formulaire pour la CNESST». 

Expertise «lucrative»

Selon les données du Collèges des médecins du Québec (CMQ), 1640 médecins (omnipraticiens et spécialistes) ont déclaré faire de la médecine d’expertise dans leur avis de cotisation annuelle 2019. Dans une entrevue qu’il nous avait accordée l’automne dernier, le secrétaire du CMQ, le Dr Yves Robert, disait estimer à quelques dizaines, «entre 100 et 200», le nombre de médecins faisant de l’expertise médicale à temps plein, un domaine «très lucratif», notait-il.

Le Soleil a fait état au cours des dernières semaines de la pénurie de médecins de famille au Québec, et plus particulièrement dans la Capitale-Nationale, ainsi que du nombre grandissant de patients en attente au Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF). Une situation qui pousse de plus en plus de patients à se tourner vers le privé, rapportions-nous.

Entre le 31 décembre 2017 et le 31 décembre 2019, le nombre de Québécois en attente au GAMF est passé de 493 911 à 597 484. Dans la Capitale-Nationale, 73 415 personnes attendaient au GAMF à la fin de l’année 2019 (avec un délai d’attente moyen de 355 jours), contre 40 475 à la fin de 2017. 

Selon l’Association des médecins omnipraticiens de Québec, il manquerait plus de 50 médecins de famille dans la région de Québec pour vider le GAMF. À l’échelle de la province, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec calculait l’été dernier qu’il faudrait près de 800 médecins de famille de plus pour répondre aux besoins de la population.

Il manquerait également de médecins spécialistes, selon leur fédération, qui déplorait l’automne quelque 625 postes vacants en médecine spécialisée au Québec.