Crise chez les agences de sécurité privées à cause des nouvelles règles

Confrontées à une grave pénurie de main-d’oeuvre qu’elles attribuent aux nouvelles règles du Bureau de la sécurité privée (BSP), 13 agences de sécurité veulent rencontrer la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, dans le but de faire apporter des modifications à la loi alors que s’amorce la saison des festivals.

Selon Martin Sirois, propriétaire de l’agence Sécurité Sirois de Québec, les règles en vigueur depuis 2010 ont occasionné la pénurie de main-d’oeuvre qui sévit présentement dans le domaine. Ces règles exigent de tout nouvel agent qu’il suive une formation de 70 heures qui coûte près de 700 $. Les agences peuvent embaucher des agents, notamment des étudiants, sur une base temporaire pour l’été, mais les nouveaux employés doivent quand même payer 165 $ pour un permis temporaire... qui n’est livré par la poste que trois mois plus tard!

Besoins criants

«Cet été, j’avais besoin de 200 agents que je pensais recruter chez les étudiants. J’en ai embauché... deux!», déclare M. Sirois en entrevue avec Le Soleil. Son entreprise, qui a déjà eu plus de 1000 agents sur sa liste de paie, en compte aujourd’hui entre 350 et 400 et en aurait besoin de quelques centaines de plus pour bien répondre à la demande. Il doit parfois se résoudre à faire appel à la sous-traitance pour livrer certains contrats. «Je dois refuser deux ou trois contrats par jour et je viens de fermer ma division du Saguenay-Lac-Saint-Jean parce que je n’étais pas capable de fournir», indique l’homme d’affaires.

«Il n’y a pas un étudiant qui va payer 165 $ pour un permis qui va lui permettre de travailler pour quelques semaines seulement. Et en plus, il recevra ce permis trop tard pour la période des festivals, qui est celle où on a les plus grands besoins. Le monde quitte l’industrie tellement c’est compliqué», poursuit-il. Pour couronner le tout, le BSP voulait ajouter deux autres exigences cette année : une formation en premiers soins au coût de 100 $ auprès de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et l’obligation d’être inscrit et d’avoir payé la formation de 70 heures pour avoir droit au permis temporaire.

«On a réussi à faire tomber ces nouvelles exigences en présentant notre point de vue au BSP, mais on n’a pas réussi à réduire à moins de cinq semaines le délai avant de recevoir le permis temporaire ni de faire baisser le prix du permis, qui est trop élevé. Personne ne veut payer ce prix-là», déplore Martin Sirois. «Aujourd’hui, on n’engage plus l’individu, mais le permis. Et les agents ne sont pas plus compétents depuis l’adoption des nouvelles règles», ajoute-t-il.

Christian La Brèche, propriétaire depuis 1982 de l’agence montréalaise C.L.B., est aux prises avec la même situation. «Les procédures mises en place par le BSP ont carrément créé une récession. Je dois refuser des contrats constamment», indique l’homme d’affaires qui aurait besoin d’au moins 75 employés de plus. Ils ferment la porte à la relève», signale-t-il.

Rencontre demandée

Présentement, les agences de sécurité privées estiment que le bureau de la ministre et le BSP se renvoient la balle. Les agences souhaitent donc obtenir une dérogation ou des assouplissements à la loi. «Nous sommes six compagnies à faire la sécurité au Festival d’été de Québec et nous manquons tous de personnel. On se donne jusqu’à lundi pour essayer de rencontrer la ministre et trouver une solution», déclare Martin Sirois, qui a déjà posté une lettre à la ministre Guilbeault en son nom et en celui des douze autres agences.

Du côté du Festival d’été de Québec, la responsable des communications Samantha McKinley avoue qu’elle suit la situation de près. «Nous sommes au courant des problèmes de recrutement que ces compagnies rencontrent depuis plusieurs années. On trouve ça préoccupant et c’est un dossier qui mérite qu’on s’y penche pour trouver une solution qui permette à ces compagnies de suffire à la demande», a-t-elle déclaré au Soleil. Mme McKinley ajoute d’ailleurs qu’il n’est pas question pour son organisation de lésiner sur la sécurité. «On ne veut pas reculer. Ce n’est pas une option pour nous d’avoir moins d’agents», conclut-elle.