Aucun employé de l’hôpital Robert-Giffard n’a été entendu par le tribunal. Leur chef d’unité a témoigné par écrit des lourds impacts pour son équipe d’intervenants, «une équipe décimée, nerveuse et fébrile», après l’événement affirme-t-il. Certains employés ont été en arrêt de travail.

Coupable d’une violente prise d’otage à l’hôpital psychiatrique

Sébastien Lessard est assis dans un petit salon de l’unité médico-légale de l’hôpital Robert-Giffard. Il fait semblant de regarder la télévision en cachant dans ses mains un morceau de plastique tranchant. L’homme de 34 ans est prêt à tout pour sortir de l’établissement psychiatrique.

Le 8 octobre 2017, Lessard, qui souffre de plusieurs problèmes de santé mentale depuis une dizaine d’années, est en plein épisode psychotique. Détenu à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec sur ordre de la cour, il croit voir des gens par sa fenêtre du deuxième étage. Sa vie est menacée, se répète-t-il.

Sébastien Lessard, qui a plusieurs antécédents de crimes violents, fomente un plan d’évasion avec son voisin de chambre Thomas Roy Des Rivières, coaccusé.

Les deux hommes arrachent des bouts de plinthe au bas d’un mur de leur chambre. Thomas Roy Des Rivières reste dissimulé pendant que Sébastien Lessard s’installe au petit salon, non loin du poste des infirmières.

Il se plaint de malaises et demande à l’une d’elles de venir prendre ses signes vitaux.

L’infirmière s’approche. Du coin de l’oeil, elle aperçoit Thomas Roy Des Rivières arriver avec une plinthe de bois dans les mains.

Sébastien Lessard sort un morceau de plastique, aussi arraché du mur. Il agrippe l’infirmière par le cou et approche l’objet pointu de sa gorge.

Lessard crie aux trois employés qui se tiennent dans le poste d’infirmières d’ouvrir la porte du salon pour les laisser sortir. Il affirme qu’il ne blessera pas sa captive s’il peut quitter l’hôpital.

Selon le récit des faits de la Couronne, Thomas Roy Des Rivières donne un coup de plinthe sur la tête d’un agent de sécurité, qui, saignant abondamment, doit se réfugier au poste d’infirmières. 

Lessard et Roy Des Rivières sont très agités et détiennent toujours l’infirmière. Les employés finissent par faire ouvrir la porte à distance et déclenchent un «code blanc» pour appeler des secours. 

Lessard et Roy Des Rivières réussissent à échapper aux agents de sécurité et ils laissent aller leur otage. 

Dans sa fuite, Roy Des Rivières aurait bousculé et frappé au bras une autre infirmière.

Les policiers de Québec vont retrouver les deux hommes quelques minutes plus tard, cachés dans la cage d’escalier d’un immeuble, non loin de l’hôpital.

Prise de stupéfiants

Sébastien Lessard a plaidé coupable mercredi aux 10 accusations d’évasion d’une garde légale, d’enlèvement, de prise d’otage et de voies de fait armées ou ayant causé des lésions, commises par le biais de la complicité. 

Lessard a déjà, par le passé, été déclarement criminellement non responsable pour d’autres infractions, mais cette fois-ci, les psychiatres ont évalué que sa psychose a été causée par la prise de stupéfiants.

Le dossier de Thomas Roy Des Rivières doit revenir à la cour en février.

Aucun employé de l’hôpital Robert-Giffard n’a été entendu par le tribunal. Leur chef d’unité a témoigné par écrit des lourds impacts pour son équipe d’intervenants, «une équipe décimée, nerveuse et fébrile», après l’événement affirme-t-il. Certains employés ont été en arrêt de travail pour des durées qui n’ont pas été précisées.

Sébastien Lessard a dit regretter énormément ses gestes. 

Son avocat Me Frédéric Rousseau et la procureure de la Couronne Me Geneviève Bédard ont suggéré au juge Pierre-L. Rousseau d’imposer une peine de 36 mois.

Une suggestion «clémente», convient Me Bédard, qui tient compte de la lourde problématique de santé mentale de l’accusé. Le juge a entériné la peine, qu’il a estimée raisonnable dans les circonstances.

Soumis aux ordonnances du Tribunal administratif du Québec depuis 10 ans, Sébastien Lessard a dit qu’il retournerait en établissement psychiatrique, à Montréal, après sa détention. Il sera en probation durant trois ans.

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MESURES DE SÉCURITÉ RENFORCÉES

Aucune autre agression majeure n’aurait été commise contre le personnel de l’Institut universitaire de santé mentale de Québec (IUSMQ, anciennement l’hôpital Robert-Giffard) depuis les événements d’octobre 2017, selon le syndicat et le Centre universitaire intégré de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale.

Éric Rageot De Beaurivage était agent de liaison en santé et sécurité au syndicat (CSN) de l’IUSMQ au moment de la prise d’otage. Après cet épisode, «toutes les pièces ont été vérifiées pour s’assurer que tout était bien fixé au mur et que d’autres objets ne pouvaient pas servir» à agresser des employés, mentionne celui qui agit aujourd’hui à titre d’agent de litige au Syndicat des travailleurs et travailleuses (STT-CSN) du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale.

Inspections régulières

Au CIUSSS, on confirme que des inspections minutieuses du secteur médico-légal sont faites régulièrement. «On a placardé certains endroits pour s’assurer que rien à l’intérieur ne puisse servir d’arme. […] Comme ce sont des unités qui datent de plusieurs années, on répare rapidement ce qui se fissure, ce qui se brise. On en est même rendu à inspecter vis par vis chaque plaque de métal pour s’assurer que tout est bien vissé», illustre le chef des unités de la psychiatrie légale au CIUSSS, Mario Doré. 

«C’est un secteur où les usagers peuvent être en crise. Nos règles de sécurité sont très élevées pour protéger les usagers et le personnel. Elles l’ont toujours été, mais avec les derniers événements, on a ajouté des tournées. On est vraiment dans l’amélioration continue», dit M. Doré. 

Reste que les employés de l’IUSMQ sont toujours à risque de subir des agressions, selon Éric Rageot De Beaurivage. «Il aurait fallu ajouter des agents d’intervention et des agents de sécurité, mais il n’y en a pas plus qu’avant. On sait que le risque zéro n’existe pas, mais ce sont quand même des cas lourds, et les employés demeurent à risque élevé d’agression», fait-il valoir.

Mario Doré souligne à cet effet que c’est à l’unité médico-légale de l’IUSMQ qu’on retrouve «le plus grand ratio intervenants-usagers de tout le CIUSSS». «Quand les usagers sont plus agités, les ajouts ad hoc de personnel se font rapidement, sans hésitation», assure le chef des unités de psychiatrie légale du CIUSSS.  Élisabeth Fleury