L’Asterix (photo) est un vraquier qui a été converti au coût de 650 millions $ au chantier maritime de Lévis. Chantier Davie espérait pouvoir construire un second pétrolier ravitailleur, l’Obelix.

Davie: Obelix ou pas, Labeaume veut des contrats

«Obelix ou autre chose, il faut que le gouvernement fédéral pose un geste. Il faut garder le chantier naval en vie. Ce n’est pas vrai qu’Ottawa ne peut pas donner un contrat pour garder les 1300 employés de Chantier Davie au travail.»

En fin d’après-midi, vendredi, le maire de Québec, Régis Labeaume, avait convoqué les médias pour faire le point sur l’avenir du chantier naval de Lévis à la lumière des informations livrées au Soleil, plus tôt dans la journée, par le cabinet du ministre de la Défense nationale du Canada, Harjit Sajjan. 

«Le gouvernement ne planifie pas d’acheter un autre navire de ravitaillement provisoire à la conclusion du contrat de service avec Federal Fleet Service», indiquait au Soleil Byrne Furlong, l’attachée de presse du ministre Sajjan.

Federal Fleet Services (FFS), c’est une société soeur de Chantier Davie qui gère le projet Resolve visant à fournir à la Marine royale canadienne une capacité provisoire de ravitaillement en mer. L’Asterix, ce vraquier converti au coût de 650 millions $ au chantier maritime de Lévis, c’est le bébé de FFS.

Au lendemain de l’annonce, jeudi, par Davie de la mise à pied de plus de 160 travailleurs en raison de la fin des travaux sur l’Asterix, le cabinet du ministre de la Défense nationale tenait à donner l’heure juste sur les intentions d’Ottawa à l’égard du projet de Davie de construire un deuxième pétrolier ravitailleur, l’Obelix.

Une initiative qui permettrait au chantier d’éviter de faire de nouvelles mises à pied. En effet, la compagnie prévoit en faire 350 autres la semaine prochaine.

«Les besoins en approvisionnement pour la marine et la garde-côtière ont fait l’objet d’une étude en profondeur et font l’objet d’une planification à long terme et ça ne comprend pas de deuxième navire de ravitaillement», écrit Byrne Furlong dans un courriel envoyé au Soleil.

Plus tard dans la journée, Services publics et Approvisionnement Canada faisait savoir au Soleil que les ponts n’étaient pas coupés entre Ottawa et le chantier lévisien. 

«Davie nous a présenté son offre de service», signalait-on en précisant que Davie était «admissible» à participer aux différents projets de construction de petits navires de moins de 1000 tonnes, ainsi qu’à des travaux de réparation, de radoub et d’entretien de navires.

Pour Davie, la construction de l’Obelix est une priorité. La solution à court terme au maintien des 1300 emplois au chantier.

Volonté politique ou pas

Au cours de la journée, Régis Labeaume a multiplié les appels du côté d’Ottawa pour vérifier les intentions du gouvernement libéral au sujet de l’Obelix.

«Ce n’est pas vraiment évident de s’y retrouver», a-t-il confié.

Que ce soit pour l’Obelix ou pour un autre navire, le maire de Québec s’attend à un geste d’Ottawa à l’égard de Davie.

«C’est impossible que le gouvernement n’ait pas un contrat à donner à la Davie. Il en a pour 11 milliards $ à attribuer au cours des cinq prochaines années. Il en a déjà donné beaucoup aux autres chantiers canadiens», a-t-il rappelé en insistant sur le fait que le Québec avait obtenu moins de 1% du montant des contrats accordés par les fédéraux dans le cadre de sa Stratégie de construction navale. 

«Ça n’a pas de bon sens. S’il n’a rien à offrir à Davie, ça voudra dire qu’il n’a pas la volonté politique de lui accorder sa juste part.»

Par ailleurs, M. Labeaume est préoccupé par les mises à pied de travailleurs qui ont débuté cette semaine et qui se poursuivront d’ici Noël. Des employés qui, pour la plupart, seront rapidement recrutés par d’autres entreprises de la région. Davie risque de perdre de l’expertise. Une expertise qui ne sera plus là au moment où les prochains contrats tomberont du ciel. «Perdre ses meilleurs éléments, c’est dangereux.» 

  «La réponse du ministère de la Défense nationale ne nous surprend pas. Elle respecte la ligne officielle du fédéral depuis le début», a indiqué, pour sa part, le porte-parole de Davie, Frédérik Boisvert.

Dans les faits, ce dernier assure que les rencontres se multiplient à Ottawa avec les ministres fédéraux et qu’il y a des échanges en cours avec le bureau du premier ministre Justin Trudeau afin que son gouvernement signe une lettre d’intention permettant à Davie de lancer les travaux de construction de l’Obelix.

«Nous sommes confiants que les élus fédéraux vont comprendre que la Marine royale réclame des pétroliers ravitailleurs pour approvisionner sa flotte de navires. Elle doit s’en remettre actuellement à la collaboration du Chili et de l’Espagne pour ravitailler ses bateaux», a ajouté Frédérik Boivert.

Même discours de la part du président du Syndicat des travailleurs du chantier naval Lauzon (CSN).

«L’Obelix, la marine en a besoin», affirme Régent Guay en insistant sur le fait que les élus fédéraux ne peuvent pas faire abstraction de la mobilisation générale qui s’organise dans la grande région de Québec afin que Davie obtienne le feu vert pour construire l’Obelix.

Des retards en vue

Le Canada n’a plus de pétrolier ravitailleur. La «vie opérationnelle» des deux derniers, le Protecteur et le Preserver, est terminée.

Dans le cadre de la Stratégie de construction navale, le gouvernement a commandé la construction de deux navires de soutien interarmées au chantier Seaspan de la Colombie-Britannique.

L’échéancier prévoit que le premier navire, le Queenston, devrait être opérationnel en 2021. Le deuxième, le Châteauguay, devrait l’être d’ici 2022.

Dans la capitale fédérale, des sources laissent entendre que les navires pourraient être livrés seulement en 2028.

Les journaux de PostMedia rapportaient, vendredi, que le gouvernement fédéral n’était pas en mesure d’informer les parlementaires de l’état d’avancement des projets en cours dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale.

Pas moins de 800 employés de Davie et 1311 salariés à l’emploi de fournisseurs de l’entreprise pourraient perdre leur gagne-pain d’ici Noël si le chantier ne reçoit pas l’aval d’Ottawa pour construire l’Obelix