Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
L’archéologue de l’UQAC, Érik Langevin, qu’on aperçoit ici sur un site archéologique de Mashteuiatsh, participe à un projet de recherche avec son collègue Paul Bédard, du département des sciences de la Terre, pour élaborer un procédé permettant de dater les peintures rupestres.
L’archéologue de l’UQAC, Érik Langevin, qu’on aperçoit ici sur un site archéologique de Mashteuiatsh, participe à un projet de recherche avec son collègue Paul Bédard, du département des sciences de la Terre, pour élaborer un procédé permettant de dater les peintures rupestres.

Datation des peintures rupestres

CHRONIQUE / Deux chercheurs de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), un géochimiste, Paul Bédard, et un archéologue, Érik Langevin, se lancent dans un projet de recherche pour dater l’art rupestre, un problème qui turlupine les archéologues depuis toujours.

La peinture rupestre, voilà un beau sujet qui arrive directement du champ gauche pour un retour de vacances; ça va nous éviter de parler de la COVID-19 et de traiter d’un art peu connu au Québec en ce mois de l’archéologie.

« Trouver la date à laquelle un dessin a été fait sur une pierre il y a plusieurs milliers d’années est très difficile. Si le dessin a été fait avec une craie ou de la terre ocre, on est capable de dater la craie, mais cette craie a probablement été formée des milliers d’années avant que quelqu’un l’utilise pour dessiner sur un mur de pierre. Ce qu’on veut savoir, ce n’est pas l’âge de la craie, mais à quelle date le dessin a été fait », explique Érik Langevin, que j’ai joint au téléphone.

Des éléments radioactifs

« J’ai fait part du problème à mon collègue Paul Bédard (professeur au département des sciences de la Terre), qui a découvert que des éléments radioactifs dans la pierre pourraient avoir eu un effet sur la craie lors de son application sur la pierre, ce qui nous permettrait de savoir à quelle date la poussière de craie a été appliquée sur le mur de pierre », exprime le chercheur qui tente de vulgariser une recherche complexe.

La peinture rupestre date de plus 100 000 ans dans certaines grottes de la planète. Les oeuvres rupestres les plus connues sont celles de la grotte de Lascaux, un célèbre site préhistorique de la vallée de la Vézère, en France, dont les dessins remonteraient entre 17 000 et 19 000 avant notre ère.

« Faut pas faire peur au monde en leur disant qu’il y a de la radioactivité dans les pierres, il s’agit d’activités microscopiques, mais c’est suffisant pour y détecter de l’activité avec des appareils de mesure sophistiqués », fait savoir Paul Bédard, qui s’intéresse à la géochimie et aux minéraux.

Paul Bédard, professeur au département des sciences de la Terre de l’UQAC, travaille sur un projet de recheche avec son collègue, l’archéologue Érik Langevin, pour élaborer une méthode de datation des peintures rupestres.

« Nous allons travailler avec des particules de peinture grosses comme des têtes d’épingle, on ne va pas arracher la moitié d’un mur pour faire nos recherches », précise-t-il.

Datation des sites québécois

« Les archéologues ont des problèmes de datation de l’art rupestre partout sur la planète. Nous avons quelques sites (une vingtaine environ) d’art rupestre aux Québec et c’est avec ces échantillons que nous allons effectuer nos recherches », indique Érik Langevin.

« Je suis à peu près certain qu’il y a des oeuvres rupestres sur les parois rocheuses du fjord du Saguenay, mais qui ont disparu avec le temps en raison du mouvement des marées, des glaces et des intempéries. Nos recherches de datation vont peut-être nous mener à expertiser les parois du fjord avec des appareils de lecture infrarouge et des ultraviolets pour peut-être découvrir un jour que des Autochtones ont peint des oeuvres ou des messages il y a quatre ou 5000 ans », laisse entendre l’archéologue qui a fait des découvertes intéressantes lors de fouilles archéologiques à Mashteuiatsh.

Ces travaux seront sûrement suivis par des archéologues de partout dans le monde, car il n’existe pas encore de méthode de datation qui peut évaluer précisément le moment où les célèbres peintures dans les grottes et sur les parois rocheuses ont été faites. L’art rupestre est probablement apparu avant l’homme moderne et les travaux de nos chercheurs de l’UQAC pourraient avoir un impact mondial pour ce secteur de l’archéologie.

« En analysant les oeuvres rupestres du Québec, nous pourrions savoir avec plus de précision à quel moment de l’histoire les Autochtones ont écrit une partie de leur histoire sur la pierre du Bouclier canadien », fait valoir Érik Langevin.

Définition scientifique

Pour les esprits scientifiques, voici comment les chercheurs de l’UQAC ont présenté leur projet au programme de bourse Audace du Fonds de recherche société et culture du gouvernement du Québec.

« Les procédés de préparation et la provenance des matières colorantes sont caractéristiques d’une période donnée. La proximité d’un minéral radioactif avec un quartz créera au sein de ce dernier un dommage radiatif, sous la forme d’un halo, dont la taille est proportionnelle au temps de résidence et à la charge radioactive reçue. Des minéraux radioactifs microscopiques sont présents dans presque toutes les roches sur lesquelles les peintures rupestres ont été réalisées et les quartz sont abondants dans la couche picturale. L’extraction de carbone sous plasma d’oxygène (ECPO) permet d’extraire le carbone d’un échantillon grâce à un plasma et sans faire de prétraitement chimique, à des fins de datation par le radiocarbone. Les âges obtenus par cette méthode permettront un calage chronologique complémentaire aux halos de dommages radioactifs dans les quartz. »